Génération Quoi: le changement, c'est quand? Les résultats de notre grande enquête

La génération Y suit la génération X qui elle-même suit celle des baby boomers d'après-guerre. Née entre le début des années 80 et le milieu des années 90, c'est elle qui entre en ce moment dans l'âge adulte. C'est aussi la génération qui porte le "Y" sur le torse, formé par les fils de ses écouteurs. C'est enfin le "Y", prononcé à l'anglaise, c'est "Why ?", le "Pourquoi ?" qu'elle adresse au monde...

Pour la décrire, une vaste enquête, "Génération Quoi", a été menée en Belgique francophone et un peu partout en Europe, avec la RTBF et l'Université de Namur. Un questionnaire a été mis en ligne de mai à juillet pour interroger les 18-34 ans. Sur les 18 653 questionnaires récoltés, 8006 ont été considérés comme valides et complets. Suivez ce lien pour découvrir les résultats complets.

Crises économique et écologique

Les résultats de cette consultation pour la Belgique francophone décrivent une jeunesse de la crise, une génération qui se cherche mais se dit prête à s'engager, une jeunesse désillusionnée sur des points comme l'école ou les institutions, mais assez proche de ses parents, une jeunesse qui s'est "libérée", du moins en bonne partie sur le plan sexuel...

C'est l'environnement qui domine les préoccupations de cette jeunesse. Devant l'emploi. Les jeunes s’inquiètent de leur intégration socio-professionnelle dans un contexte de crise économique, mais ils s’inquiètent surtout de la crise écologique et de l’avenir du monde. C'est donc une génération DES crises qui se dessine. Et derrières ces préoccupations, arrive en troisième position le système éducatif.

Pessimisme généralisé

Quand les jeunes de cette génération se projettent dans l'avenir, ils se montrent pessimistes: le chômage des jeunes est élevé et structurel en Wallonie et à Bruxelles.

Un jeune belge francophone sur deux (51%) estime que, par rapport à la vie de ses parents, son avenir sera pire, seulement 23% estiment que leur avenir sera meilleur et 26% qu’il sera pareil. Ce sentiment vaut pour la génération suivante dont l’avenir est envisagé de façon plus sombre encore. 58% des répondants jugent que l’avenir de leurs enfants sera pire encore.

La crise a laissé des traces. 78% des jeunes répondants pensent que la crise économique va affecter leur avenir.

Ce sentiment de dégradation de la situation de vie est perçu comme croissant génération après génération. En avançant en âge, les jeunes se montrent plus pessimistes. L'expérience de la difficulté de l’insertion professionnelle ou d’une situation socio-professionnelle modeste accroît ce sentiment, les chômeurs et les ouvriers étant plus pessimistes que les cadres.

Ce climat de crise empêche les jeunes de penser qu'ils sont aux commandes de leur vie. 40% d’entre eux estiment de façon plus ou moins prononcée ne pas être maîtres de leur destin, et cela de la faute des générations précédentes.

Que faire dès lors ? En leur demandant de qualifier eux-mêmes leur génération, trois grandes catégories de réponses apparaissent, par ordre décroissant d’importance : "génération du changement", "génération perdue" et "génération connectée". Tout (espoir) n'est donc pas perdu...

Cette volonté de changement reflète avant tout une prise de conscience écologique avec l'idée de la "transition", d'une génération "réparatrice", de la "prise de conscience" et "de la responsabilité".

20 ans le plus bel âge de la vie?

Travail: source d'épanouissement mais surtout de revenus

Fainéants les jeunes ? Non. La valeur "travail" reste primordiale.

On voit que 13% des jeunes n’accordent guère d’importance au travail, 44% une importance moyenne et 43% beaucoup d’importance. De façon peu étonnante, ce statut d'importance accordé au travail se retrouve plus chez les jeunes hautement diplômés. 

Mais à quoi sert le travail ? A gagner de l'argent ou à s'épanouir ? Les réponses données par la génération "Y" apportent peu de neuf : 56% des répondants voient avant tout le travail comme un moyen de gagner de l’argent, pour 43% qui y voient un mode d’épanouissement personnel.

Ce sens du travail varie avec le niveau d’étude : parmi les diplômés du supérieur, une courte majorité (53%) associe le travail à de l’épanouissement, mais, pour les niveaux moyens et faibles de diplôme, le travail est avant tout motivé par le revenu.

On ne peut donc parler d’une jeunesse mais (au moins) de deux jeunesses. Entre les diplômés du supérieur et les autres (dont les carrières seront sans doute bien différentes), les préoccupations divergent fortement en matière de travail. Ce sont les indépendants qui se sentent le plus épanouis dans leur travail (80%), à l'opposé des ouvriers (50%).

Beaucoup de jeunes disent avoir un travail à la hauteur de leur qualification. On observe toutefois que 4 jeunes sur dix disent le contraire. La majorité des jeunes (55%) estime d'ailleurs que leur salaire n‘est pas à la hauteur de leurs qualifications (pour 45% jeunes qui avancent le contraire), un sentiment qui traverse toute les catégories socio-professionnelles.

Fiers de leur parcours?

Une école peu égalitaire et inefficace, une famille précieuse, et puis la nouveauté: le "plan cul"

L'enquête se penche aussi sur trois thèmes non dénués d'importance: l'école, la famille et le sexe. 

