Gabriel Frippiat, victime d'un prêtre pédophile: "Je ne suis pas une victime présumée"

Au début des années 70, Gabriel Frippiat est au séminaire de Bastogne. Pendant deux ans, il est abusé par un de ses professeurs, le curé Henri Mathieux. Pendant près de 40 ans, Gabriel Frippiat garde ce secret enfermé au fond de lui. Jusqu'au moment où la commission "Abus sexuels au sein de l'Église" est mise sur pieds en 2010. Les souvenirs remontent, il apprend que le prêtre qui a abusé de lui exerce encore. C'est l'élément déclencheur. Neuf ans plus tard, le prêtre abuseur est sanctionné par l'Église et rendu à l'État laïc. 

À l'âge de 14 ans, Gabriel Frippiat est à l'internat à Bastogne. Au séminaire, les élèves peuvent déposer des tickets pour rencontrer leurs professeurs lorsqu'ils n'ont pas compris une matière. Les professeurs peuvent, eux aussi, laisser des tickets pour convoquer des élèves. L'abbé Henri Mathieux demande de plus en plus fréquemment à voir Gabriel Frippiat. "Il était de plus en plus entreprenant sur le plan physique. Et ça s'est terminé par un viol entier dans toute son abjection et dans tout ce que ça comporte de violence morale et physique", se souvient-il. 

Un viol entier dans toute son abjection

En 2010, la commission "Abus sexuels au sein de l'Église" est mise sur pieds. Après des années à garder ce secret pour lui, Gabriel Frippiat décide de déposer plainte dans son commissariat de quartier. Malheureusement, les faits son prescrits. Cette commission a rehaussé la prescription à 15 ans après la majorité de la victime et 30 ans si un acte a été réalisé (une plainte, par exemple). Mais c'est trop tard pour Gabriel Frippiat puisque les faits se sont passés il y a près de 40 ans. 

Une procédure auprès du Vatican

Cette plainte ne reste cependant pas sans conséquence. L'abbé Henri Mathieux est mis à la retraite, mais ce n'est pas suffisant pour Gabriel Frippiat. Il fait donc parvenir une lettre au Vatican en 2015. Et le 12 septembre dernier, Gabriel Frippiat a finalement reçu une lettre d'une importance capitale. On peut y lire la phrase suivante : "Je déclare coupable monsieur l’abbé Henri Mathieux d’avoir commis le délit d’abus sur monsieur Gabriel Fripiat quand celui-ci était mineur et, par conséquent, vu la gravité des faits, je lui inflige la peine de renvoi de l’état clérical", une décision prise par le pape François et transmise par le cardinal Joseph De Kesel, l'archevêque de Malines-Bruxelles. 

Pour Gabriel Frippiat, c'est une libération : "Je suis enfin reconnu comme une victime et non pas comme une victime présumée. Il y a un poids en moins sur mes épaules, je suis enfin serein", dit-il soulagé. Un combat qu'il a mené pour lui, mais aussi pour d'autres victimes qui ne sont plus là aujourd'hui pour se réjouir de cette décision. 

Que dit l'Église ? 

Nous avons tenté de comprendre pourquoi l'Église a pris tant de temps pour mettre le prêtre Henri Mathieux hors d'état de nuire. Tommy Scholtès, le porte-parole de la conférence épiscopale de Belgique, reconnait la lenteur de ce dossier : "Ce dossier-ci a été clairement trop lentement et il n’aurait pas dû aller aussi lentement, mais la sanction définitive est tombée", conclut-il. 

Et cette sanction définitive est plutôt rare. De mémoire, Tommy Scholtès évoque quatre ou cinq cas en Belgique. C'est la sanction la plus grave qui puisse être prise. Le Vatican a d'ailleurs décidé de sévir au delà de la prescription fixée à 20 ans dans le droit canon. "Cette sanction est à la hauteur de la gravité des faits", analyse le porte-parole de la conférence épiscopale de Belgique. 

Nous avons également tenté d'entrer en contact avec l'abbé Henri Mathieux, mais celui-ci n'a pas souhaité s'exprimer.  

Prescription de 15 ans pour les cas de viol

Gabriel Frippiat porte également un autre message. Il souhaite que la présomption d'innocence soit supprimée pour les cas de viol et de pédophilie. "Ce n'est pas quelque chose de facile à exprimer, on enfouit ça très profondément. Et il faut une exception à chaque règle. L'exception devrait exister pour ces cas là", déclare-t-il. 

Une position que ne partage pas Karine Lalieux (PS), ex-présidente de la commission "Abus sexuels au sein de l'Église". Pour elle, supprimer la prescription serait une fausse bonne idée : "Je comprends tout à fait la douleur des victimes et la difficulté de parler, mais je les encourage vivement à aller porter plainte dès que possible. C'est indispensable !", insiste-t-elle. "Dénoncer les faits, cela permet d'éviter de faire de nouvelles victimes. Quand un abuseur est identifié, on peut agir rapidement", conclut-t-elle. 

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