Génération Quoi: couper le lien financier avec ses parents, pas si facile

C’est un moment charnière dans la vie de nombreux jeunes, le moment de couper le cordon avec les parents. L'heure est venue de prendre son indépendance et de devenir autonome, mais une autonomie qui reste soutenue par les parents. Car aujourd'hui, il est de plus en plus difficile de prendre son envol.

Marie Paillot a 25 ans, elle travaille dans la communication. Elle a étudié l'histoire de l'art et a enchaîné avec une année en communication. Diplômée depuis juin 2015, Marie vit pourtant toujours chez sa mère. Elle aspire à s'installer, mais sa situation actuelle reste trop instable. Elle est en contrat à durée déterminée (CDD) et ne sait donc pas où elle travaillera dans quelques mois. Cette incertitude ne la pousse pas à quitter le nid familial. "Je m'installerai quand je pourrai assumer. On n'y pense pas toujours, mais il y a beaucoup de petites dépenses qu'on ne prend pas en compte, comme l'abonnement internet", explique Marie.

Une présence financière importante

Depuis quelques mois, Marie gagne un salaire, mais sa maman reste encore très présente dans la vie financière de sa fille. "Je ne reçois plus d'argent de poche comme quand j'étais étudiante. Mais je suis toujours logée et nourrie à ses frais. Quand j'ai des dépenses assez importantes, elle est toujours là pour me donner un coup de main. Par exemple, elle paie encore l'assurance de ma voiture ou les grosses dépenses. Je suis aidée, même si ce n'est plus de l'argent de poche régulièrement", raconte Marie.

Geneviève, sa maman, est ravie d'avoir encore sa fille à la maison et elle comprend les réalités actuelles et les difficultés de quitter la maison. "Elle a 25 ans. Ce n'est pas encore excessif dans l'âge. C'est encore dans la normale. Si elle avait une trentaine d'années, je ne dis pas, mais là, ça va. Et puis, ça me permet de profiter encore un peu d'elle", confie la maman.

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A 25 ans, Marie vit toujours chez sa maman et pourtant, elle travaille © RTBF

Le soutien financier est primordial

Le soutien financier des parents vers l'enfant, quel que soit sa forme, reste encore très présent en Belgique. Pour les étudiants particulièrement puisque trois quarts d'entre eux bénéficient chaque mois d’argent de leurs parents. Mais ce transfert financier concerne aussi 45% des jeunes chômeurs et 18% des jeunes travailleurs. Cette génération des 18-34 ans est très touchée par ce constat. "On a eu la crise qui a joué. Il y a aussi le coût de l'immobilier en Belgique qui peut freiner. Ce n'est pas rare aujourd'hui d'être coincé chez ses parents, soit parce qu'on n'a pas la possibilité de prendre son indépendance, soit parce qu'on veut mettre de côté pour pouvoir assumer plus tard un emprunt", révèle Johan Tirtiaux, docteur en sociologie à l'Université de Namur et porte-parole du projet "Génération Quoi?".

Les loyers sont payés par les parents

Margaux et Apolline sont deux sœurs. Margaux a 25 ans, elle a étudié le piano au Conservatoire et a également fait l'agrégation. Elle donne aujourd'hui quelques heures de cours de piano par semaine dans un Conservatoire et elle fait quelques concerts, mais cette instabilité contraint ses parents à l'aider financièrement. "Depuis quelques mois, mon loyer est couvert et je pense que c'est la même chose pour Apolline avec une petite aide supplémentaire pour la nourriture. Pour le reste, on se débrouille".

Sa sœur, Apolline, a 22 ans et elle est étudiante en architecture. Elle vit en kot et a également un job étudiant. Ses parents participent également au paiement du loyer.

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Apolline (droite) et Margaux (gauche) ne vivent plus chez leurs parents et bénéficient d'un soutien financier. © RTBF

Un soutien presque obligatoire

Dans le cas d'Apolline et de Margaux, l'envol se fait en douceur. Comme 61% des jeunes, qui ont répondu à l'enquête Génération Quoi?, elles estiment difficile de recevoir de l'argent des parents. Il est pourtant compliqué de faire autrement, surtout dans le cas de Margaux qui ne reçoit aucune allocation et ce constat fait bondir sa sœur Apolline. "L'État prévoit que nos parents soient là. Ce n'est pas une option. L’État a prévu de ne pas aider les jeunes dans la première année de travail car ils estiment que les parents sont là. Après avoir fait vos preuves, montré que vous cherchez un emploi, là, on commence à vous fournir une certaine aide financière". Margaux a également un avis bien tranché. "C'est dingue qu'il n'y ait pas un centime pour les jeunes qui sortent des études. Je trouve cela hallucinant".

Les deux sœurs sont bien conscientes d'être des privilégiées, d'avoir la chance que leurs parents puissent les aider financièrement. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Plus de la moitié des répondants à l'étude Génération Quoi? disent ne pas recevoir d'argent de leurs parents.

Pour Margaux, ce lien financier qui l'unit à ses parents sera bientôt terminé. "Vers le mois de janvier, je pense que je n'aurai plus vraiment besoin d'aide financière de leur part donc je m'organise en ce moment pour ajuster mon budget et me débrouiller sans cela", affirme-t-elle.

Marie devrait également prendre son envol dans les prochains mois, à condition bien sûr qu'elle trouve un emploi stable. En fonction de l'endroit, elle décidera où emménager avec son compagnon.

Suivez ce lien pour découvrir les résultats complets de l'enquête.

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