Gilles Kepel: "Le terrorisme naît des problèmes sociaux et d'une idéologie islamique"

Gilles Kepel: "Il n’y a jamais eu de processus aussi sophistiqué depuis le 22 mars. "
Gilles Kepel: "Il n’y a jamais eu de processus aussi sophistiqué depuis le 22 mars. " - © JOEL SAGET - AFP

Islamologue et spécialiste du djihadisme, Gilles Kepel, est aussi l’auteur du livre "La Fracture" (Gallimard), un ouvrage où il explique sa vision du plan des terroristes: multiplier les actions spectaculaires -et atroces- pour provoquer une fracture sensée isoler les musulmans de France pour les jeter dans les bras du djihadisme. Mais ce scénario correspond-t-il à la situation belge?

‘La bible du djihadisme’

C’est le sentiment de Gilles Kepel qui s’en réfère à ‘la bible du djihadisme’: "Dans la logique des djihadistes de la 3ème génération, et si l’on en s’en tient au gros volume paru sur internet en 2005 sous le titre ‘L’Appel à la Résistance djihadiste mondiale’, c’est toute l’Europe qui est visée, sans distinguer les pays. En Allemagne on a pu le vérifier par la multiplication des attentats suicides. Cela a exaspéré la population et fait monter les forces d’extrême droite. "

Un an après, la Belgique est plus sûre, mais pour des raisons principalement exogènes: la pression militaire des forces occidentales mise sur les villes djihadistes de Rakka et Mossoul "oblige ceux qui télécommandent les opérations en Europe à penser à sauver leur peau. Ils ont moins de disponibilités pour nous frapper ici". Mais cela ne ferait que déplacer le risque qui se rapproche maintenant de l’Europe. Le retour des djihadistes européens dans leurs pays est un risque certain, explique l’islamologue. "C’est une des dimensions de la crise avec la Turquie. C’est pourquoi la France n’a pas interdit (comme l’Allemagne ou les Pays-Bas) les meetings trucs en faveur d’Erdogan en France. Car le Trucs arrêtent systématiquement les individus suspectés d’être des djihadistes français avant de les remettre aux autorités françaises. Et c’est un élément essentiel pour comprendre la situation."

Le danger du retour

Lorsque la guerre en Syrie se terminera, ce retour sera un problème majeur. Pour Gilles Kepel, c’est ce qui s’est passé à Molenbeek. "Le 22 mars est la séquelle  de ce qui s’est passé durant les attentat de Paris. Ils appartenaient tous à la même cellule. Le 22 mars est l’aveu d’échec de tout ce processus puisqu’ils  voulaient à nouveau frapper la France, mais que la police a pu arrêter Salah Abdeslam. Il n’y a jamais eu de processus aussi sophistiqué depuis le 22 mars."

Et si Français et Belges sont si liés dans le djihadisme, c’est, selon le spécialiste, à cause de l’absence de frontières "En 1996 lors de la filière des djihadistes Roubaix, l’un d’eux avait fui en Belgique, pour y être abattu par une policière belge. C’est aussi une filière aisée vers la Grande-Bretagne, les Pays-bas et l’Allemagne. Ce sont les grands axes de circulation qui permettent aux djihadistes de se dissimuler facilement." Ce fut le cas pour Mehdi Nemouche qui passera par Molenbeek pour partir ensuite vers la Syrie via un itinéraire compliqué. " Et en revenant de Syrie c’est à Bruxelles (le Musée Juif :  ndlr) qu’il frappe. "

Cause sociale ou politique ?

Le grand débat porte sur la raison du passage à l’acte des terroristes islamiques. Si certains, comme Olivier Roy, l’expliquent par des facteurs sociaux (le chômage et le racisme qui règne en Europe), d’autres pointent une certaine idéologie islamique.

Gilles Kepel assure qu’il existe un lien entre les deux facteurs.

"C’est important parce que notre discours s’adresse en grande partie à nos compatriotes musulmans. On le voit avec la présidentielle française. Certains candidats ont tendance, pour tirer parti de la fracture, à diaboliser plus encore l’ensemble des musulmans pour les présenter comme un danger tandis que d’autres minimisent le problème pour récolter les voies des cités populaires dans un cas et les populations musulmanes dans l’autre. "    

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