"Harcelés, harceleurs, témoins: c'est la totalité de la classe qui est impliquée dans le harcèlement"

Comment briser la loi du silence en matière de harcèlement scolaire? Le récent suicide d'une adolescente de 15 ans, dont les circonstances doivent encore être éclaircie par l'enquête en cours, relance le débat. En attendant, la mobilisation contre ce fléau est vive sur les réseaux sociaux... Ces réseaux à l'origine de l'amplification de la problématique. Comment y répondre efficacement? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, et Fabrice Pillet, membre de la troupe Exception Théâtre, qui propose des créations pédagogiques dédiées aux jeunes de 10 à 18 ans.

Le cyberharcèlement amplifie le fléau

Le fléau touche chez nous un jeune sur trois, entre la 6ème primaire et la 3ème secondaire. La problématique a évidemment pris une autre ampleur avec l’émergence des réseaux sociaux. C'est le cyberharcèlement qui est responsable de l'amplification du phénomène, pour Bruno Humbeeck: "c'est comme une caisse de résonance que vous mettez sur le phénomène de harcèlement, qui existe partout", explique le psychopédagogue.

Une amplification à laquelle a assisté Fabrice Pillet au travers de ses représentations théâtrales: "on joue pour la 7ème saison consécutive et c'est très concret [...] Il y a 7 ans, sur une saison complète, il arrivait que trois à quatre jeunes osent lever la main pour témoigner. Aujourd'hui, c'est trois à quatre jeunes tous les deux spectacles! Il y a urgence". Pour le membre de la troupe Exception Théâtre, l'outil théâtral est efficace car il permet aux jeunes de s'exprimer, mais il n'est pas, selon lui, suivi d'un encadrement suffisant de la part des équipes éducatives. Bruno Humbeeck acquiesce: "l'urgence, actuellement, est d'équiper les écoles d'outils suffisamment efficaces pour venir à bout du phénomène".

Des témoignages poignants

Fabrice Pillet témoigne du besoin de pouvoir parler des élèves harcelés. Il nous livre quelques-un des nombreux témoignages que lui et son équipe reçoivent après les représentations théâtrales:

Sensibiliser, outiller, contraindre

Hasard du calendrier, hier en commission Justice de la Chambre, le PS et le sp.a ont déposé une proposition de loi sur le "harcèlement groupé", lié aux réseaux sociaux. Elle vise à élargir les dispositions du code pénale relatives au harcèlement à ce cas de figure et avec les même sanctions à la clef: à savoir quinze jours à deux ans de prison et/ou 50 à 300 euros d'amende.

A côté de la répression, il y a surtout la prévention. La plateforme "harcèlement à l'école" concentre à cet égard toutes les ressources et infos utiles, pour les équipes éducatives, les élèves, les parents. Il y a aussi l'application " Cyber Help " qui vient d'être lancée, après avoir été testée avec succès.

"Les outils existent", commente Bruno Humbeek, "ils sont pour le moment éparpillés, il faut les centraliser. Il faut que toutes les écoles puissent y avoir accès et il faut les contraindre à s'équiper, à s'outiller. On n'est pas démuni face à harcèlement".

Le principal conseil à la victime de harcèlement reste de ne pas se taire, d'en parler auprès d'une personne de confiance. Elle peut pour cela appeler gratuitement différents numéros: Ecoute-enfants au 103, Child Focus au 116 000, ou encore Ecoute-école au 0800 95 580.
 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK