France-Belgique: 6 questions pour comprendre la réforme des pensions

Illustration. Une action de protestation de mineurs demandant une augmentation de pension, mercredi 04 décembre 2019 à Bruxelles.
Illustration. Une action de protestation de mineurs demandant une augmentation de pension, mercredi 04 décembre 2019 à Bruxelles. - © THIERRY ROGE - BELGA

Depuis quelque temps déjà on parle de réforme du système des retraites. Chez nous le gouvernement Michel a porté l’âge du départ à la pension à de 65 à 67 ans. Et la récente note de Paul Magnette, informateur royal, qui cherche à créer un gouvernement fédéral précise : "En matière de pension, il est précisé que les règles actuelles seraient maintenues, notamment l’âge légal de la pension relevé sous la législature précédente". Plus de 400 anciens mineurs de charbon de Campine et une délégation d’anciens mineurs wallons sont arrivés en train ce mercredi vers 09h15 à la gare de Bruxelles-Midi pour manifester devant la tour du Midi. Preuve que le sujet fait encore débat chez nous. En France, c’est ce jeudi 5 décembre que le pays connaîtra une journée d’action de grève de grande ampleur pour contrer la volonté du gouvernement de réformer le système des pensions françaises. En 6 points essayons de comprendre les enjeux de ce débat qui concernent nos pays, mais également l’Europe et le monde entier :

1. Pourquoi doit-on réformer nos systèmes de pensions?

Les systèmes de retraite en Europe sont tous confrontés à la réduction du nombre des naissances, à l’allongement de l’espérance de vie et à la baisse de la croissance économique, qui se traduisent, entre autres, par moins de cotisants pour plus de pensionnés, dans un contexte de chômage élevé pour la plupart d’entre eux.

Les pays du monde entier sont engagés dans des efforts de réforme des retraites, impliquant souvent un recours accru aux programmes de retraite par capitalisation gérés par le secteur privé.

Pour financer la pension de tous les retraités, qui sont de plus en plus nombreux, il n’y a pas une infinité de solutions. Soit on augmente les recettes, c’est-à-dire qu’on augmente les taxes qui pèsent sur les travailleurs (une mesure compliquée à assumer politiquement), soit on diminue les dépenses, ce qui a pour conséquence des pensions moins élevées… Là aussi, c’est compliqué, et parfois impossible : on arriverait à des niveaux trop bas.

Reste un troisième scénario : travailler plus longtemps. On cotise plus longtemps et on est moins longtemps bénéficiaire d’une retraite. C’est le scénario que tous les pays ou presque privilégient.

S’ajoute à cela un argument purement économique : En Belgique par exemple, les dépenses de pensions sont passées de 26 milliards d’euros en 2006 à 41 milliards d’euros en 2015, des dépenses de plus en plus insupportables pour le budget de nos États. Si aucune réforme n’est entreprise d’ici 2030, notre système de pension pourrait devenir impayable et ne plus correspondre aux "nouvelles réalités" du marché du travail. En 20 ans, l’argent injecté pour nos pensions a augmenté deux fois plus vite que le PIB de la Belgique.

Pourtant, on avait tenté d’anticiper la situation actuelle, en créant un fonds de vieillissement (le "fonds argenté"), créé en 2001 par le gouvernement Verhofstadt pour accueillir les papy-boomers aurait dû financer nos futures retraites. Mais ça, c’était avant. Faute d’avoir été alimenté par des "surplus budgétaires" qui ne sont jamais venus, le gouvernement a décidé de supprimer ce fond devenu obsolète.

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2. De quels systèmes de pensions parlons-nous ?

Nos deux systèmes de pensions (belge et français) sont basés sur un système de répartition. Un mode de gestion technique des systèmes de retraite fondé sur la solidarité entre générations : les cotisations des actifs au titre de l’assurance vieillesse servent immédiatement à payer les pensions des retraités actuels. Chaque génération finance la retraite des autres.

Le système de retraite belge repose, lui, sur la théorie des 3 piliers. Le premier pilier regroupe l’ensemble des pensions légales versées par la Sécurité sociale. Le deuxième pilier comprend les pensions complémentaires financées directement par les employeurs dans le cadre de cotisations extralégales. Le troisième pilier est constitué de "l’épargne-pension individuelle" qui n’est autre que l’épargne personnelle constituée en vue de la retraite. On parle même de plus en plus souvent d’un quatrième pilier qui représente les efforts d’épargne personnels ne donnant pas droit à un avantage fiscal, comme posséder un compte épargne, faire un investissement immobilier, posséder un portefeuille de titres (actions et obligations) et certaines assurances-vie.

Un système mal connu et complexe pour beaucoup. 73% des Belges ne connaissent d’ailleurs pas l’architecture du système belge des pensions en trois piliers. 34% des Belges ne savent pas à quoi servent leurs cotisations. 61% des Belges sous-estiment le temps moyen durant lequel un retraité bénéficie d’une pension.

En France, le système est fondé pour l’essentiel sur le principe de nombreux régimes spéciaux. Il existe en France plus de 600 régimes de retraite de base, et plus de 6000 régimes de retraites complémentaires. Avec cette nouvelle grande réforme annoncée il pourrait être transformé en un système universel de retraite fonctionnant par points.

