Gilles de Kerchove (coordinateur pour la lutte contre le terrorisme): « La menace est encore assez élevée »

Gilles de Kerchove, le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 11 mai sur La Première et ce dimanche 12 mai à 22h50 sur La Trois. Il présente les défis sécuritaires auxquels l’Europe, mais aussi la Belgique, devront faire face après le 26 mai.  Pour lui, la menace terroriste est encore assez élevée même si « nous avons réduit nos vulnérabilités ».

Pour Monsieur Terrorisme, « la fin du califat physique n’entraîne pas la fin du problème. Beaucoup de combattants européens sont encore sur place. D’autres sont partis vers d’autres zones de conflit notamment l’Afghanistan, dans le Sahel, le Sinaï, le Nord de l’Afrique. Mais il y a surtout l’idéologie qui inspire partout dans le monde. Et aujourd’hui la première menace en Europe est de type endogène, soit des gens qui n’ont pas été en Syrie ou en Irak, qui n’ont pas de lien avec Al Quaida. Internet reste un vecteur d’inspiration même si des progrès importants ont été faits. La prison reste un grand incubateur de radicalisation ».

« Il va donc falloir vivre avec cette menace pendant longtemps et plus particulièrement dans les zones où il y a une faible gouvernance pour reconstituer le califat. L’Afrique est ainsi peut-être la prochaine grande terre du djihad », conclut-il sur ce point.

Les défis européens

D’autres défis restent à relever à l’échelle européenne pour une bonne diffusion des informations utiles dans la lutte contre le terrorisme. « Pour moi, il faut travailler sur trois angles afin de créer un environnement où les données circulent : la collecte, le partage et l’analyse. Notamment pour la collecte, on a de très sérieux défis. Le premier, c’est celui de la vie privée. On a un Parlement européen et une Cour de Justice très soucieux de la collecte des informations sensibles. Là, il y a encore beaucoup de travail à faire. Il faut, à mon avis, pouvoir avoir accès, moyennant des garanties, à toute l’information nécessaire. » Gilles de Kerchove pointe là, notamment, la question sensible du crime organisé.

Et en Belgique ?

Interrogé sur les priorités pour le prochain ministre belge de l’intérieur. Il énumère et propose : « On a beaucoup décentralisé la police depuis l’affaire Dutroux. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a des phénomènes qui demandent de la qualification et de la centralisation. C’est ce que j’appellerais les offices centraux pour le crime organisé, le terrorisme, … Avoir certains offices centraux au sein de la police fédérale, c’est nécessaire. (…) Et puis, en ce qui concerne plus spécifiquement la menace terroriste, il y a aujourd’hui beaucoup de choses qui sont définies dans les cabinets ministériels, qui pourraient être confiées à une agence, une sorte d’OCAM upgradée, qui serait l’organe de coordination de tous les acteurs de la sécurité. Je pense que ce serait réellement un progrès. »

Il a dit

Sur les investissements à faire en matière de sécurité en Belgique : « La Belgique doit encore faire des efforts dans la protection des menaces cyber : ça peut être le suivi des sites terroristes sur internet, ça peut être la cybercriminalité, ça peut être la désinformation, le cyberespionnage, le pillage des secrets industriels. Le cyber est un investissement important. »

En ce qui concerne les données informatiques à récolter : « On a un tsunami de datas. Le problème des analystes, c’est de donner du sens à toutes ces données

Sur la montée des extrémismes en Europe : « Ne laisser aucune place, dans les parlements, à l’extrêmedroite, est-ce que ce n’est pas aussi prendre le risque qu’elle s’exprime de manière violente en dehors de nos systèmes démocratiques ? »

À propos de la radicalisation : « Je suis plus préoccupé par le risque de voir des vrais demandeurs d’asile se radicaliser parce qu’ils ne s’intègrent pas facilement. Il faut faire un effort tout particulier pour aider les demandeurs d’asile pour qu’ils ne soient pas tentés par des groupes radicaux. »

Sur les points faibles européens en matière de sécurité : « Le crime organisé reste un sujet de préoccupation en Europe. Il faut avoir une agence plus performante encore. »

Sur les moyens belges dans le domaine de la cybersécurité : « Il y a une transformation complète de la manière dont on va faire de la sécurité à l’avenir. Il n’y a pas que l’épreuve digitale. Il y a aussi l’intelligence artificielle, l’ordinateur quantique, le blockchain, la miniaturisation, il y a les drones… Et pour cela, il faut des gens très pointus et donc des budgets. Pour la Belgique, il faudrait tripler le budget. »

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