Gale, tuberculose: la mauvaise gestion des migrants pourrait entraîner des "épidémies"

Bernard Clerfayt (DéFi) se dit "en colère" par rapport à la situation des réfugiés dans sa commune.
Bernard Clerfayt (DéFi) se dit "en colère" par rapport à la situation des réfugiés dans sa commune. - © JOHN THYS - AFP

Le bourgmestre de Schaerbeek était l'invité du Plus de Matin Première ce mardi matin. Bernard Clerfayt (DéFi) se dit "en colère" par rapport à la situation des réfugiés dans sa commune. Des migrants qui, selon lui, sont laissés-pour-compte et vivent dans des conditions d'hygiènes totalement "déplorables".  

Pour lui, il y a d'ailleurs un réel risque sanitaire : "J’ai demandé un rapport sur l’hygiène parce que j’étais informé pas des associations de terrain de la situation déplorable en matière d’hygiène. Ce rapport vient d’arriver, Monsieur Gosuin (ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, ndlr) vient d’en parler. Il y a des débuts de phénomène de gale, un ou deux cas de tuberculose, c’est donc gravissime, ça risque de donner naissance à des épidémies. Donc il est essentiel que l’Etat fédéral se préoccupe de cette question parce que c’est la pointe de l’iceberg. Ces migrants bougent sur le territoire, parfois ils prennent le train, ils vont sur une autre gare, ils bougent à travers le pays, ce n’est pas un problème de la seule commune de Schaerbeek qui va elle toute seule gérer ce problème de migration, qui est un problème national. C’est un problème où l’Etat fédéral doit se mobiliser".

Le manque d’action du fédéral 

Le bourgmestre de Schaerbeek rappelle que ce problème de migration touche toute l'Europe et que la Belgique a son rôle à jouer : "On voit les images des migrants qui traversent la Méditerranée, qui prennent des risques inouïs et qui veulent remonter, pour une bonne partie d’entre eux, vers l’Angleterre, et arrivant vers l’Angleterre, ils arrivent en Belgique. Ils cherchent à passer par Zeebruges, par Bruges, par d’autres manières. Il y a des réseaux qui leur promettent des passages sur des camions ou sur des bus. Et une des parties visibles de cet iceberg de migrants, qui sont ici en Belgique, dans le nord de la France, aux Pays-Bas, se voit autour de la gare du Nord, autour du parc Maximilien. Chez nous, il y a une absence totale de gestion de ce problème des migrations par l’Etat fédéral et donc les conséquences en retombent sur le local. Il y avait à la veille de l’été une centaine de migrants qui allaient et venaient autour de la gare du Nord. Il y a dans la gare du Nord, depuis très longtemps, des associations qui nourrissent les sans-abri, puis qui ont commencé à nourrir aussi les migrants, et heureusement qu’elles sont là parce que c’était le seul encadrement, la seule aide qu’ils peuvent recevoir. Au milieu de l’été, il n’y en avait plus que 300-350, j’ai lancé alors un appel au fédéral en disant :'Vous devez absolument créer un centre d’accueil d’orientation. Une série de ces migrants sont désorientés, ne savent pas où aller'".

La nécessité d'informer les migrants

Bernard Clerfayt affirme ne pas vouloir nécessairement un nouveau centre d'accueil (certains au Fédéral considèrent que ça ferait un appel d’air, ndlr) "ni un nouveau Calais, ni un endroit où ils vont dormir, mais au moins qu’il y ait une explication par les autorités nationales. Il y a des gens très divers là-dedans, il y a des mineurs par exemple qui doivent être pris en charge, à qui on peut proposer un centre d’accueil parce qu’on a des obligations spéciales à l’égard des mineurs. Il y a une partie de ces personnes qui ne connaissent pas très bien toutes les règles d’accès au territoire et qui sont peut-être en mesure d’obtenir un statut de réfugié politique en raison des circonstances de leur départ de leur pays d’origine. Et puis il ne faut pas se voiler la face, il y a une majorité de migrants qu’on dit migrants économiques, qui viennent d’Afrique noire, du Soudan, d’Erythrée, de régions très pauvres, qui ont pris beaucoup de risques pour venir jusqu’ici et qui rêvent d’aller en Angleterre, mais qui — soyons clairs — administrativement la réponse ne peut être que non. Il n’est pas possible d’aller en Angleterre et ils doivent comprendre sans doute que la seule solution c’est un retour".

"L’attitude du fédéral est une démission complète"

A la question de savoir pourquoi, à tous les niveaux de pouvoir, tout le monde se renvoie la balle et pourquoi les trois niveaux de pouvoir ne se mettent pas autour de la table pour discuter franchement de cette problématique, Bernard Clerfayt répond : "Mais parce que chaque niveau de pouvoir a, semble-t-il, une attitude différente. On le voit bien, l’attitude du Fédéral est une démission complète. Au milieu de l’été, nous avions fait une réunion, provoqué une réunion de cette nature auprès du cabinet du Premier ministre, et à la sortie de cette réunion, il avait été décidé par le Fédéral de créer ce centre d’accueil d’orientation. Dans l’heure qui a suivi, Monsieur Francken (le secrétaire d'Etat N-VA à l'Asile et la Migration, ndlr),a dit 'non' et c’est Monsieur Francken qui a dicté sa politique au gouvernement fédéral et au Premier ministre, Charles Michel. Il n’y a donc aucune ouverture de la part du Fédéral. Et Monsieur Jambon fait des tweets pour dire 'on va tous les attraper et tous les renvoyer chez eux'". Mais dans le même temps, il n’y a aucun service de l’Etat fédéral qui soit encore en mesure de gérer même les réseaux qui organisent les migrations à travers le pays, parce que ces migrants ne sont pas là tous seuls non plus. Il y a des réseaux qui organisent leur passage à travers la Belgique, qui leur dit où aller, sur quel parking aller trouver un camion, etc. Il n’y a plus de police de service, de police fédérale qui s’occupe de prendre en charge ces réseaux qui organisent ces migrations".

"La situation devient intenable"

Quant à savoir pourquoi le bourgmestre de Schaerbeek a fait intervenir sa police locale, il répond : "La situation devient intenable puisqu’il y a maintenant plus de 700 personnes qui, il y a quelques jours encore, se réunissaient là-bas, qui occupaient la gare du Nord et ses environs dans des conditions d’hygiène déplorables. Les quartiers alentours n’en peuvent plus puisqu’il n’y a aucune toilette, aucun équipement, etc. Il fallait assurer une série de contrôles pour d’abord voir ce qu’est la situation de ces personnes, pour partie des mineurs qui ont été remis aux autorités et au centre, qui peuvent les prendre en charge, pour partie des personnes qui relèvent tous de l’Office des étrangers, qui alors a décidé du sort qu’on leur donne. C’est le cas de la loi, les policiers font leur travail de vérifier simplement la situation administrative des gens et de les remettre aux autorités. L’Office des étrangers n’est pas capable de prendre en charge un grand nombre de personnes, pas plus d’une vingtaine par jour, et donc ça démontre son incapacité à gérer le problème et la volonté politique de faire des économies et de ne pas gérer cette problématique".