Guillaume Pitron: "Je pense que nous allons vers un electricgate, comme il y a eu un dieselgate"

Guillaume Pitron: "je pense que nous allons vers un electricgate, comme il y a eu un dieselgate"
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Guillaume Pitron: "je pense que nous allons vers un electricgate, comme il y a eu un dieselgate" - © Tous droits réservés

A l’heure où s’ouvre le salon de l’automobile à Bruxelles, zoom sur la voiture électrique. Est-elle réellement "propre" et "non polluante" ? Guillaume Pitron, juriste français, réalisateur et spécialiste de la géopolitique des matières a enquêté durant plusieurs années sur la face cachée de la transition énergétique.

Selon lui, "avec la voiture électrique, on ne fait que déplacer la pollution à l’autre bout du monde. On parle de voiture propre, de voiture zéro émission. Tout cela ne sont que des termes marketing pour faire continuer le modèle économique de l’industrie automobile. La fabrication de ces véhicules est très complexe et très énergivore et donc très polluant au final. Par exemple, il faut fabriquer la batterie qui peut représenter jusqu’à 40% du poids de la voiture. Cette batterie elle donne de l’autonomie à la voiture, mais elle est faite de métaux, de métaux rares comme le lithium, le cobalt, le graphite et toutes ces matières premières il faut bien aller les chercher quelques parts avec des coûts écologiques très conséquents pour extraire ces matières. Bien sûr, après ces véhicules n’emettrons pas de CO2 dans les villes, mais il y a un coût écologique dans les zones minières où l’on extrait ces matières premières".

31% des conducteurs sont prêts à passer à l’électrique

"Aujourd’hui l’enjeu c’est de dépolluer les centres-villes des gaz à effet de serre et des particules fines dans des zones fortement peuplées. La mauvaise qualité de l’air représente jusqu’à 7 millions de morts par an, c’est plus de morts qui décèdent que ceux liés au tabac. Donc avoir des voitures électriques dans les villes n’est pas mauvais, il faut juste se rappeler que ce type de véhicule a été très polluant au moment de sa fabrication. Et cette pollution a souvent lieu en Chine ou est extrait les matériaux nécessaires comme le graphite, le Cobalt lui vient de RDC".

95 gr d’émission maximum au kilomètre

Guillaume Pitron a ausculté le cycle de vie totale, de la mine à la déchetterie, de la voiture électrique. Dans son livre "La guerre des métaux rares – la face cachée de la transition énergétique et numérique", il questionne les enjeux de ce qui est présenté comme des solutions "d’avenir". Pour lui " il y a une hypocrisie politique et une hypocrisie tout court car nous nous disons vert, nous nous disons en transition écologique en réalité nous ne faisons que de nous débarrasser du problème dans d’autres pays qui acceptent ce fardeau environnemental ".

L’autre sujet qui occupe Guillaume Pitron est celui de savoir d’où vient l’électricité qui sera nécessaire à ces véhicules. Pour se faire une idée, 20% d’électricité de plus à produire, c’est l’équivalent de deux centrales nucléaires supplémentaires ou encore 1200 éoliennes offshore, la superficie de 24.000 terrains de foot couverts de panneaux photovoltaïques. Un défi technologique et financier énorme. "Dans le monde actuel, 40% de l’électricité est toujours produite grâce au charbon. En Belgique, c’est différent vous avez un mix électrique dont 60% reposent sur le nucléaire et donc là aussi vous générez du déchet nucléaire localement".

Une voiture électrique c’est 25% moins polluants qu’une voiture thermique

"Oui quand on fait l’étude globale du cycle de vie d’une voiture électrique, on note quand même une pollution inférieure de 25% en gaz à effets de serres à une voiture classique, c’est toujours cela de pris. Sachez quand même que l’essentiel des voitures électriques actuelles en circulation, elles ne roulent pas en Europe, mais en Chine. Et comme en Chine ces voitures sont alimentées par des centrales à charbon, elles polluent autant qu’une voiture classique."

L’impact des métaux rares

"Les matières premières utilisées ne sont pas disponibles à l’infini. On risque un jour de manquer de ces matières premières et de connaître des tensions entre l’offre et la demande qui font que l’on peut manquer des matières premières. Il peut y avoir des pénuries dans le temps et dans l’espace. Et peut-être un jour nous seront nous-même au bout de ces ressources. Il y a une trentaine de métaux rares, ce sont des petits marchés de quelques milliards chacun, mais mis bout à bout cela commence à représenter un très gros marché" explique Guillaume Pitron.

Vers un electricgate ?

"Je pense que nous allons vers un électricgate comme il y a eu un dieselgate, car les politiques et les constructeurs nous vendent l’idée d’une technologie propre, une technologie miracle, mais en fait elle pollue déjà beaucoup et elle polluera encore plus demain et un jour on va se réveiller pour constater que tout cela n’était pas aussi propre que l’on a cru" conclu le juriste.

 

 

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