Gabriel Ringlet: "Je ne souhaite pas un pape comme Ratzinger"

Gabriel Ringlet: "Je ne souhaite pas d'un pape comme Ratzinger"
Gabriel Ringlet: "Je ne souhaite pas d'un pape comme Ratzinger" - © RTBF

Après l'annonce de la démission du pape ce lundi, une question : qui pour succéder au pape Benoît XVI ? Invité de matin Première, le prêtre et écrivain, Gabriel Ringlet, répond qu'il souhaiterait quelqu'un de moins ferme sur la doctrine, "quelqu’un qui a envie de reconnaître qu'il y a des choses extrêmement enthousiastes dans le monde d'aujourd'hui".

"Moi, je peux vous dire que je ne souhaite pas un pape comme Ratzinger, c'est à dire ferme sur la doctrine et avec une couverture communication. Ca, cela me fait très peur et c'est un peu le style que l'on a aujourd'hui", a ainsi déclaré sur nos antennes Gabriel Ringlet.

"J'aimerais beaucoup mieux, par exemple, pourquoi pas, un grand moine, cela a existé. Là cela nous conduirait beaucoup plus loin", dit-il en précisant : "Je voudrais surtout un pape qui donne un nouvel enthousiasme et qui ose regarder positivement le monde contemporain. Et pour cela il faut qu'il y ait une rupture absolument et elle n'est pas garantie par l'âge et elle n'est pas garantie par le fait qu'on irait chercher un Africain, un Latino, peu importe. Ce qui compte est : 'Est-ce qu'on va avoir quelqu’un qui a envie de reconnaître qu'il y a des choses extrêmement enthousiastes dans le monde d'aujourd'hui ? ".

Une déclaration qui tranche avec les propos tenus un peu plus tôt par l'archevêque de Malines-Bruxelles, André-Joseph Léonard, qui pour parler de Benoît XVI (Joseph Ratzinger), parlait d'un homme au caractère "très nuancé et toujours très respectueux de ses propos", même s'il reconnaissait ceci : "Si on doit se contenter de quelques slogans, de quelques phrases chocs, je comprends que l'on soit déçus".

"La liberté de penser doit aller jusqu'au bout"

Gabriel Ringlet dit avoir eu "beaucoup d'admiration pour le jeune Ratzinger", notamment "pour ses mots audacieux" repris dans le Concile et où "il dit que la liberté de pensée, que la conscience est supérieure au rôle du pape".

"On a eu certainement un pape qui a voulu être très ferme sur la doctrine, comme théologien, comme intellectuel. Mais ce que j'aurais souhaité c'est que, comme les véritables intellectuels, il reconnaisse que la liberté de penser doit aller jusqu'au bout, y compris quand on est pape", explique-t-il.

Et de préciser sa pensée : "J'aurais aimé que, tout en ayant les positions qui sont les siennes, il puisse dire : 'Ce n'est que ma voix, je vous la propose en partage, je suis très désireux d'entendre la vôtre, notamment sur les grandes questions éthiques'. Il n'y a personne qui va construire l'avenir éthique de l'Humanité sans qu'on ne mette plusieurs voix ensemble. Je pense qu'il a eu peur et qu'il y a un discours de peur du monde moderne comme si ce monde était perverti, comme s'il n'y avait pas de valeur et de très très grandes valeurs en, dehors de l'Eglise. L'Eglise a des valeurs (...), mais elle n'est pas la seule et si elle pouvait plus partager, on se trouverait devant un bien meilleur dialogue, me semble-t-il".

Quant à savoir s'il sera entendu, il répond : "La logique nous dit que l'on devrait être dans la continuité, surtout quand on voit comment le prédécesseur a nommé les cardinaux".

Une tournant, une ouverture pour l'avenir

Gabriel Ringlet se dit également convaincu que cette démission est un tournant, une ouverture pour l'avenir. Pour lui, "c'est un geste théologique, ce n'est pas seulement les circonstances".

"J'ai été très touché par cette fragilité rendue publique et qui, d'une certaine manière, pourrait ouvrir l'avenir. Cela veut dire que la conception même d'un poste hiérarchique au sommet de l'Eglise pourrait être à terme, par exemple. Cela veut dire que cela pourrait rapprocher certains sur le plan œcuménique, donc je pense que l'on va reparler longuement de cette démission d'aujourd'hui dans les années qui viennent".

Et d'ajouter : "On n'en parle pas souvent mais les théologiens travaillent dans l'ombre beaucoup et depuis longtemps à un rapprochement entre anglicans, protestants, orthodoxes et ainsi de suite,
et ce qui pose problème est la fonction du pape. C'est la personne du pape qui pourrait être le premier qui dirige une église réunie, je ne pense pas que cela peut être dans la papauté telle que nous la connaissons aujourd'hui"
.

De son côté, André Joseph Léonard voit également également dans cette démission une ouverture, "une voie absolument indispensable", mais dans un tout autre sens : "La longévité humaine fait qu'un pontife ne pourra plus rester pape jusqu'à la mort".

Enfin, Eddy Caekelberghs, qui était aussi l'invité de Matin Première en tant qu'expert estime que cette démission est "un acte moderne" car "c'est la première fois qu'un pape s'en empare dans les faits", même si c'est prévu dans le droit canonique. Et "on voit bien que cela surprend", dit-il en citant l'ancien secrétaire particulier de Jean-Paul II, le Cardinal Stanislas Dziwisz pour qui : "De la croix, on ne descend pas". "Mais c'est la seule voix discordante", précise-t-il tout en concluant que cette démission "mesure aussi le geste d'un pape considéré comme très traditionnel".

 

C. Biourge

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