Gouvernements : femmes déterminées au pouvoir, enfin des changements?

Nawal Ben Hamou, Christie Morreale et Bénédicte Linard : 3 femmes en charge du droit des femmes et de l'égalité des chances
Nawal Ben Hamou, Christie Morreale et Bénédicte Linard : 3 femmes en charge du droit des femmes et de l'égalité des chances - © Belga Image

Les gouvernements régionaux ainsi que celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont en place.

Et parmi les nouvelles têtes, 3 sont chargées du droit des femmes et de l’égalité des chances. 3 femmes : une écolo et deux socialistes. Des femmes de pouvoir, aux pouvoirs spéciaux, ceux de rassembler et de faire avancer la société, c’est en tout cas ce qu’elles espèrent.

Bénédicte Linard est ministre du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en charge du Droit des femmes, des Médias, de la Santé, de la Culture et de la Petite enfance, Christie Morreale est vice-présidente du gouvernement wallon et ministre de l’Emploi, de l’Action sociale, de la Santé et de l’Egalité des chances et Nawal Ben Hamou, secrétaire d’Etat à la région de Bruxelles-Capitale, est chargée du Logement et de l’Egalité des chances.

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Avec de tels portefeuilles, les agendas sont bien chargés. Nous espérions pouvoir les rencontrer autour d’un thé dans un endroit cosy, c’est raté. Mais ces trois femmes ont tout de même accepté de se livrer aux Grenades. Résultat, un triple portrait, portant sur les combats que ces trois femmes vont mener ensemble.

Mais d’abord, qu’est-ce que c’est d’avoir le droit des femmes ou l’égalité des chances dans son portefeuille ?

 

En 2019, comment est perçue cette fonction ? Ce qui n’était qu’un petit portefeuille il y a encore 10 ans prend aujourd’hui d’autres proportions.

"Être en charge du droit des femmes c’est rééquilibrer un modèle parce qu’on a un retard dans une société qui reste aujourd’hui une société patriarcale à domination masculine ", explique Christie Morreale.

Rééquilibrer une société c’est un défi de taille et qui prendra du temps. Mais qui est devenu un enjeu majeur : " Cette question est enfin mise sur le devant de la scène ", estime Bénédicte Linard, " et donc il est essentiel aujourd’hui de non seulement pouvoir dénoncer ce qui ne va pas, de pouvoir agir pour diminuer la disparité entre femmes et hommes mais aussi de s’attaquer à la question des violences et des discriminations à l’égard des femmes. "

Une tâche titanesque donc mais pour laquelle elles ne se sentent pas isolées : " C’est un grand honneur pour moi, surtout de travailler avec le secteur associatif et de pouvoir répondre à des situations d’urgence, et de trouver des solutions efficaces ", nous confie Nawal Ben Hamou, " je pense qu’on parle plus de certaines choses aujourd’hui, notamment le harcèlement de rue, des violences faites aux femmes, du cyber harcèlement, des familles monoparentales… Donc ce sont aujourd’hui des thèmes qui ont toute leur importance dans notre société parce qu’aujourd’hui on a vraiment envie de pouvoir s’atteler à travailler sur ces différentes problématiques. "

Un combat qui transcende les clivages politiques

 

Elles nous l’ont dit, ces 3 femmes ont bien l’intention de travailler ensemble pour faire avancer les dossiers. Elles se sont déjà entretenues plusieurs fois ces dernières semaines, notamment pour mettre en place des projets communs.

"On sent, peut-être de manière intuitive, mais on sent, que le fait qu’il y ait autant de femmes au sein des gouvernements va induire un changement par rapport à la place de la femme, ne serait-ce qu’en politique et j’espère bien plus loin ", explique Bénédicte Linard.

Mais est-ce que cela veut dire que l’on va pouvoir parler, discuter, trouver des accords, tous partis confondus ?

