Réservoir à virus ? Suceuse de sang ? La chauve-souris, objet de nombreuses idées reçues

Les chauves-souris alimentent un certain nombre de fantasmes depuis le début de la crise du Covid-19. En effet, on les soupçonne d’être à l’origine de la pandémie. Mais alors, faut-il se méfier des chauves-souris ? Sont-ils des réservoirs à virus ? Nous avons tenté de répondre à ces questions alors que débute ce 29 août la nuit européenne des chauves-souris.

Pour bien comprendre la vie des chauves-souris, mettons-nous dans les pas de deux spécialistes de l’association Natagora. Ils vont nous ouvrir les portes d’un lieu habituellement interdit au public. C’est à une dizaine de mètres sous terre, dans une ancienne ardoisière, que les chauves-souris viennent hiberner. Et pour les protéger, l’endroit est devenu une réserve naturelle.

Frédéric Forget, coordinateur du pôle chauves-souris de Natagora, explique : "Une chauve-souris, ça mange énormément d’insectes, jusqu’à 3000 par nuit. En hiver, il n’y a plus rien à manger et donc il faut trouver une autre solution. Soit on est une hirondelle et on va en Afrique, soit on vit en mode 'économie'. C’est-à-dire qu’on va vivre sur ses réserves de graisse. Et pour ça, il faut trouver un endroit où l’on peut passer l’hiver sans risques. Où il ne gèle jamais, et où il fait aussi humide pour ne pas se déshydrater. Et dans cette grotte toutes les conditions sont réunies."

Aujourd’hui, en plein été, elles ne sont bien sûr pas là, mais notre guide les a filmées ici les hivers précédents. Cet animal très utile, puisqu’il nous débarrasse entre autres des moustiques, est pourtant accusé de tous les maux. Il s’accrocherait dans nos cheveux, sucerait notre sang, on le soupçonne même d’avoir abrité le coronavirus à l’origine de la pandémie.

Frédéric Forget poursuit : "Il est vrai qu’à l’origine le Covid SARS-CoV-2 est un virus qui a dû apparaître il y a quelques dizaines d’années chez les chauves-souris. Mais, le passage du virus de la chauve-souris chez l’homme est excessivement difficile et il est très peu probable… "

Faut-il en avoir peur ?

Pour Marius Gilbert, épidémiologiste, la réponse est clairement non : "Il y a des communautés qui vivent en dessous de colonies avec des milliers et des milliers de chauves-souris dans les arbres. Où il y a des déjections et ces gens ne sont jamais tombés malades réellement… Donc, ce sont des événements assez rares, mais apparemment pour le SARS-CoV-2 il y a des indications génétiques qui montrent qu’il y aurait eu un seul événement assez fondateur de transmission vers l’homme."

Reste à savoir exactement comment une transmission comme celle-là a pu se produire, mais à ce stade, une chose est sûre, pas de quoi ne paniquer ni surtout de les tuer. Ces petits mammifères nocturnes sont désormais menacés.

Ils sont des sentinelles de la nature comme les abeilles ou les dauphins. Thierry Petit, garde forestier et passionné de chauves-souris : "Ce sont des animaux qui sont très exigeants par rapport à la qualité de la nature. Si elles sont dans votre entourage, si elles viennent voler autour de votre maison, ça veut dire que l’environnement est de qualité."

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