Génération Quoi: l'école, pas pour moi!

La course aux diplômes s'accentue ces dernières années. Entre 2002 et 2015, les 30-35 ans ayant un diplôme de l'enseignement supérieur sont passés de 35 à 43 %.

Et pourtant, selon les résultats de la vaste enquête Génération Quoi, les jeunes portent un regard très critique sur l'école. Ils la jugent peu méritocratique et peu égalitaire. 63% des sondés (âgés de 18 à 34 ans) estiment moyennement ou fortement que le système éducatif ne donne pas ses chances à tous. 

Inefficacité 

La majorité des jeunes jugent également que l'école est inefficace. 82% des répondants considèrent que l'école ne les prépare pas efficacement au marché de l'emploi.

36% d'entre eux estiment même qu'elle ne les préparent pas du tout à l'avenir.

Autre point noir : le vécu à la scolarité. Selon le rapport de Génération Quoi, "un jeune sur trois s'est senti seul et un jeune sur quatre s'est senti en souffrance " durant son parcours scolaire. 

Réussir sa vie sans diplôme

Paradoxalement, l'idée selon laquelle le diplôme permet l'accès à une certaine carrière professionnelle est toujours très répandue en Belgique francophone.

Mais les longues études sont loin de convenir à tout le monde. Certains n'auraient pas pu apprendre leur savoir-faire ailleurs que sur le terrain.

Voici le portrait révélateur de jeunes adultes hyper épanouis professionnellement qui ont détesté leur scolarité. Alexandre Didier et Ludovic Branders , deux anciens cancres qui réussissent leur vie. Rencontre.

Alexandre, 22 ans

Alexandre Didier est un jeune homme épanoui, plein d’énergie et d’ambition. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Il a quelques années lorsqu'il était sur les bancs de l’école, son malaise était criant.

De l’enseignement traditionnel, il est passé en transition, puis en qualification et ensuite en technique professionnelle. Durant son parcours, il a toujours eu l’impression que les portes se fermaient.

"Tu n’es pas assez bon"

"Comme j’ai beaucoup raté, j’ai été baladé d’école en école. Le message était : tu n’es pas assez bon pour chez nous, va voir ailleurs ! C’est le système belge qui est comme ça. On nous pousse vers un enseignement qui est moins bien, alors que c’est juste un enseignement différent " explique Alexandre. Aujourd’hui ayant plus de recul, il perçoit moins son parcours scolaire comme un échec personnel.

"Je pense que l’école n’était pas du tout adaptée à ce que j’étais, hyper actif. Etre assis sur un banc toute la journée, c’est quelque chose qui ne me convenait pas du tout. Le problème pour les personnes comme moi, c’est qu’elles ne sont pas forcément moins compétentes. Ce sont juste des élèves dont le système actuel ne veut pas". Et pourtant aujourd’hui Alexandre a trouvé sa voie. Depuis un an, il travaille à son compte comme électricien.

Le déclic

Après un décrochage scolaire en 5ème humanités, le jeune découvre enfin ce qu’il a envie de faire et où il a envie d’aller. "Après les échecs à répétition j’étais à bout, je n’avais plus aucune motivation. C’est à ce moment-là que j’ai commencé le circuit en alternance. Je n’avais plus que deux jours d’école par semaine, le reste du temps j’apprenais mon métier d’électricien sur le terrain. Cela a été un gros déclic " explique Alexandre qui tout d’un coup s’est senti beaucoup plus investi qu’à l’école. Lui qui manquait de débouchés concrètes, avait enfin des responsabilités et des missions à accomplir.

De l’échec à l’épanouissement

Alexandre travaille ensuite chez deux électriciens qui lui apprennent son métier. Bien armé, il décide de voler de ses propres ailes.

"Je suis indépendant depuis un an. Je me suis constitué un carnet d’adresses, j’ai ma clientèle. Cela m’a permis de réinvestir et de me donner un capital pour acheter des outils et ma camionnette. C’est hyper épanouissant " dit le jeune électricien confiant en l’avenir. Alexandre a la tête sur les épaules et souhaite agrandir sa société.

