France: Delphine Batho dénonce le poids des lobbies dans l'énergie

L'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho quitte l'Assemblée nationale, le 4 juillet 2013 à Paris
L'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho quitte l'Assemblée nationale, le 4 juillet 2013 à Paris - © Patrick Kovarik

En accusant le gouvernement de céder à des pressions des lobbies économiques, l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho a remis en avant les luttes intenses qui secouent le secteur de l'énergie, et donné du grain à moudre aux ONG qui dénoncent de longue date l'influence des industriels sur les politiques.

Il n'est un secret pour personne qu'en défendant des décisions comme la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim ou en s'opposant catégoriquement à toute exploration et exploitation des hydrocarbures de schiste, Delphine Batho s'est fait de nombreux opposants dans les rangs des industriels.

Et lors de sa conférence de presse jeudi, elle a accusé "certaines forces économiques", liées notamment au gaz de schiste et au nucléaire, et qui "n'acceptaient pas le niveau d'ambition que je fixais pour la transition énergétique", d'avoir "voulu (sa) tête".

Dans la foulée, elle a mis en cause Philippe Crouzet, président du directoire de Vallourec, un fabricant de tubes en acier qui tire profit de l'essor du gaz de schiste aux Etats-Unis.

"Est-il normal que le patron de l'entreprise Vallourec directement intéressé par l'exploitation des gaz de schiste ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l'avance devant des responsables de son entreprise aux USA?" a-t-elle demandé.

"De quelle information disposait-il pour être si sûr de lui?", a-t-elle ajouté, dans une allusion à peine voilée à l'épouse de M. Crouzet, qui est directrice de cabinet du président François Hollande.

Les industriels de l'énergie à la manoeuvre

Des accusations qui ont fait mouche auprès des ONG, qui dénoncent de longue date l'influence des industriels sur la politique.

"Les déclarations de Delphine Batho posent clairement la question : qui décide en matière d'énergie ? Cela ne semble être ni le gouvernement ni les citoyens", a aussitôt réagi Greenpeace.

L'ONG a accusé dans un communiqué "les industriels de l'énergie, EDF, Total et autres monuments nationaux", de tirer "les ficelles en coulisse depuis des décennies", et estimé que "le fait qu'ils puissent obtenir la tête de la ministre de l'Ecologie n'est pas surprenant".

Des critiques similaires s'étaient déjà exprimées fin 2011 lors de la négociation de l'accord électoral Verts-PS, Areva étant intervenu auprès du PS pour sauver la filière de fabrication de combustible Mox, ou il y a juste un an, lors du débarquement de Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie, après qu'elle ait voulu remettre en cause l'exploration pétrolière en Guyane.

"considérations politiques", pas économiques

Se retrouvant ainsi une nouvelle fois au banc des accusés, les pétroliers ont rejeté clairement toute responsabilité dans le "limogeage" de Mme Batho, sans masquer leurs divergences avec la politique qu'elle menait.

"Ces déclarations sont incompréhensibles", a ainsi jugé le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), Jean-Louis Schilansky.

"Nous avons travaillé sans difficulté avec le ministère de l'Ecologie, on connaissait les positions de Mme Batho sur le gaz de schiste, et on aimerait un jour que le gouvernement change de position là-dessus, mais ce n'est pas une affaire de lobby pétrolier, c'est une affaire politique et de gouvernement", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Le départ de la ministre Delphine Batho est lié à des considérations politiques qui n'ont rien à voir avec des propos privés sortis de leur contexte de Philippe Crouzet", a assuré de son côté l'entourage de ce dernier.

Les réactions ont également été très vives dans la classe politique.

"Le gouvernement PS, pas plus que l'UMP hier, n'a l'intention de reprendre les manettes, laissées à des gens non élus et aux lobbies financiers qui les contrôlent", a ainsi lancé le porte-parole du FN, Florian Philippot.

Mais Thierry Mandon, un des porte-parole des députés PS, a balayé cette thèse. Les lobbies, "bien sûr que ça existe, mais ce n'est pour ça qu'elle a été virée", a-t-il défendu sur BFMTV, estimant qu'"elle n'aurait pas dit de bêtises le mardi matin sur une radio, ou elle serait revenue sur ses propos, et ce ne serait pas arrivé".

AFP

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