Gestion de la crise du coronavirus : "Il faut accepter un certain niveau de risque" selon Yves Coppieters

Partout dans le monde on observe la résurgence du coronavirus dans nos sociétés et avec les retours des vacances, les gouvernements sont soumis à pression pour éviter que l’augmentation des cas ne conduise à des situations de saturation des hôpitaux et de pénuries de matériel. A ce jour, plus de 805.000 personnes sont décédées des suites du coronavirus dans le monde.

Mais si une grande majorité de pays semblent confrontés à cette résurgence, les approches des autorités sont assez différentes. La raison ? Des choix de politique de santé publique. Une approche différente entre risque zéro et acceptation d’un certain seuil de risque. L’Europe semble se diriger vers cette dernière.

Résurgence du coronavirus

Un peu partout dans le monde on observe ce que certains experts appellent la deuxième vague. En Italie, la barre des 1000 cas par jour a été franchie ce samedi. En France, on a dénombré près de 4500 nouveaux cas de coronavirus en 24h. Des chiffres qui se rapprochent de plus en plus de ceux du printemps. Même son de cloche en Allemagne, où la chancelière a refusé un quelconque relâchement en l’état. En Espagne, "les choses ne vont pas bien", disait cette semaine Fernando Simon, le directeur de l’alerte sanitaire.

Cette résurgence de l’épidémie s’observe également en Asie, comme c’est le cas en Corée du Sud, où plusieurs foyers ont été identifiés, en deux jours les chiffres ont grimpé.

Résultat, les autorités prennent des mesures pour tenter d’endiguer la propagation du virus. Port du masque obligatoire dans les lieux publics, campagne de testing et de tracing, fermetures des discothèques voire interdiction de fumer dans l’espace public si la distanciation sociale ne peut pas être respectée (en Espagne).

Un virus, plusieurs approches

Mais tous les gouvernements ne semblent pas adopter la même stratégie face au coronavirus. "Il y a des gouvernements qui veulent diminuer le risque à tout prix et il y a ceux qui acceptent un niveau de risques de base", explique le professeur de santé publique de l’ULB, Yves Coppieters.

Ainsi, certains gouvernements auront tendance à adopter des mesures plus strictes, d’autres à accepter une "relative" propagation du virus au sein de la population. L’OMS a annoncé il y a quelques jours que l’épidémie devrait être éradiquée endéans les deux prochaines années.

Ainsi, pour certains gouvernements, il faudra trouver un moyen de "vivre avec le virus", soufflaient d’ailleurs les autorités au cours du dernier Conseil national de sécurité. D’ailleurs, le gouvernement a décidé de remplacer le GEES, en charge de la stratégie de déconfinement, par un organe qui sera en charge de la "gestion de crise".


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"Tout dépend de la politique sanitaire du pays. Si vous voulez un risque qui s’approche de zéro (comme la Corée du Sud, ndlr), il faut tester beaucoup plus et être plus strict dans l’isolement et la quarantaine. Si on définit un risque de base pour les semaines et les mois qui viennent, sans doute ce qui devrait se passer en Europe alors on permet un certain nombre de comportements et on trouve un curseur pour les gestes de prévention", indique Yves Copppieters.

Le virus ne va pas disparaître

Pour l’épidémiologiste, c’est une stratégie qu’il faut choisir. Et définir un seuil de risques ne semble pas nécessairement une mauvaise idée, "il faut accepter un certain niveau de risques puisque le virus ne va pas disparaître dans les mois qui viennent", dit-il.
 
Ainsi, selon lui, "il faut définir un niveau de risques, et ce risque on l’a aussi pour les autres maladies infectieuses et même pour les maladies chroniques puisque nous avons tous des comportements à risques, en termes de tabagisme, de pollution etc. C’est un risque que l’on accepte pour tout un tas de pathologies".
 

Définir le seuil de risques

Ainsi, il semblerait qu’en Europe et notamment en Belgique, on se tourne davantage vers cette option de l’acceptation d’un certain seuil de risque. C’est d’ailleurs ce qu’a expliqué la Première ministre, Sophie Wilmès lors du dernier Conseil national de sécurité.
 
Reste donc désormais à "définir ce risque et à trouver un consensus avec la population et des professionnels de la santé et suivre ce niveau de risques", argue Yves Coppieters. Et d’ajouter, "si cela se traduit par des hospitalisations et des décès, alors il faut augmenter les mesures de protection".
 

Un paradoxe

Pour l’heure en Belgique, "l’épidémie augmente en transmission et non en gravité par rapport à des populations à risque qui continuent à très bien se protéger mais peut-être aussi par rapport à un virus qui entraîne moins de complications. Un phénomène que l’on observe dans plusieurs pays Européens".
 
Une situation paradoxale selon l’épidémiologiste, "on a peu de cette transmission qui augmente mais les situations graves sont stabilisées".
 
 
 
 
 
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