Guerrilla Girls: le collectif féministe et anti-capitaliste débarque à Bruxelles

Maïté Vissault, commissaire de l'exposition RESISTANCE et Frida Kahlo, fondatrice des Guerrilla Girls
Maïté Vissault, commissaire de l'exposition RESISTANCE et Frida Kahlo, fondatrice des Guerrilla Girls - © RTBF

"Les femmes doivent-elles être nues pour s’imposer dans le musée du MET ? Moins de 4% des artistes dans les sections Art Moderne sont des femmes, mais 85% des nus sont féminins." Cette affiche n’est que l’une des nombreuses œuvres protestataires du collectif d’artistes féministes Guerrilla Girls. Depuis 1985, ce groupe de justicières masquées de têtes de gorille dénonce la discrimination omniprésente dans le monde artistique.

Ce soir, l’une des fondatrices du collectif sera présente pour la première fois à Bruxelles. Frida Kahlo – toutes les membres des Guerrilla Girls utilisent le nom d’une artiste féminine comme pseudonyme – réalisera une performance engagée dans le cadre de l’exposition RESISTANCE de la CENTRALE for contemporary art. Cette exposition se penche sur la manière dont l’art a relevé et participé aux défis sociétaux et politiques ayant agité ce demi-siècle, de 1968 à 2018. C’est pourquoi la commissaire de l'exposition, Maïté Vissault, jugeait intéressant d’inviter le collectif. "Les Guerrilla Girls faisaient partie de la toute première sélection de l’exposition", dit-elle avec enthousiasme. "C’est un groupe d’artistes engagées à plein de niveaux : au niveau des genres, du féminisme, politique, ... Il a eu une influence dans l’art et dans la manière dont l’art est appréhendé dans notre société depuis les années 80. Ce sont des figures vraiment très importantes qui devaient de toute façon être dans cette exposition autour de la question de la résistance."

La CENTRALE, lieu parfait pour présenter le travail du collectif

Les Guerrilla Girls n’acceptent pas toujours les invitations des instituts et musées. Mais Frida Kahlo ne pouvait pas refuser celle-ci. "Cette exposition parle de l’histoire des protestations des artistes. C’est l’endroit parfait pour notre travail." La performance sera l’occasion de parler de leur travail, de 1985 à aujourd’hui. "Nous expliquerons les raisons derrière certaines actions. Nous allons montrer des vidéos, jouer de la musique. Nous répondrons aussi à quelques questions venant du public. J’espère que nous inspirerons certaines personnes à devenir des activistes dans leur propre vie et de leur manière à elles !"

Ce n’est pas une histoire de l’art, mais une histoire de la richesse et du pouvoir

Selon ce groupe, leur présence sur la scène artistique répond à un besoin. "Il n’y a pas assez de groupes marginalisés dans le monde artistique. Celui-ci est majoritairement blanc, hétérosexuel et masculin et nous avons réalisé que c’était une histoire très limitée de l’art", dénonce Frida Kahlo. "Je pense que tout le monde réalise aujourd’hui que l’histoire est très complexe, qu’elle change constamment. Les artistes féminins, de couleur ou LGBTQ ont toujours existé. Leur travail a besoin d’être vu, reconnu et inscrit dans l’histoire. Sans cela, ce n’est pas une histoire de l’art, mais une histoire de la richesse et du pouvoir."

Des actions focalisées sur la corruption

Toutefois, la prise de conscience au sujet de la discrimination s'est développée. "Quand nous avons commencé, personne ne croyait ou ne voulait croire que le monde artistique était discriminatoire ou excluait des gens", s'étonne la fondatrice du collectif. Les historiens, critiques, curateurs, chercheurs ou même les activistes croyaient que le monde de l’art était une méritocratie." Mais Guerrilla Girls a continué à se battre et certaines choses ont changé.  "Cependant, le système de l’art, qui est basé sur l’argent aux Etats-Unis, n’a pas changé. Donc aujourd’hui, nous focalisons nos actions sur la corruption dans le monde artistique."

Quant à la décision de poster un masque de gorille, elle découle d’une volonté d’anonymat et de protection de leur identité. "Et de cette manière, nous pouvons critiquer le monde artistique sans subir de représailles personnelles", ajoute l’artiste. "Les mots "guérilla" et "gorilla" - gorille en anglais - sont tellement similaires que ça en devient poétique. Et l’idée de féministes portant des masques de gorilles fait peur, c’est intimidant, fou. Il n’y a donc pas de grande théorie, seulement beaucoup de coïncidences", conclut-elle.

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