Gaz toxiques en Syrie: trois ONG portent plainte contre BASF Antwerpen

Le siège de BASF à Anvers en 2011.
Le siège de BASF à Anvers en 2011. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Trois ONG ont déposé une plainte contre la filiale anversoise du groupe BASF, qu'elles accusent d'avoir fourni, via la Suisse, des gaz toxiques au régime syrien en 2014, écrit De Morgen lundi.

Selon celles-ci, l'entreprise a continué d'exporter des produits chimiques vers des firmes proches du régime syrien, à un moment où ce régime avait déjà fait usage d'armes chimiques.

Une livraison de diéthylamine au régime syrien ?

Les ONG Open Society Justice Initiative (OSJI), Syrian Archive et TRIAL International ont déposé des plaintes au pénal à Anvers ainsi qu'à Hambourg et Essen (Allemagne). Trois entreprises sont visées: BASF Antwerpen, BASF Group et Sasol Deutschland. A Anvers, le dossier a été transmis lundi dernier au procureur du roi par l'avocat Luc Walleyn.

"On a découvert notamment qu'il y a eu des exportations importantes d'un produit, le diéthylamine qui est une composante des armes chimiques, et qui viendraient de la Belgique", précise-t-il.

Luc Walleyne précise que l'essentiel de la plainte réside dans une demande d'instruction de la part des autorités judiciaires. "Pour le moment, nous ne sommes pas au stade où nous avons une preuve évidente. Nous pensons qu'il y a des éléments inexpliqués et plus que troublants. Une instruction judiciaire est la seule méthode qui peut vraiment répondre à ces questions". 

Les plaignants se basent sur des documents d'exportation et sur leur propre enquête pour accuser BASF - l'un des plus grands groupes chimiques au monde, basé en Allemagne - et sa filiale anversoise.

"Négligences"

Il y a cinq ans, ceux-ci auraient livré de la diéthylamine au régime syrien en passant par la société de distribution Brenntag ou sa filiale suisse. La diéthylamine, en plus d'être utilisée légitimement dans la production de produits pharmaceutiques, est utilisée dans la production de VX, un agent neurotoxique que l'on trouve dans les stocks d'armes chimiques de la Syrie. Le produit ne peut être exporté que sur autorisation des autorités depuis 2012.

"On a des éléments qui font penser qu'ils ont été négligents car il semble qu'aucune autorisation n'a été demandée aux autorités compétentes de la région flamande pour déterminer ce qu'il était possible et pas possible de faire en matière d'export. On ne sait pas non plus s'ils ont vérifié le destinataire final auprès de leur client suisse", rajoute Luc Walleyn.

Dans une première réaction, BASF a indiqué étudier la plainte, mais douter de sa validité. L'entreprise admet toutefois que cette substance chimique est bien produite par la firme anversoise mais dément les accusations à son encontre.

"Si à Anvers on produit juste le diéthylamine, on ne le vend pas. La vente est réglée par notre siège social à Ludwigshafen en Allemagne qui a des contrats. On n'a pas encore beaucoup de détails concernant la chaîne de transport de ce produit et comment celui-ci a été vendu à ce client spécifique", explique Fanny Heindricks, porte-parole de BASF.

En avril 2018, deux entreprises belges étaient poursuivies pour avoir exporté des substances chimiques sans autorisation au Liban et en Syrie 

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