"J’ai quelque chose que j’ai construit moi-même "

Trop peu mis en valeur lorsqu'il était adolescent, Alexandre peut être fière de son évolution. "Aujourd’hui j’ai une situation. Je ne suis plus " monsieur n’importe qui " qui va en cours et qui rame en plus ! Maintenant j’ai quelque chose à moi que j’ai construit moi-même! "

Echec à l’école, ne veut pas dire échec dans la vie ? " Non " répond le jeune homme catégoriquement. " Il faut juste à un moment comprendre où est sa vocation. Mais j’ai compris que c’était dans ce domaine que je me sentais à l’aise ".

Ludovic, 27 ans

Pendant toute sa scolarité, Ludovic a lui aussi eu l’impression de ne pas correspondre au système qui lui était imposé. Trop peu encourageant, parfois même méprisant. Il se souvient d’une rencontre avec un conseiller d’orientation lorsqu’il était en 2ème secondaire.

A ce moment-là Ludovic avait très envie d’être grutier et faire du terrassement. " Au lieu de me dire qu’il y a des formations et que c’est hyper intéressant. Il m’a répondu : mais c’est un peu un truc d’enfant ça, c’est comme être pompier ?! ".

"Un cours de recherche de ce que l’on a envie de faire "

Ludovic ajoute : " Sa maison on ne l’a pas terrassée ? Si elle brûle, un pompier ne va pas venir la sauver ? J’ai un peu perdu foi en le système à ce moment-là il faut croire ".

Ludovic regrette qu’il n’y ait pas dans les écoles " un cours de recherche de ce que l’on a envie de faire " pour aider les élèves à trouver leur voie. Il constate que c’est pourtant une question cruciale que tous les jeunes se posent à un moment donné durant leur parcours scolaire.

La chance de ne pas faire d’études

Ludovic a eu une scolarité laborieuse. " Quand j’ai appris que c’était fini, c’était un soulagement sans nom. C’est un peu comme si la vie commençait ! " dit-il avec le sourire.

"J’ai la chance d’avoir des parents qui ne m’ont pas poussé pour le pousser. Toutes ces années où je ne me suis pas forcé à étudier, ce ne sont pas des années perdues. J’ai ma société depuis 5 ans, elle a toujours fait du bénéfice. J’envisage même d’engager une ou deux personnes. En tout cas quand j’étais à l’école, jamais personne ne m’a dit que je gagnerais ma vie comme je la gagne aujourd’hui". 

L’homme d’affaires inventif

Très dynamique, inventif, autodidacte, Ludovic est un vrai homme d’affaires ! Il accepte tous les projets. S’il ne sait pas directement comment faire, il cherche des tutoriels sur internet.

Dans son atelier, il dessine et fabrique du mobilier, notamment pour le secteur de l’événementiel. Ludovic a plusieurs casquettes. Il a d’abord été barman, ce qui lui a permis de développer son activité principale.

L’expérience avant tout

"Je me suis retrouvé dans plein de situations où je devais travailler sur des bars qui n’étaient pas pratiques. J’ai donc commencé à dessiner le bar sur lequel j’avais vraiment envie de bosser ".

De fil en aiguille, ses dessins ingénieux sont remarqués. Des clients lui passent commande, ses créations prennent vie dans les bars. Son activité est lancée et pourtant personne ne lui a jamais demandé son diplôme.

"J’ai un diplôme d’humanités qui est toujours dans sa petite farde en plastique depuis que je l’ai reçu ! Je crois que ce qu’il faut dans la vie, c’est d’avoir envie et tout mettre en œuvre pour y arriver. C’est une question d’état d’esprit la réussite, ce n’est certainement pas le papier " dit Ludovic.

Alexandre et Ludovic, deux jeunes travailleurs épanouis qui sont parvenus à s’écouter pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui, tout simplement ce qu’ils ont envie d’être.

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