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3. L’âge légal de la pension

Le relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans est la réforme emblématique du gouvernement Michel. Dans la pratique, l’âge légal du départ à la pension demeure fixé, aujourd’hui, à 65 ans. Mais il passera à 66 ans, puis à 67 ans pour ceux qui arrêteront de travailler en 2025 et 2030. Selon l’accord de gouvernement, "les personnes ayant une carrière inférieure à 45 ans peuvent choisir à 65 ans de prendre leur pension ou de continuer à travailler".

Chez nos voisins français, l’âge légal de la pension avait été reporté de 60 à 62 ans par le gouvernement Fillon en 2010, il ne devrait pas être modifié, comme l’a promis Emmanuel Macron pendant sa campagne.

Pour augmenter la durée du temps de travail, il y a plusieurs méthodes qui sont différentes d’un pays à l’autre. La première, c’est d’augmenter l’âge légal de départ à la retraite. Mis à part la Pologne, toute l’Europe s’apprête à augmenter l’âge légal (ou l’a déjà fait) : la Russie, la France, la Belgique… Mais il y a d’autres manières de rallonger les carrières.

On peut par exemple diminuer les départs anticipés (prépensions). Plusieurs pays sont en train de mettre en place des dispositifs pour y arriver : l’Autriche, la Bulgarie, la Finlande et bien sûr la Belgique, qui a renforcé les conditions d’accès à la prépension. Cela avait été commencé par le gouvernement Di Rupo,  puis a été prolongé par le gouvernement Michel.

On peut aussi récompenser ceux qui travaillent plus longtemps avec des bonus. La France comme le Danemark ou la Croatie ont choisi de le faire. A contrario on peut aussi pénaliser ceux qui travaillent moins.

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4. Âge pivot ou âge de taux plein

L'âge est celui à partir duquel on peut bénéficier de 100% de sa retraite. Pour prendre sa retraite à taux plein dans le régime belge, il faut avoir cotisé au moins 45 ans (ou 180 trimestres, contre 160 à 172 en France) et atteint l’âge de 65 ans (contre 60 à 62 en France). Cet âge légal sera progressivement augmenté à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030.

Le fameux rapport Delevoye, sur lequel Emmanuel Macron et son gouvernement basent leurs réformes, préconise d’instaurer un âge pivot et de le fixer à 64 ans. Ceux qui partent plus tôt verraient leur pension diminuée de 5% par année travaillée en moins. Inversement, chaque année travaillée au-delà de 64 ans augmenterait la pension de 5%.

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5. Régime de pension ou système à points

Le régime actuel de nos deux pays fonctionne par annuités: les droits sont calculés en fonction de la durée de cotisation (trimestres ou annuités).

En Belgique, le gouvernement Michel souhaitait aussi créer un mode de calcul de la pension totalement revu. La nouvelle base légale aurait mis en place un système à points qui serait entré en vigueur "au plus tard en 2030". Le calcul retenu était le suivant : Pension = (nombre de points) x (valeur du point).

"Le nombre de points dépend du rapport entre les revenus professionnels individuels ou le salaire individuel et le salaire moyen des actifs dans le régime spécifique, et de la longueur de la carrière individuelle par rapport à la carrière de référence dans ce régime spécifique".

Quant à la valeur du point, elle correspondrait au salaire moyen des actifs au moment du départ à la pension. Mais la mesure est restée lettre morte, entre autres car il a été impossible pour le gouvernement de fixer une liste des métiers pénibles avant sa chute en décembre 2018.

En France, Emmanuel Macron et son gouvernement envisagent aussi un système à points. Mais comme la valeur du point qui va déterminer le montant des pensions est à ce jour inconnue, les syndicats opposés à la réforme, craignent que celle-ci ne serve de variable d’ajustement budgétaire.

Terminons notre comparatif en signalant que l’Allemagne applique la pension à points depuis longtemps.

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6. Le fameux taux de remplacement

Chez nous, un pensionné touche en moyenne 66% de leur salaire. La pension moyenne dans notre pays s’élève à 1552 euros pour les salariés et à 1310 euros pour les indépendants. Une moyenne établie pour une carrière complète, soit 45 ans de travail.

Mais qu’est-ce que cela représente par rapport au salaire perçu durant votre carrière.

L’OCDE a calculé le taux de remplacement net des pensions en Europe et dans le monde. Il s’agit donc de mesurer à quel point la pension versée remplace (ou non) le salaire. En Belgique, une personne pensionnée touche en moyenne 66% de son salaire une fois sa carrière terminée notre pays est légèrement en dessous de la moyenne européenne, qui s’élève à 71%.

La France est à 75% ; le Luxembourg, à 88% ; et les Pays-Bas, à 101%, rien que ça. Par contre, l’Allemagne est moins généreuse avec ses retraités, avec un taux de 51% en moyenne.

Et si l’on regarde un peu loin de nos frontières, on se rend compte que les différences peuvent être très marquées. Ainsi, les modèles nordique ou anglo-saxon sont connus pour ne pas être des plus alléchants pour les pensionnés. Au Royaume-Uni, le taux de recouvrement n’atteint que 29%, c’est moins que les États-Unis (49%) ou encore que les pays scandinaves comme la Norvège (49%), la Suède (55%) et la Finlande (65%).

Autant avouer que les systèmes de retraite sont bien différents d’un pays à l’autre et qu’il est difficile de les comparer. Car par exemple, les taux d’imposition peuvent varier durant la carrière, de même que le salaire moyen.

Dernier conseil, si vous souhaitez en savoir plus sur votre cas individuel, connectez.vous au site mypension.be.

 

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