France: les accusations de pédophilie contre l’écrivain Gabriel Matzneff remontent à la surface

L’écrivain Gabriel Matzneff, 83 ans, est au cœur d’une polémique en France. La directrice des éditions Julliard, Vanessa Springora, publie en janvier un livre intitulé 'Le Consentement', dans lequel elle révèle avoir été violée à l’âge de 13 ans par cet écrivain, alors âgé d’une cinquantaine d’années, dont l’élégance et la culture l’ont séduite.

Mais "à quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche, à l’heure du goûter", écrit-elle crûment, dans des extraits publiés par Le Monde.

Un "philopède"

Que Gabriel Matzneff ait eu des relations sexuelles avec des adolescents mineurs n’est pas seulement une accusation : lui-même ne s’en est jamais caché. Cela ne l’empêchait pas d’être invité sur les plateaux de télévision. Pire encore, c’était justement pour cette raison qu’il attirait l’attention.


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Matzneff ne se définissait pas comme "pédophile" mais "philopède", expliquant en 1975 dans son œuvre intitulée 'Les Moins de seize ans' : "les jeunes enfants, disons entre 10 et 16 ans, sont peut-être à l’âge où les pulsions d’affectivités, les pulsions sexuelles également, sont les plus fortes parce que les plus neuves. Et je crois que rien ne peut arriver de plus beau et de plus fécond à un adolescent ou une adolescente que de vivre un amour."

Je vis sur une autre planète

Gabriel Matzneff avait notamment été reçu par Thierry Ardisson, connu pour inviter régulièrement des personnes sulfureuses, dans son émission 'Lunettes noires pour nuits blanches' en 1989, et dans 'Tout le monde en parle' en 2002. Plus étonnant, il avait été invité en 1990 dans l’émission 'Apostrophes' de Bernard Pivot, beaucoup plus consensuelle.

A l’époque, les propos ne choquent personne… sauf la voisine de plateau de Gabriel Matzneff, l’écrivaine québécoise Denise Bombardier. "Je crois que je vis actuellement sur une autre planète, parce que j’arrive d’un continent où il y a un certain nombre de choses auxquelles on croit", lance-t-elle. Denise Bombardier s’insurge, estimant que Gabriel Matzneff est "pitoyable" (et que son livre est "très ennuyeux", et c’est bien la seule chose qui semble faire réagir l’auteur). Et la romancière d’oser la comparaison assassine : "on sait bien que les vieux messieurs attirent les enfants avec des petits bonbons, Monsieur Matzneff, lui, les attire avec sa réputation."

Chroniqueur au Point

En France, la loi interdit les rapports entre adultes et mineurs, et considère comme de la pédophilie les rapports avec une personne de moins de 15 ans. Jamais inquiété pour ses aveux, comme le rappelle Le Monde, Gabriel Matzneff publiait encore occasionnellement dans le magazine Le Point, et avait reçu le prix Renaudot essai en 2013. Sollicité par Le Monde, il n’a pas voulu réagir, se disant fatigué mais parlant en privé d’un "retour du puritanisme".


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Bernard Pivot, qui en 1990 le qualifiait de "professeur d’éducation sexuelle" a réagi après la polémique. "Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès", a tweeté le journaliste. A l’heure de #Metoo, ce constat semble encore plus évident.

Extrait de l'émission "Apostrophes" du 2 mars 1990 (Dailymotion)

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