Grève dans les prisons : comment gérer la situation sanitaire de plus en plus inquiétante ?

Une nouvelle grève de 48 heures a démarré ce lundi à 6 h dans les prisons à l’appel de la CSC. Les syndicats s’inquiètent notamment de la multiplication des risques sanitaires liés aux Covid-19. Après Nivelles et Saint-Gilles, la prison de Huy est à son tour touchée, cinq détenus ont été testés positifs. Tous les autres détenus (il y en a 70 : NDLR) vont maintenant être testés et toutes les visites sont donc suspendues.

Claudine Coupienne est secrétaire permanente justice à la CSC, elle décrit la situation à l’intérieur de la prison : " Elle est complètement confinée, pas de mouvements de l’intérieur, les activités sont suspendues et il n’y a pas de sorties, pas d’entrées, pas de visites, seuls les droits de la défense sont préservés, donc si un avocat doit absolument venir ".

Une réunion rassemblera ce lundi la direction de l’administration pénitentiaire, les syndicats et le cabinet du nouveau ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne.

La situation sanitaire dans les prisons

La situation sanitaire dans les prisons est-elle inquiétante ? Pour Nicolas Cohen, membre de l’Observatoire International des Prisons, section belge : " La situation dans les prisons est inquiétante depuis le confinement. Ça a été très difficile pour les détenus de se voir imposer des règles particulières depuis le mois de mars et le déconfinement a été extrêmement léger en ce qui concerne les détenus pour les contacts avec l’extérieur, et c’est ça qui est vraiment aujourd’hui le point de cristallisation ".

Nicolas Cohen se demande, dès lors, comment les détenus peuvent continuer à recevoir des visites et maintenir une situation sanitaire fiable dans les établissements pénitentiaires ? La question se pose que ce soit à table ou lors des visites hors surveillance avec leur famille ou leur compagne ou compagnon ? " Malheureusement, le débat est assez biaisé parce que ça se transforme en grève des agents pénitentiaires, et donc en reconfinement encore plus strict des détenus. Or, jusqu’à nouvel ordre, la population libre ne se voit pas enfermée chez elle à double tour à chaque fois qu’il y a une alerte sanitaire ".

La colère des syndicats

Peut-on comprendre la colère des syndicats qui avaient prévenu qu’ils ne voulaient pas relâcher trop vite ces mesures sanitaires et qu’ils ne voulaient pas autoriser à nouveau ces fameuses VHS, les visites hors surveillance ? Nicolas Cohen : " Non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas parce que jusqu’à nouvel ordre encore, les agents peuvent rentrer chez eux le soir et voir leur famille. Les détenus ont le droit de voir leur famille, ils ne sont pas privés de ça, il n’y a pas de peine d’interdiction de voir sa famille, ça n’existe pas en Belgique. Ça ne peut donc pas être décidé par les agents pénitentiaires ".

Pour notre expert, la situation est difficile avec notamment des établissements fermés : " Certains, quand on parle de la prison de Saint-Gilles, pensent à une maison d’arrêt qui est surpeuplée, ce qui renvoie aussi à la problématique d’avoir trop de monde dans un établissement, et donc de craindre un risque épidémique ou un risque de contagion importante, et donc de problèmes sanitaires très lourds à gérer. Ça, c’est vrai. Mais on ne peut pas imposer à d’autres, sous prétexte qu’on n’est pas content des mesures sanitaires, d’être enfermés dans leur cellule 23 ou 24 heures sur 24 juste pour manifester ce mécontentement ".

Trouver l’équilibre

Comment fait-on pour trouver l’équilibre entre tout cela ? " Il faut arriver à penser les personnes détenues comme des citoyens ordinaires pour tout ce qui concerne autre chose que l’exécution de leur peine ", rappelle Nicolas Cohen. Et il poursuit : " Une personne détenue exécute sa peine à laquelle elle a été condamnée pour un fait. Point. Ou alors elle est en détention préventive en attendant son procès. Mais pour tout le reste, pour tout ce qui est sa vie privée et familiale, elle doit être considérée comme une personne ordinaire et elle doit donc être accompagnée. On doit par exemple penser ces situations en faisant certaines comparaisons avec les personnes dans les homes. On a beaucoup de personnes dans un lieu et on doit assurer une certaine sécurité des contacts. Mais les personnes détenues ne sont pas pensées comme telles. Elles sont pensées comme simplement des sujets disponibles à qui l’administration pénitentiaire et les agents peuvent imposer chacun leurs règles. Et vous avez vraiment cette situation-là aujourd’hui. L’administration pénitentiaire impose et propose des règles et les agents disent : " non, on n’est pas d’accord, on impose nos règles ", et ça, ce n’est pas possible ".

La surpopulation carcérale

La situation actuelle dans les prisons avec la crise sanitaire, met-elle aussi en lumière la problématique de la surpopulation carcérale ? Pour Nicolas Cohen la réponse est : " Oui. Ça concerne uniquement les établissements qui sont surpeuplés, tous ne le sont pas, mais ceux qui le sont souffrent évidemment de ce problème en particulier. Ça renvoie donc à ça et ça renvoie à une espèce de lutte de pouvoir interne au sein du système pénitentiaire qui est très importante, qui est peu décrite, mais qui est bien réelle, entre d’un côté les syndicats pénitentiaires et de l’autre côté l’administration ".

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