Harcèlement scolaire: "Les témoins passifs peuvent donner beaucoup de pouvoir à l'auteur"

Un rassemblement a été organisée par les camarades de classe de Maëlle.
Un rassemblement a été organisée par les camarades de classe de Maëlle. - © Télé Sambre

Maëlle, 15 ans, a mis fin à ses jours. Elle était scolarisée dans un établissement à Jumet et aurait été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. C’est qui l’aurait conduit à commettre l’irréparable. Véronique Livet est assistante sociale au service Openado, Orientation Prévention Enfants et Adolescents. Elle connaît bien la problématique du harcèlement en milieu scolaire. Invitée ce jeudi matin de La Première, elle rappelle tout d’abord un constat essentiel : le harcèlement peut prendre plusieurs formes.

"Le harcèlement scolaire c’est plusieurs formes, plusieurs types de violence. C’est vrai qu’on parle de violences physiques et de violences verbales, qui sont des violences directes, en présence de la victime et/ou de son entourage, mais on assiste aussi à un type de violence psychologique et sociale, qui est plutôt une violence indirecte, qui peut se produire en l’absence de la personne visée", présente Véronique Livet. "Et il y a aussi la violence numérique dont on parle beaucoup, qui est ce phénomène plus collectif qu’on retrouve sur les écrans, via l’espace numérique."

Il y a un rapport de dominance très fort entre le groupe et sa victime

En milieu scolaire, le harcèlement est défini comme un phénomène de groupe à l’inverse du conflit personnel. Dans le harcèlement scolaire, "on part du principe que le groupe a une responsabilité et on le distingue bien du conflit interpersonnel, donc entre deux personnes, puisqu’il s’agit d’une violence qui se répète et qui a tendance à s’installer dans la durée, puisque des témoins passifs peuvent vraiment valider et légitimer ce type de violence et donner beaucoup de pouvoir à l’auteur ou aux auteurs qui ont mis en place ce type de violence. Il y a un rapport de dominance qui est très fort entre l’auteur et sa victime, entre le groupe et sa victime, et il y a cette intention de nuire, ou en tout cas cette prise de conscience du pouvoir que l’on a sur l’autre qui est également présente."

Dès lors, comment contenir voire éliminer le harcèlement en milieu scolaire ? Des ateliers sont proposés dans les écoles par différents acteurs. Objectif : travailler le bien vivre ensemble, dans les classes, avec les enseignants, les éducateurs. C’est aux équipes éducatives qu’il revient de d’être attentif au fonctionnement du groupe, dit Véronique Livet. "Comment un groupe fonctionne en partant du principe que ce n’est pas parce que des enfants sont ensemble qu’ils forment un groupe. Ce n’est pas inné, et c’est loin d’être acquis. C’est donc vraiment important de travailler avec les enfants. Ce sont toutes des thématiques en lien avec le bien vivre ensemble pour éviter au maximum que les enfants s’installent dans des rôles et des comportements nocifs vis-à-vis des autres."

L’invisible visibilité

Le harcèlement scolaire n’est pas nécessairement visible, encore moins pour les adultes que pour les enfants entre eux. C’est ce qui s’appelle "l’invisible visibilité". "Je pense que chaque adulte qui côtoie un enfant, que ce soit en milieu scolaire ou en dehors du milieu scolaire, est amené à être attentif à tout type de changement qui pourrait être brutal en lien avec des maux physiques, que ce soit des problèmes de maux de ventre, de maux de tête, des insomnies, des soucis de concentration…", insiste l’assistante sociale.

"À l’école, on s’aperçoit que des enfants peuvent être absents, décrocher, arriver en retard, etc. Ce sont toutes sortes de petits changements qui peuvent nous alerter, et il y en a d’autres, mais à prendre en considération de manière globale, parce que ça peut être en lien avec un problème de harcèlement comme avec tout type de difficultés vécues à un moment donné, de souffrances vécues par un enfant", rappelle Véronique Livet. "Je pense donc qu’il faut aussi vraiment que les adultes croisent leurs infos. Un adulte qui voit un comportement qui l’interpelle à un moment donné dans le cadre d’un cours par exemple, ou une surveillante dans le cadre de sa surveillance pendant un temps de récréation par exemple, c’est important que toute personne qui est en contact avec ce jeune puisse échanger et croiser ses informations pour évaluer au mieux la situation et la traiter au mieux."

 

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