Globe Aroma: "Une bavure policière" et "une forme de terrorisme", juge Fabrice Murgia

"Pour moi, c’est une bavure policière." Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National, pèse ses mots après l'irruption vendredi de policiers dans les locaux de l'asbl culturelle bruxelloise Globe Aroma. Les policiers y ont arrêté sept personnes sans-papiers, suscitant de vives réactions tant dans le monde politique que culturel.

"On a produit un spectacle il y a trois ans au Théâtre National où il y avait des sans-papiers sur scène (...), a-t-il raconté au micro de Matin Première ce mardi. Aujourd’hui, on devrait avoir peur de produire ce genre de spectacle, parce que les sans-papiers qui se sont inscrits à ce type d’atelier ne pourraient plus le faire. Quand on gouverne en faisant peur aux services publics, il y a donc une forme de terrorisme, on peut dire ce mot en fait. On l’a vécu comme ça."

Il insiste : "Il y a une bavure policière, bien sûr (...). Le monde culturel est en émoi, mais je pense que, si cela se reproduit, il sera révolté", prévient-il, appelant à la désobéissance civile.

"Je demande vraiment aux élus locaux et aux polices locales de ne pas collaborer à ce point avec des gouvernements qui posent autant question à un endroit. Je pense que la mobilisation citoyenne, à un moment, doit prendre corps dans la formation des gens aussi."

C’est la désobéissance civile qui empêche un Calais à Bruxelles

Pour Fabrice Murgia, le gouvernement fédéral "se targue de mener cette politique pour empêcher un Calais en Belgique", mais il "n’empêche aucun Calais, c’est la désobéissance civile qui l’empêche".

"Je préfère appeler ça de la mobilisation citoyenne, précise toutefois le directeur du Théâtre National. Ce sont tous ces gens qui hébergent d’autres personnes chez eux, c’est grâce à eux qu’il n’y a pas de Calais. Il serait temps de poser la question à un autre endroit. Les politiques se rendent impopulaires avec cela. Je pense qu’on ne répare pas l’échec de l’intégration comme cela, il ne faut pas faire de descentes de police au Globe Aroma, il faut inventer un deuxième ou un troisième Globe Aroma."

Le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS) a demandé un rapport sur cette descente de la police fédérale appuyée par la police locale de la zone Bruxelles Capitale-Ixelles. Et de cette enquête, Fabrice Murgia attend que "l'on reconnaisse qu'il y a eu bavure".

"Une intrusion dans la démocratie"

Un lieu culturel, c'est aussi pour le directeur du Théâtre National "un lieu de culte de la démocratie", un sanctuaire où raconter des histoires "pour permettre la résilience, pour permettre d’affronter quelque part des situations de détresse".

Alors, estime-t-il, "quand on met un pied sur un plateau, dans une église ou un parlement, il y a un moment où on fait une intrusion dans la démocratie, dans le droit à l’opposition naturelle, dans ce qui régule la société dans ses questions".

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"Je suis un petit peu révolté et indigné, comme beaucoup de gens, (...) parce qu’au final on a franchi un pas, on a mis un pied sur un plateau", ajoute-t-il.

"Des policiers sont intervenus au sens littéral du terme, ils sont entrés en scène et c’est grave, parce que, il y a peu, les visites domiciliaires ont un peu levé la question sur l’état de droit et la démocratie qui partent un peu en sucette. Je pense qu'en peu de temps, quand une loge maçonnique sort du bois, quand un journaliste est interrompu, quand des artistes sont interrompues, il y a des signaux qui ne trompent pas en fait. Notre métier est un peu de dire 'Ouvrez les pavillons, ça part en sucette là !'."

"Ça va trop loin, il faut s’arrêter..."

Après l'action policière de vendredi, la première chose qu'a fait Fabrice Murgia, c'est appeler la ministre francophone de la Culture Alda Greoli (cdH). "Je me suis dit 'Mais c'est une blague ce truc !'. Ce n'était pas possible pour moi, c'était en dehors de la réalité", raconte-t-il.

"Et (Alda Greoli) était scandalisée", rapporte-t-il, confirmant ce qu'elle indiquait lundi dans un communiqué. Pour le directeur du Théâtre National, c'est la preuve que "que les différents niveaux de pouvoir de la lasagne institutionnelle ne jouent pas dans le même film. Avec par exemple les élus communaux qui s’opposent concrètement un peu partout en Belgique aux intrusions policières dans les maisons, c’est ça qu’il faut faire ! Ce sont eux qui font de la politique, ce n’est pas à plus haut niveau, ce sont les gens qui sont en contact avec les citoyens".

"Vous savez, le musicien qui s’est fait arrêter était en train de jouer, il ne parlait pas swahili ou français ou anglais, il était en train de jouer de la musique, un langage universel, rappelle Fabrice Murgia. Finalement, il témoignait d’une condition de l’humanité. Et ça va trop loin, ça va trop loin, il faut s’arrêter..."

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