Hafida Bachir est une des 490 "femmes hors-la-loi": "3000 personnes incarcérées pour adultère depuis janvier 2018"

Des centaines de Marocaines se sont déclarées "hors-la-loi" en proclamant avoir déjà violé les lois "obsolètes" de leur pays sur les moeurs et l'avortement, dans un manifeste publié lundi dans plusieurs médias marocains au nom des libertés individuelles.

"Nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n'ont plus lieu d'être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d'un avortement", affirment les signataires dans une rare démarche de cette ampleur.  "La culture du mensonge et de l'hypocrisie sociale génère la violence, l'arbitraire, l'intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle", déclare le manifeste lancé sous forme de pétition ouverte aux hommes.

Le texte co-rédigé par l'écrivain franco-marocaine Leila Slimani porte symboliquement 490 signatures, en référence à l'article 490 du code pénal marocain qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.

Sa publication coïncide avec la troisième audience du procès de Hajar Raissouni, une journaliste en détention depuis fin août pour "avortement illégal" et "débauche" (sexe hors mariage). La demande de remise en liberté de cette reporter du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum a été rejetée la semaine dernière par le tribunal de Rabat, tout comme celle de son fiancé, du médecin, de l'infirmier et de la secrétaire médicale, arrêtés en même temps qu'elle. 

Hafida Bachir est l'une des signataires belges de ce manifeste, comme elle l'expliquait ce lundi matin sur la Première: "Nous avons été sollicitées, et nous sommes quelques-unes à avoir signé ce manifeste. Mais c'est vraiment en solidarité avec les femmes mobilisées au Maroc, avec leur combat et avec toutes les femmes qui sont victimes de ces lois. Il faut vraiment remettre l'initiative aux Marocaines qui sont là-bas. C'est vrai que ce manifeste va plus loin : d'abord, il faut rappeler que le Code pénal en termes d'avortement prévoit jusqu'à deux ans de prison pour une femme ayant recours à l'avortement de manière illégale et d'un an à cinq ans de prison pour les médecins ; il y a d'ailleurs aussi un combat des médecins qui est mené là-bas.

L'IVG n'est vraiment tolérée que lorsque la vie de la mère est en danger. Le manifeste dénonce également l'article 453 du Code pénal sur les relations sexuelles illégales hors mariage qui sont considérées comme de la débauche.

Finalement, c'est à travers l'arrestation de Hajar Raissouni que ce combat a été remis à la Une. La journaliste est devenue malgré elle le symbole de la lutte pour les libertés individuelles et pour la dépénalisation de l'avortement... Donc, ce ne sont pas les combats sur lesquels elle était en première ligne puisqu'elle traitait de l'actualité interne du Maroc.

Ce manifeste des Femmes hors la loi est vraiment parti de Sonia Terrab, cinéaste marocaine et de l'écrivaine Leila Slimani. Les 490 signataires se sont déclarées hors-la-loi en référence à cet article 490 du Code pénal. Au Maroc, elles sont considérées "hors la loi" parce qu'à partir du moment où on dénonce ces lois liberticides et ces lois qui sont obsolètes, on est hors la loi et donc c'est un peu le message de ce manifeste. L'objectif principal de ce manifeste, c'est demander à l'état marocain d'ouvrir les débats sur les libertés individuelles et sur la dépénalisation de l'avortement. "

Selon Hafida Bachir, le roi continue à jouer un rôle important et donc évidemment les militants marocains et les associations des médecins espèrent que le roi va prendre l'initiative maintenant, suite à cette grosse mobilisation autour de l'arrestation d'Hajar Raissouni. Elle pointait les chiffres: "en 2018, 73 personnes ont été poursuivies pour avortement illégal. Ça s'est vraiment accéléré. Avant, il y avait de trois à quatre arrestations par an. Aujourd'hui, il y a de 600 à 800 avortements clandestins qui se font tous les jours au Maroc, dont un tiers qui sont faits hors cadre médical. On compte également 26 bébés abandonnés par jour. Il y a des enfants abandonnés qui sont vraiment livrés à eux-mêmes dans la rue. Pour ce qui concerne ce qu'on appelle là-bas la débauche, c'est à dire les relations sexuelles hors mariage, on compte 14 503 personnes poursuivies, toujours pour l'année 2018 et 3048 qui ont été incarcérées pour adultère. Donc on voit bien que les chiffres officiels parlent d'eux-mêmes et que la mobilisation doit vraiment se poursuivre là bas pour essayer de faire évoluer non seulement les lois, mais aussi les mentalités, la société. Il reste quand même beaucoup de choses à faire".

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