L'école s'en sort mal avec les "Y" : les jeunes belges francophones ont beau être de plus en plus diplômés, ils sont critiques avec l'institution scolaire. 63% des répondants estiment moyennement ou fortement que le système éducatif ne donne pas sa chance à tous. La méritocratie scolaire ne marche plus : la course aux diplômes fabrique des désillusionnés. Et puis la scolarité est souvent mal vécue et l'école est jugée inefficace pour préparer au marché du travail.

La course aux diplômes

La famille reste un soutien précieux pour les jeunes d'aujourd'hui, au plan affectif, amical et parfois financier. 51% des jeunes estiment que leurs relations avec leurs parents sont "cool" et 19% les voient comme idéales. 22% jugent ces relations "bof". 4% jugent ces relations inexistantes et 4% les voient comme hypertendues. Sept jeunes sur dix ont donc une vision positive de leurs relations avec leurs parents.

Ces relations sont proches : sur le plan festif, par exemple, des jeunes se sont déjà saoulés avec leurs parents (42%), ou ont déjà fumé un joint avec eux (12%). La majorité de ces jeunes sont "friends" avec leurs parents sur Facebook (53%). On est loin de l’idée d’un espace à soi protégé du regard des parents. Et il n’est pas rare qu’ils parlent de leurs histoires de cœur avec leurs parents.

Soutien financier

Les parents offrent un soutien également financier aux jeunes. Parmi les jeunes de Génération Quoi, environ trois quarts des étudiants disent recevoir chaque mois de l’argent des parents.

Si ce soutien financier est important pour les jeunes, la majorité des jeunes rencontrés (61%) estiment "difficile" et non "normal" le fait de recevoir de l’argent des parents. Ils semblent aspirer à plus d’indépendance.

A la question "Pourrais-tu être heureux sans…", les réponses révèlent ce à quoi les jeunes sont le plus attachés. Le trio de tête est composé de l’amitié (1er), la musique (2ème) et l’amour (3ème). Vient ensuite le sexe (4ème). Le cinéma, films ou séries TV sont 6èmes, internet 11ème, l'alcool 16ème et la junk food 18ème...

Les hommes accordent plus d’importance au sexe, au sport et à l’alcool. Les femmes privilégient davantage les livres, la contraception, le travail et le téléphone portable.

Sexe : les tabous tombent mais pas tous

Les relations amoureuses sont importantes pour la majorité des répondants. Le couple est nettement défini par l’idée d’un engagement (44%) ou comme une condition au bonheur (35%) et la fidélité est placée comme valeur centrale de ce lien même si le mariage n'a plus la cote. Seulement un tiers des jeunes (35%) continuent à rêver du mariage, pour un tiers (32%) qui n’y aspirent pas et un tiers (33%) qui l’assimilent à une formalité administrative.

Par contre le "plan cul", que ce soit le "coup d’un soir" non prévu, la recherche délibérée d’un partenaire sexuel souvent via le web ou une sorte de rituel initiatique régulier – sorte d’amitié sexuelle sans engagement ni sentiment - souvent associé dans l’imaginaire collectif aux campus américains, a fait son apparition.

Un jeune sur trois (29%) juge le plan cul "impossible, jamais le premier jour" pour 60% qui y voient "une rencontre qui se termine au lit, sans prise de tête". Un jeune sur 10 y voit l’espoir du début d’une histoire d’amour. Une infime minorité (3%) l’associe à une urgence sexuelle.

Sex toys et poly-amour

Du côté des pratiques sexuelles elles-mêmes, on perçoit aussi une jeunesse qui affirme une émancipation sexuelle. La masturbation est une pratique très fréquente (90% des jeunes disent la pratiquer ou l’avoir déjà pratiquée). L’amour dans un lieu public concerne un répondant sur deux. Les sex toys sont ou ont déjà été utilisés par 4 répondants sur 10. Et 37% des répondants ont déjà fait l’amour avec un inconnu.

En revanche, on notera que l’échangisme, le SM (sado-masochisme) et l’amour à plusieurs restent des pratiques relativement marginales. Respectivement 13, 8 et 4% des jeunes s’y sont déjà adonnés. Toutefois, l’amour à plusieurs bien que peu pratiqué constitue visiblement un fantasme répandu puisqu’il concerne un jeune sur trois (33%).

On constate aussi que "le porno", aujourd’hui largement accessible par internet, est un élément accepté par les jeunes. Seulement 13% des répondants y voient quelque chose de "dégoûtant" pour 46% qui y voient quelque chose d’"intime" et 14% qui le considèrent comme un "piment". 15% associent le porno au fait de tomber dessus "par hasard" et 11% y voient quelque chose "pour rigoler".

Un vent de révolte

Pour la très grande majorité des jeunes (75%) c’est à l’État de prendre en charge la période de la formation et de l’insertion professionnelle, viennent ensuite bien après la famille (27%) et l’entreprise (25%).Globalement, trois quart des répondants (74%) se sentent plutôt ou tout à fait adultes et 61% d’entre eux déclarent qu’ils seraient prêts à participer demain ou dans les mois prochain à un mouvement de révolte de grande ampleur.

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Génération Quoi: les jeunes © Tous droits réservés

Outre la politique, les institutions sociales rencontrent peu la confiance des jeunes. C’est particulièrement le cas des institutions religieuses, de la politique, des médias, des syndicats, de l’Europe et de la justice. L’école et la police reçoivent une estimation de confiance un peu moins sévère. On ne trouve que l’armée et les organisations humanitaires pour rencontrer la confiance d’une majorité de jeunes.

Tous les résultats de l'enquête sur le site de Génération Quoi.

 

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