Pour Nawal Ben Hamou, c’est certain, les enjeux sont trop importants et universels pour imaginer un blocage : "Quand on discute des violences conjugales, des familles monoparentales, il faut dépasser le clivage gauche droite parce qu’on est là pour aider ces femmes, on est là pour trouver des solutions ensemble. Chacun aura des solutions et des idées à apporter, mais l’objectif est le même : améliorer les conditions des femmes."

Christie Morreale est d’accord, cela transcende les couleurs des partis, mais la ministre wallonne nuance tout de même : "Je pense qu’il y a un combat commun […] c’est donc possible parfois, mais ce n’est pas encore gagné partout. Une fois qu’on aura compris que l’on pourra avancer en créant une solidarité entre toutes les femmes, je pense qu’on obtiendra plus d’avancées."

Si, au niveau régional et communautaire, les matières dont elles s’occupent sont prises en compte par chaque parti démocratique, qu’en est-il au niveau fédéral ? Estiment-elles qu’il existe en Belgique, des partis plus hostiles pour les femmes ? Toutes trois se disent préoccupées par l’extrême droite flamande, clairement problématique pour le droit des femmes. "De manière générale, si je fais le parallèle avec l’Espagne qui est quand même le meilleur élève en la matière", explique Christie Morreale, "on voit que dès que les conservateurs sont au pouvoir, le droit des femmes recule, notamment en matière de droits sexuels et reproductifs."

Des projets ambitieux, mais qui demanderont du temps

 

Dans la déclaration de politique communautaire, le chapitre sur le droit des femmes mentionne la création d’une conférence interministérielle sur l’égalité mais aussi des Assises du droit des femmes. Une idée reprise aussi dans les deux gouvernements régionaux.

Une manière de mettre le droit des femmes et les violences qu’elles subissent au centre de l’actualité. En France, il y a eu les Grenelles, des réunions ministérielles et associatives, qui n’ont pas abouti, à l’heure où l’on écrit ces lignes, à de grandes avancées. " L’intention n’est certainement pas d’accoucher de souris ", estime Bénédicte Linard. " L’idée est de mettre tout le monde autour de la table et d’avancer. Mais je ne suis pas très inquiète de ce qui se met en place. Par exemple quand vous avez à la RTBF un groupe comme Les Grenades, qui s’est fédéré et qui a décidé de relever ce qui devait être dit concernant les femmes en général, c’est une initiative mais il y en a plein d’autres ! Je pense qu’on pourra aboutir à des éléments tangibles en matière de droit des femmes. Notre société belge francophone est prête à aller plus loin. Et ca ne concerne pas que les femmes, certains hommes aussi sont prêts. Je suis optimiste sur la façon de pouvoir avancer. Et je ne pense pas qu’on fera marche arrière."

"Je pense qu’on va ramener systématiquement la question du genre dans les discussions", explique Christie Morreale, " même si j’ai l’impression que d’anecdotique, c’est devenu un vrai enjeu et une vraie cause de blocage. Je ne suis pas certaine que tout le monde soit convaincu par la cause mais ils se sentent obligés de le faire parce que maintenant on est plus fortes, on est plus nombreuses et c’est comme si le féminisme était revigoré, rafraîchi, je nous trouve aujourd’hui beaucoup plus fortes et beaucoup plus en ligne dans nos combats. "

Féminicide, le poids des mots ?

 

Nous sommes au mois d’octobre, 19 femmes sont déjà mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. En 2019, le chemin est encore long pour reconnaître le statut de victime mais aussi leur prise en charge : " Quand on sait qu’une femme meurt en Belgique sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon tous les 10 jours, c’est l’affaire de tous ", explique Nawal Ben Hamou. " Là il faut vraiment que tout le monde se mette autour de la table : régional, fédéral, la justice aussi. Il y a des outils mis en place! En 2006 on sortait la circulaire " tolérance zéro " mais où en est-on avec cette tolérance zéro ? ",

Une interrogation partagée par Christie Morreale qui estime que le terme Féminicide devrait entrer au Code pénal : "Oui, parce que c’est une réalité. C’est important d’en faire une incrimination spécifique à part entière et même en dehors du cercle familial. Dire les choses, c’est reconnaître que les choses existent."

