Hafida Bachir: "La violence envers les femmes est aussi un problème culturel belge"

Hafida Bachir, Présidente de Vie Féminine a réagi ce vendredi matin.
Hafida Bachir, Présidente de Vie Féminine a réagi ce vendredi matin. - © Capture/vieféminine

Le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA) veut généraliser l’organisation de cours de respect envers les femmes dans tous les centres d’accueil. Ces cours, déjà dispensés dans certains centres d’accueil, notamment celui de Kappellen, pourraient donc être étendus à l’ensemble du territoire belge.

Une bonne idée ? Hafida Bachir, Présidente de Vie Féminine a réagi ce vendredi matin.

Mettre le focus uniquement sur les réfugiés, et uniquement sur la question des femmes, c’est un petit peu problématique

RTBF : Ces cours existent déjà sous une certaine forme dans les centres d’accueil aux réfugiés...

Hafida Bachir: "Oui. Il y a pas mal d’acteurs qui aujourd’hui sont vraiment concentrés sur des modules d’accueil beaucoup plus larges, pas uniquement axés sur les droits des femmes. Ils concernent l’aspect connaissance du pays dans lequel on arrive, à la fois ses institutions, son modèle culturel, social et la découverte du pays.

Aujourd’hui, le secrétaire d’Etat met le focus sur la question des femmes. C'est un peu étonnant puisqu’il instrumentalise de cette manière la question des femmes et la question de l’égalité hommes/femmes à des buts qui sont un petit peu douteux. Je peux le rejoindre en partie. Tous les hommes de cette terre doivent être un petit peu éduqués à l’aspect égalité hommes/femmes. Même s’il est vrai que des personnes ont des approches différentes en la matière, ça reste une question globale. En fait, Théo Francken stigmatise un petit peu les personnes réfugiées en partant du principe qu’elles ne seraient pas au fait sur la question du droit des femmes. Dire qu’il y a une sensibilisation, une éducation à l’égalité, je pense que c’est une bonne chose. Par contre, mettre le focus uniquement sur les réfugiés, et uniquement sur la question des femmes, c’est un petit peu problématique".

Certains estiment que cette question renvoie à des perceptions culturelles différentes et donc ça peut lever des incompréhensions. Que leur répondez-vous ?

"La perception culturelle différente, c’est celle qui est propre au patriarcat qui veut qu’il y ait une forme de domination des hommes sur les femmes et une approche de hiérarchisation des sexes. Elle est présente partout. Malheureusement, c’est le dominateur commun de toutes les femmes qui se traduit par des violences, des violences à des degrés différents : des violences physiques, des violences sexuelles, du viol et même par de la violence économique.

En Belgique, les droits économiques des femmes sont complètement niés. Il y a une vraie inégalité et pas uniquement en termes de salaire. Il y a un problème culturel, mais le problème culturel n’est pas celui de l’immigration, de l’immigré, des réfugiés".

Ce cours ne doit pas seulement s’adresser aux réfugiés ? C’est un problème qui date d’avant l’arrivée massive de réfugiés ?

"On peut être critique concernant les parcours d'intégration existants. Mais ils ont vraiment comme objectif de permettre l’intégration des personnes primo-arrivants, qui arrivent sur notre territoire sans partir du principe qu’ils sont plus sauvages que d’autres par rapport au regard qu’ils posent sur les femmes.

Les organisations de femmes l’ont toujours dit. En Belgique, il y a un vrai travail à faire dès la petite enfance en termes d’éducation non-sexiste. Dès la crèche. La formation de professionnels qui s’occupent de l’accueil des enfants. Des professeurs, des instituteurs et de l’ensemble du monde. Il y a une responsabilité collective. Il y a aussi une responsabilité des politiques à se saisir vraiment de toutes ces questions.

La sortie de Théo Francken, très maladroite, instrumentale et vraiment très opportuniste, a au moins le mérite de mettre en évidence le fait qu'aujourd’hui, la question du droit des femmes est très loin d’être un sujet prioritaire au niveau de nos politiques.

Donc, même quand il y a des volontés d’avoir un programme qui est fort en termes de sensibilisation, on n’a pas toujours les moyens de pouvoir le faire correctement. M. Francken est dans ses compétences parce qu’il s’occupe de l’accueil des réfugiés, mais l’accueil ne dure pas toute la vie. Après il y a des programmes d’intégration, des programmes d’insertion et ça c’est une compétence régionale. L'approche doit être globale".

Hafida Bachir, vous avez l’impression qu’on stigmatise les musulmans? Qu’on considère, de fait, qu’ils respectent moins les femmes ?

"J’invite le secrétaire d’Etat Théo Francken à aller voir le site des Nations Unies qui montre réellement que les violences sous toutes leurs formes sont quelque chose de commun à l’ensemble des femmes.

Il y a des pays, effectivement, où la démocratie n’est absolument pas la culture de l’Etat lui-même. Evidemment, quand la démocratie n’existe pas, il ne va pas y avoir de miracles en termes d’égalité hommes/femmes".

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