Google veut lutter contre la vengeance pornographique

Diffuser une photo ou une vidéo compromettante de son ex, pour se venger. Le phénomène inquiète. Google vient officiellement de se positionner pour lutter contre le "Revenge Porn".

"Mon nom est Chrissy Chambers. Et je suis une victime de revanche pornographique." Depuis quelques jours, sa vidéo fait le tour du monde. La jeune femme de 24 ans raconte comment son ex-compagnon a utilisé des vidéos compromettantes pour lui nuire. "Je n'ai eu connaissance de cette vidéo qu'en 2013 quand quelqu'un m'a averti qu'une personne postait des liens vers des vidéos mentionnant mon nom complet et en m'insultant de traînée. Et en mentionnant que je n'étais pas un modèle à suivre."

Chrissy vient tout juste d'intenter un procès à son ancien compagnon au civil et pénal. La raison? Avoir diffusé des vidéos compromettantes pour se venger juste après leur rupture. Une première en Grande-Bretagne.

Un phénomène mondial

"Le Revenge-porn", comprenez la "vengeance pornographique" fait des ravages dans le monde. Et en Belgique aussi. Plusieurs cas ont déjà été signalés aux services de police. Les auteurs risque de lourdes amendes. Une peine de prison avec sursis peut également être prononcée.

Alors, pour lutter contre le phénomène, Google a décidé de mettre en place un formulaire de déréférencement. Pour l’un des patrons de Google, Amit Shingal, "Notre philosophie a toujours été que les recherches reflètent ce qu'est l'internet dans sa globalité. Mais la porno-vengeance ne sert qu'à dégrader des victimes. En majorité des femmes."

Mais pour Carine Doutrelepont, avocate spécialiste du Droit des Médias, c'est clair, protéger les victimes n'a pas toujours la position adoptée par Google. "L’année dernière, ils avaient un tout autre point de vue en défendant la liberté d’information et la liberté d’expression. Ils n’étaient absolument pas favorables à cette idée de déréférencement. Il faut dire qu’économiquement cela leur coûte très cher. Google ne contrôle pas tous ces robots, tous les éléments informatisés du système. Donc un certain nombre de déréférencements doivent se faire de façon manuelle. Du coup, sur le plan économique, l’entreprise sera moins rentable."

" Droit à l’oubli "

En réalité, cela fait plus d'un an que Google est forcé par la justice européenne d'intervenir. Mais en décembre dernier, le géant américain a été condamné devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour avoir refusé une demande de droit de déréférencement, parfois appelé le " Droit à l’oubli ".

Concrètement, il existe bien une procédure de déréférencement des liens vers les photos litigieuses sur Google. "Mais cela n'efface pas forcément les photos ou vidéos compromettantes " explique Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit. "Le référencement est supprimé. On ne trouve plus via Google, la photo ou la vidéo en question. Mais attention, car cela ne veut pas dire qu’elle n’est plus présente sur le site d’origine qui l’héberge. Il faudra alors prendre contact avec la personne qui gère le site pour là aussi lui demander le retrait de la photo. Et cela, c’est plus compliqué car cela dépendra de l’endroit où hébergé ce site et des conditions d’utilisation."

Google, pas le premier

D’autres grands acteurs de l’internet ont annoncé des mesures pour lutter contre le phénomène de la "vengeance pornographique". Le réseau social Twitter et le forum US Reddit avaient déjà officiellement interdit la publication de photo ou vidéo à caractère sexuel d’une personne sans son consentement.

Ce formulaire de " déréférencement " peut donc aider les victimes à se reconstruire. Mais il ne résoudra pas le problème de la présence continue du contenu sur l'Internet.

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