Pour Bénédicte Linard, c’est une réflexion qui doit, avant tout, venir de la base : "Je pense que ces mesures ne doivent pas venir de manière unilatérale d’une ministre ou d’un ministre mais doivent pouvoir être discutées avec les secteurs. Et donc, on veut mettre sur pied des assises du droit des femmes, c’est là qu’on pourra discuter de tout cela et avancer. Il faut une base, il faut consulter les secteurs, les acteurs de terrain avant d’avancer et de mettre en place des mesures. "

Donner des moyens à la justice, aux policiers, aux associations… Toutes sont d’accord sur le fait qu’il va falloir batailler, avancer pas à pas, en partenariat avec les acteurs de terrain. Elles sont aussi conscientes que certaines choses ne sont pas entre leurs mains mais entre celles du fédéral. Qu’à cela ne tienne, elles avanceront nous disent-elles, même à petits pas.

Eduquer, informer, pour avancer

 

L’idée est aussi d’avancer sur la reconnaissance des familles monoparentales, un dossier qui tient particulièrement à cœur à Nawal Ben Hamou : " Ce sont, pour la grande majorité, des mamans solo et elles rencontrent d’énormes difficultés. Ce sont de vrais couteaux suisses, elles ont souvent un temps partiel ou ont du mal à trouver un boulot ou un logement. Le risque de pauvreté est 4 fois plus élevé pour ces mamans-là. Et ce qui me revient souvent, c’est le manque d’informations: elles ne savent pas où aller pour trouver de l’aide. Et donc sur Bruxelles, nous aimerions que les communes renseignent ces familles monoparentales sur ce qu’il y a comme services autour de chez elles."

En tant que toute nouvelle ministre des médias, Bénédicte Linard a également conscience de l’importance de l’information : " Il y a énormément de choses encore à faire. Il faut sensibiliser les jeunes aux violences faites aux femmes. Mais aussi pouvoir donner des outils aux associations, aux acteurs de terrain, pour pouvoir reconnaître les victimes dans leur condition de victime. Et donc, dans les médias, il y a un travail fort à mener. Il existe notamment en Espagne une charte à destination des médias pour amener une meilleure façon de traiter les violences faites aux femmes. Et donc en Belgique francophone on devrait pouvoir s’inspirer de ce travail et former les journalistes à traiter différemment la question des violences faites aux femmes, c’est un des chantiers qu’on peut ouvrir aujourd’hui. "

Quant à la poursuite du travail d'Alter Egales, l'assemble participative pour le droit des femmes, Bénédicte Linard est confiante: "Pour l'instant, c'est énormément de travail, il faut que l'on mette rapidement en place nos équipes dans nos cabinets. Mais je veux reprendre le travail rapidement avec Alter Egales."

Sensibiliser, dès le plus jeune âge à ce que sont les violences faites aux femmes, à ce qu’est la sexualité, la question du genre, de l’équité… Mais l’accès aux études aussi est important : " Il ne faut pas dès le départ, cliver, orienter, les enfants vers des secteurs qui sont typiquement masculins ou typiquement féminins ", estime Christie Morreale, " en plus pour les femmes c’est embêtant parce que les secteurs d’avenir (robotisation, numérisation,…) sont occupés pour l’instant par des hommes ! "

Bref on l’aura compris, la tâche qui attend ces deux ministres et cette secrétaire d’État est énorme. Mais elles comptent bien avancer ensemble pour bouger les lignes.

Reste à voir si 5 années de législature seront suffisantes, face à une Flandre particulièrement menaçante en matière de droit des femmes et à des négociations fédérales qui promettent de prendre du temps, et du coup, de peut-être en faire perdre aux autres niveaux de pouvoir. 

 

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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