Green Deal: pour le président de la Commission Climat, l'Europe "se dote de moyens insuffisants"

Ce mercredi midi, la Commission européenne et Ursula von der Leyen vont présenter la nouvelle loi climat, une des pièces maîtresses du fameux pacte vert européen, le Green Deal, dont l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2050. La militante suédoise Greta Thunberg sera présente à l’Europe, pour promouvoir la neutralité carbone. La neutralité carbone, c’est l’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et leur retrait de l’atmosphère. Alors, quel est l’intérêt d’une telle loi? Que doit-elle comporter pour être efficace?

Nicolas Van Nuffel, le président de la Coalition Climat, s’exprimait sur la Première ce matin, au micro de Sophie Brems. Il rappelle l’importance de cette Loi Climat : "La loi climat est une des clés de voûte du Green Deal européen, du pacte vert européen qui a été annoncé à la fin de l’année passée par la Commission européenne. C’est ce qui doit ancrer dans la loi un mécanisme juridique qui nous permette d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et de déterminer comment on va réviser les objectifs de manière efficace dans les 30 prochaines années".

 

La Commission pourra imposer ses objectifs

L’ensemble des pays européens devront suivre ce texte juridique. "C’est un règlement, c’est-à-dire une forme de directive, mais qui s’impose directement aux États. Il y a deux types de législation dans l’Europe. Les directives, les États doivent les mettre en œuvre chacun à leur manière. Ici, on adopte un mode juridique qui fait que le règlement s’imposera directement aux États". De plus, si ce règlement est adopté, la Commission aura le pouvoir d’imposer aux états des révisions régulières de leurs objectifs. Cela empêcherait donc ce qu’on a parfois vu dans le passé, c’est-à-dire que tel ou tel État freine la décision là où la science est très claire sur les mesures à prendre.

Green Deal : l’exemple polonais (sujet du JT du 14 janvier dernier) :

Pour le président de la Commission Climat, l’objectif de 2050 est cependant trop lointain : "Ce qui nous semble très important, c’est qu’on ne regarde pas que 2050 parce que sinon on risque de reporter le problème et l’urgence est maintenant de déterminer très vite un objectif pour les 10 prochaines années, un objectif à 2030. Et là, ce qu’on voit à ce stade-ci est inquiétant parce que les dernières versions de la proposition qu’on a vues nous disent que les propositions pour 2030 n’arriveront qu’au mois de septembre". Pour Nicolas Van Nuffel, ça risque donc d’être trop tard par rapport au prochain grand rendez-vous mondial du climat, à savoir la COP26 à Glasgow (Ecosse), en novembre. "Il aurait été tout à fait possible dès maintenant d’ancrer non seulement un objectif 2050, mais aussi un objectif 2030. La science est très claire sur le fait qu’on a un chemin à parcourir sur 30 ans, mais que c’est dans les 10 prochaines années que le gros de l’effort doit être fait".

Echéance 2030 plutôt que 2050

Nicolas Van Nuffel n’est pas le seul à penser qu’une échéance à l’horizon 2030 serait plus judicieuse. Douze États membres, dont la France, ont adressé une lettre au vice-président de la Commission, Frans Timmermans pour demander des efforts plus conséquents pour les dix ans à venir. La Belgique ne fait pas partie de ces états demandeurs. Ce qui chagrine le président de la Commission Climat : "malheureusement, une fois de plus, la Belgique n’est pas dans le train des pays ambitieux. Pourquoi? Parce qu’elle est divisée sur la question. La Région wallonne et la Région bruxelloise poussaient à cosigner cette lettre et la Région flamande bloquait, estimant que ça ne servait à rien de déjà envoyer un courrier avant la sortie du projet de loi".

La Flandre n’est pas d’accord sur la répartition de l’effort pour un Green Deal. "Chaque fois qu’on essaye d’avancer sur l’ambition au niveau climatique, explique-t-il, il y a une série de pays qui bloquent et il y a un pays qui est bloqué, le nôtre, parce que les mécanismes de décision en Belgique sont compliqués et que si une des régions décide de bloquer, c’est tout le pays qui bloque. Et l’élément financier, qui a en effet amené les critiques de la Flandre, est un élément essentiel. La loi climat proposée maintenant par la Commission européenne est un aspect important, mais il faut des moyens derrière, et les moyens qui sont aujourd’hui proposés par la Commission sont totalement insuffisants par rapport aux objectifs qu’elle se fixe".

Préparer l’économie de demain

Le président de la commission Climat appelle la Flandre à changer son paradigme : "La position flamande, c’est plutôt de juger qu’on donne trop d’argent aux régions qui en ont le plus besoin, et d’autre part de bloquer les objectifs parce que l’économie flamande est une économie qui dépend très fortement du pétrole et de la pétrochimie. Et le message que nous envoyons depuis longtemps aux dirigeants flamands, c’est de dire qu’on doit évidemment prendre en compte la situation complexe de l’économie flamande, mais ça nécessite justement des mécanismes d’accompagnement, mais il ne faut pas refuser l’objectif. L’économie du pétrole, dans 30 ans, c’est fini, donc il faut préparer l’économie de demain".


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