Guy Ryder (OIT):"Il ne faut pas sacrifier le dialogue social à la crise"

Guy Ryder, directeur général de l'Organisation internationale du travail (OIT)
Guy Ryder, directeur général de l'Organisation internationale du travail (OIT) - © Archive TOBIAS SCHWARZ - BELGAIMAGE

L'actualité sociale de cette semaine est chargée : mardi, la FGTB a finalement décidé de renoncer à organiser une nouvelle journée de grève nationale. Par ailleurs, la CGSLB, le syndicat libéral, a confirmé qu'elle contestera, comme la CSC et la FGBT, le saut d'index devant la Cour constitutionnelle. Et puis, ce vendredi, c'est le 1er mai, une fête du travail que tous annoncent "chaud-bouillant". Sur toutes ces questions, il est intéressant de connaître l’avis d'un expert. Guy Ryder est britannique, il dirige l'Organisation International du Travail (OIT), une des agences des Nations-Unies, qui réunit syndicats, employeurs et gouvernements.

Que représentent les festivités du 1er mai ?

"Je vais peut-être vous surprendre : je suis britannique, on n’a jamais fêté le 1er mai chez nous. Il y a des traditions différentes selon les pays. J’ai célébré le 1er mai, ici en Belgique, pendant plusieurs années et je comprends très bien la signification du 1er mai. Dans beaucoup de pays du monde, c’est une journée symbolique importante. Je pense qu’il est important, dans les circonstances que nous vivons aujourd’hui, de réfléchir. Si on est syndicaliste ou employeur, il faut réfléchir sur l’avenir de notre monde du travail, parce que notre monde du travail définit ce que nous sommes, comment nous vivons, comment vont vivre nos enfants. Donc, quelque part le 1er mai nous fait penser à tous ces éléments. C’est important pour l’avenir."

Les moyens d’action des organisations syndicales sont parfois contestés, notamment le droit de grève. Dans l’opinion publique, on s’interroge parfois sur l’efficacité du droit de grève et on le remet parfois en question. L’OIT s’est souvent-elle exprimée là-dessus ?

"L’OIT, quelque part, définit le droit de grève. Le droit de grève existe. C’est aux syndicats de gérer, d’utiliser le droit de grève, comme ils le voient, comme ils le pensent intelligent et nécessaire. Et, là, inévitablement, il y a un impact sur l’opinion publique. Il y a des actions de grève qui peuvent être positives ou peuvent être négatives."

Pour vous, le droit de grève peut s’opposer au droit que revendiquent certains de pouvoir travailler, quand il y a des blocages de routes ou d’entreprises ?

"L’OIT, pendant cinq décennies, a développé une jurisprudence très élaborée sur toutes ces questions : les modalités de grève. Ce qui est légitime, ce qui n’est pas légitime. Ce n’est pas un droit illimité. On a un cadre de décision, on a un cadre de principe, qui couvre tous ces éléments."

Le droit de grève s’oppose au droit au travail ?

"Non, à mon avis, non. Il faut gérer le droit de grève, ce qu’est le droit de grève dans un certain cadre de principe, mais il n’y a pas de contradiction."

Il faudrait légiférer ou bien la jurisprudence de l’OIT suffit ?

"Je ne pense pas qu’il s’agisse de revoir le droit de grève comme établi dans la législation internationale. Il y aura toujours des ajustements, des modifications, des évolutions selon les circonstances qui prévalent dans le monde du travail, mais ce n’est pas une refonte du droit de grève."

On sent les organisations syndicales souvent dans une position défensive parce que la situation l’exige ou parce que le rapport de force a changé ?

"La situation est difficile sur le marché du travail à travers le monde. A cause de la crise, on a encore perdu plus de 60 millions de postes de travail dans le monde. Parfois les syndicats se trouvent un petit peu sur la défensive. C’est vrai et je pense que c’est plutôt normal. Mais je n’aime pas trop parler de rapport de force, parce que je pense que l’issue de cette crise, le bon chemin, c’est le dialogue social. Force est de constater que les pays qui s’en sortent mieux de cette crise, ce sont les pays qui ont des systèmes, des mécanismes, des traditions, des institutions. Le dialogue social est plus fort. Je pense à l’Allemagne. Je pense aux pays nordiques, l’Autriche, les Pays-Bas. Là où il y a dialogue social, je pense qu’on vit mieux cette crise. Il ne faut pas sacrifier le dialogue social à cette crise."

Propos recueillis par P. Magos

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK