Génération Quoi: une jeunesse en crise(s)

Génération Quoi: une jeunesse en crise(s)
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"Jeunesse désabusée, jeunesse individualiste, jeunesse incontrôlable". Autant de clichés qui pèsent sur la génération Y. Mais sont-ils vérifiés ? L’enquête "Génération Quoi" passe ces stéréotypes au peigne fin. D’ampleur européenne, le sondage interroge les jeunes de 18 à 34 ans sur des questions aussi diversifiées que l’emploi, l’école, l’amour, l’avenir ou encore les relations familiales. En Belgique francophone, les jeunes ont massivement répondu à l’appel.

Quel regard posent les jeunes sur la société actuelle ? Envisagent-ils l’avenir sereinement ? Voici les principales tendances de l’enquête sur une génération en crise(s).

"Génération sacrifiée"

"Génération perdue", "génération sacrifiée", "génération oubliée", autant de registres massivement mobilisés par les jeunes pour qualifier leur génération. La génération Y est souvent surnommée la génération de la crise, mais il s’agit plutôt de la génération des crises.

"On a l’impression que tout nous tombe dessus : la crise économique, la crise écologique, la crise de l’emploi, le terrorisme. Qu’a-t-on fait pour mériter tout ça ?", lance Boris, 27 ans. Pour lui, la génération Y paye les erreurs des générations précédentes. "Nos parents ont un peu trop profité de la vie. Ils ont fait des excès dans tous les domaines, et aujourd’hui, nous devons payer les pots cassés".

Il existe dans le chef de la jeunesse un sentiment de déclin progressif qui s’installe de génération en génération. Un jeune sur deux pense que son avenir sera pire que la vie de ses parents, tandis que 60% d’entre eux pensent que l’avenir de leurs enfants sera pire encore.

Top 3 des préoccupations : environnement, emploi et système scolaire

L’enquête montre que l’environnement est la plus grande préoccupation des jeunes, suivie de très près par l’accès à l’emploi et le système éducatif.

Ils sont plus de 80% à estimer que l’école ne prépare pas suffisamment au marché du travail. "Soit on est trop diplômé, soit pas assez. L’accès à l’emploi est préoccupant, mais le véritable problème, c’est l’école", confirme Eléonore, 23 ans. "On n’est pas bien préparé au monde du travail. L’université ne m’a même pas appris à mener à bien un entretien d’embauche", renchérit Mehdi, 25 ans.

Une vision matérialiste du travail

Boris illustre cette problématique par sa propre expérience. "J’ai fait trois ans d’études supérieures en communication. Après deux ans de recherche d’emploi et de travail bénévole dans des radios locales, j’ai compris qu’il fallait que j’abandonne temporairement l’idée d’être une star de la télé. Aujourd’hui, je suis vendeur dans un magasin de vêtements. J’aime ce que je fais, mais c’est un travail alimentaire. Il faut bien payer les factures."

Comme Boris, quatre jeunes sur dix estiment que leur travail n’est pas à la hauteur de leurs qualifications. Ils sont également sept sur dix à penser que la société belge ne leur permet pas de montrer ce dont ils sont capables. Ainsi, on en revient à une vision matérialiste du travail. La majorité des jeunes y perçoit un moyen de gagner de l’argent, avant d’y voir une source d’épanouissement.

"Les hommes politiques, tous pourris"

Mais l’école et l’emploi ne sont pas les seules institutions à souffrir de leur défiance. 90 % des jeunes n’ont pas confiance dans la politique, et 98% estiment que certains voire tous les hommes politiques sont corrompus.

"J’ai l’impression qu’il n’y a plus de vraie différence entre les partis. Quand on vote pour la gauche, on se retrouve quand même avec des politiques de droite. Aujourd’hui, je suis dégoûtée du monde politique. Quand je vais voter, j’en suis au point de me dire que je dois choisir le moins pire, celui qui ment le moins", explique Daniela, 28 ans.

"Tout est toujours question de budget. Les politiciens ne pensent pas au bien-être des citoyens, mais à l’argent", ajoute Mehdi. Comme lui, 95 % des jeunes estiment que la finance dirige le monde.

Un vent de révolte

Cependant, ce pessimisme cohabite avec un véritable souffle d’espoir. La preuve : la majorité des jeunes qualifient leur génération de "génération du changement".

Un jeune sur dix s’est déjà engagé dans une organisation politique. Un sur quatre s’est déjà mobilisé pour une association humanitaire ou une ONG. Mais surtout, six jeunes sur dix seraient prêts à s’engager dans un mouvement de révolte de grande ampleur, type Mai 68.

Ce vent de révolte souffle particulièrement chez les jeunes peu diplômés âgés de 25 à 29 ans, période qui coïncide avec une insertion professionnelle souvent longue et pénible. Par ailleurs, un jeune sur deux serait prêt à se battre pour son pays.

Le changement au quotidien

Néanmoins, le changement ne passe pas forcément par le fait de descendre dans la rue. "Il y a de nombreux gestes quotidiens qui peuvent alimenter le changement. Par exemple recycler, ou raisonner sans relâche ceux qui tiennent des propos racistes", illustre Daniela.

"Beaucoup de gens attendent un messie ou un sauveur de l’humanité. Mais le changement ne viendra pas de la politique. Il viendra de nous. Donc prenons nos responsabilités, et actons", conclut Mehdi.

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