Namur: une école en immersion en langue des signes

Cours de mathématique en 3e secondaire
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Cours de mathématique en 3e secondaire - © Monika Wachter - RTBF

La Communauté scolaire Sainte-Marie à Namur est la seule école en Fédération Wallonie-Bruxelles avec une immersion en langue des signes. Parmi les 1500 élèves que compte l'école en maternelle, primaire et secondaire il y a 30 élèves sourds et mal-entendants. Ils suivent les cours dans l'enseignement ordinaire.

En 2000, l’ASBL "École et surdité" avait lancé cet enseignement à l'école Sainte-Marie. C'est possible grâce au décret publié en 1998 qui encadre l'enseignement bilingue y compris l'immersion en langue des signes. Mais il y a une différence importante avec les immersions classiques : les cours en langue des signes se donnent en même temps que les cours en français.

Deux profs devant le tableau noir

Dans les classes bilingues, deux instituteurs donnent donc cours en même temps. Les professeurs en langue des signes ne sont pas des interprètes mais des enseignants avec un deuxième diplôme en langue des signes.

La préparation des cours se fait à deux et le cours se donne à deux. C'est aussi un plus pour les élèves entendants puisque les deux enseignants s'occupent d'eux pendant les exercices, par exemple. Mais il y a évidemment des adaptations à faire. Le professeur en français fait attention de ne pas être dans le champ de vision des élèves sourds.

Un prématuré sur 100 est sourd à la naissance

En moyenne, un enfant sur 1000 est sourd à la naissance. Pour les prématurés, le taux est encore plus élevé.

Aujourd'hui, il existe des techniques médicales qui permettent à l'enfant d'entendre à condition que le nerf optique n'est pas trop abîmé. Les appareils auditifs et les implants permettent à l'enfant sourd de percevoir le son, mais ce n'est pas pour cela qu'il comprend tout.

Sacha est en 5e primaire

Sacha est le seul sourd de sa famille. Il porte des appareils auditifs et parle très bien. Il nous explique comment il perçoit le son.

"Il y a des gens qui font attention à bien articuler et à bien parler, ça veut dire si je ne regarde pas je peux entendre mais parfois pas tout comprendre. Alors que les entendants, ils doivent écouter mais ils peuvent chipoter à des trucs alors que nous, les sourds, on doit regarder l'institutrice qui donne cours en langue des signes."

Sa maman Delphine Coipel explique que: "Sacha entend pas mal du tout mais il n'entend pas comme nous les entendants. Dans un environnement calme ça va. Mais quand il y a du bruit ou des interférences, dans la classe ou au restaurant ou dans la voiture, on constate qu'il n'entend pas comme un entendant. En famille, on y fait tout le temps attention. Les interventions ne peuvent pas se recouper. Chacun va parler à son tour et en face de Sacha pour que Sacha comprenne ce qui a été dit."

Les cours bilingues sont seulement subsidiés jusqu'à la deuxième secondaire

Entre la troisième et la sixième secondaire c'est L’ASBL "École et surdité" qui prend en charge les salaires des enseignants en langue des signes grâce aux dons et sponsors.

Mais cette situation ne peut pas perdurer. L’ASBL se bat pour essayer d'obtenir les subsides manquants.

Un bilan très positif

"Après quinze ans, l'enseignement bilingue a fait ses preuves à Sainte-Marie" explique Claire de Halleux, membre fondateur de L’ASBL "École et surdité". "Ces classes montrent que les élèves sourds qui sont scolarisés par immersion bilingue, la langue des signes ne les a nullement empêchés de se développer en français. Tous les enfants qui ont été scolarisés et qui le sont encore dans ces classes ont un parcours scolaire le plus ordinaire possible. Et donc cette mixité, cette accessibilité, je pense, a fait ses preuves tant au niveau humain et psychologique qu'au niveau pédagogique."

Monika Wachter

Le reportage de Michel Servais et Monika Wachter est diffusé samedi 16 mai sur la Première entre midi et 13 heures dans l'émission Transversales.

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