Former la police pour mieux appréhender les agressions homophobes

En 2018, les agressions homophobes ont augmenté de 38% " par rapport à la moyenne des cinq dernières années ", selon un rapport de l’Unia (centre contre les discriminations). Un total de " 125 cas de personnes qui se sentaient victimes de discrimination parce qu’elles étaient homosexuelles ".

A cela s’ajoute un énorme chiffre noir, peu de plaintes sont déposées. Ce chiffre est très en deçà des réalités.

Face à cela, la Rainbow House Brussels, forme depuis six ans le personnel des forces de l’ordre. Aujourd’hui, ce sont près de 600 policiers qui ont été formés.

Un problème structurel

Des problèmes d’infrastructures, une institution policière et un système d’accueil mal adaptés c’est ce qui freine bien souvent la communauté LGBTQI à pousser la porte du commissariat en cas d’agression.


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" Les gens n’osent pas porter plainte et en plus de cela, la police est une institution où il y a eu des bavures, des insultes. C’est encore une institution patriarcale qui est beaucoup réservée aux hommes, il y a donc des réticences pour aller porter plainte. Beaucoup de personnes témoignent avoir été mal reçues ", analyse le porte-parole de la Rainbow house, Oliviero Aseglio.

" Reprendre dès la base "

L’ASBL dispense quatre formations par an, d’une journée à chaque fois. Si au début, le public était des personnes déjà intéressées par la question, " aujourd’hui, nous avons aussi… disons les plus réfractaires ", souligne Oliviero Aseglio.

Il faut dire que cette formation se réalise sur base volontaire. Mais la participation n’est pas qu’une question de bienveillance, un système barémique est mis en place et permet d’obtenir des points formation et un petit plus sur la fiche de salaire.

Ce que constate le porte-parole, qui dispense également la formation, c’est qu’il faut souvent déconstruire bon nombre de stéréotypes de genre ou même raciaux, " reprendre dès la base ". Certains policiers, par exemple, " n’envisagent pas que l’on peut être homo et pauvre ou encore homosexuel et noir. Alors qu’en fait il s’agit d’un public très diversifié. Le risque c’est que, quand quelqu’un va porter plainte, ils (les forces de l’ordre), ne vont pas savoir déceler la raison de l’agression, à cause de certains de ces stéréotypes ".

Identifier les agressions à caractère homophobe

C’est en réalité ça l’objectif principal de cette formation. Donner aux policiers les outils pour identifier la transphobie ou l’homophobie dans l’agression. "Par exemple, pendant la pride : quand les personnes sont très affichées comme à ce genre événement, cela génère des agressions. Il faut pouvoir reconnaître ces insultes, ces propos mais aussi les quartiers où se déroulent des agressions sans vol ou sans une autre raison que d’agresser quelqu’un, et pouvoir se dire qu’il s’agit bien là d’une agression homophobe ", estime le formateur.

Pour rappel, l’homophobie et la transphobie sont considérées comme des circonstances aggravantes en cas d’agression. On parle de " motifs abjectes ".

Et, explique Olivier Aseglio, " au-delà des agressions, le but de la formation est de montrer comment s’adresser aux personnes trans et homo dans différents cadres ". Il s’agit donc d’adopter le langage adéquat.

" Les retours sont en général positifs. Beaucoup viennent parce que la formation leur a été recommandée par leurs collègues ". Et puis, " il faut tout de même se dire que c’est assez incroyable que cette initiative existe. Dans différentes parties du monde, c’est inenvisageable ", positive Oliviero Aseglio.

Archives : Journal télévisé 17/04/2018

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