Fonds libyens : Jean-Claude Fontinoy, conseiller politique, dénoncé par un magistrat pour trafic d'influence

Fonds libyens : Jean-Claude Fontinoy suspecté de trafic d’influence
Fonds libyens : Jean-Claude Fontinoy suspecté de trafic d’influence - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Jean-Claude Fontinoy, l’un des principaux conseillers de Didier Reynders lorsqu’il était ministre au sein du gouvernement fédéral, est soupçonné d’avoir perçu une somme d’environ 50.000 euros de l’homme d’affaires Aldo Vastapane. Une information révélée par nos confrères du Soir et du magazine Médor.

En toile de fond de ce dossier, l’argent dû par la Libye à la fondation (GST), présidée par le Prince Laurent. L’information rendue publique par le Soir et le magazine Médor fait état d’un versement "en cash" à Jean-Claude Fontinoy afin qu’il use de son influence auprès de son ministre Didier Reynders pour faire avancer le dossier.

Pour rappel, en 2017, la fondation GST du Prince Laurent dispose d’un jugement en Belgique qui lui est favorable. Il ordonne la restitution à la fondation des montants gelés auprès d’Euroclear, mais il faut l’appui du gouvernement fédéral pour obtenir le feu vert auprès des Nations Unies. Le prince Laurent et ses conseils multiplient alors les initiatives pour convaincre les autorités fédérales, mais sans succès.

C’est dans ce contexte que serait intervenue une remise d’argent à Jean-Claude Fontinoy, l’homme de confiance de Didier Reynders, par l’homme d’affaires Aldo Vastapane, intervenant comme intermédiaire dans ce dossier. C’est un magistrat mis dans la confidence lors d’une discussion avec un proche d’Aldo Vastapane qui a dénoncé les faits à la Justice comme l’y oblige l’article 29 du code d’instruction criminel.

Le procès-verbal dressé à cette occasion, est désormais dans les mains du procureur du Roi de Bruxelles.

Les curieuses tractations autour de l’argent libyen

Pour comprendre cette sollicitation, un retour en arrière s’impose. C’est en 2010 que la fondation du Prince Laurent s’engage en Libye dans un projet environnemental destiné à créer une "ceinture verte" autour de Tripoli. Mais la chute du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, suite à l’intervention militaire de 2011 viendra mettre un terme au projet. Sans que la fondation ne puisse récupérer son investissement. Car l’argent appartenant à l’Etat libyen à l’étranger (dont des banques belges) est gelé sur requête des Nations Unies.

Pour permettre de débloquer des fonds, il faut disposer d’un jugement qui l’autorise (c’est fait depuis 2014) mais aussi obtenir du gouvernement qu’il notifie au comité de sanctions des Nations Unies de libérer la somme en question.

C’est cette étape qui n’a jamais été réalisée jusqu’à ce que tout récemment le nouveau gouvernement ne donne enfin satisfaction aux avocats de la Fondation GST. D’où les démarches entreprises en 2017 vers Jean-Claude Fontinoy, l’homme de confiance de Didier Reynders, dont les décisions étaient déterminantes pour permettre la restitution de l’argent libyen à la Fondation du Prince Laurent.

Le montant des fonds libyens détenus en Belgique atteint la coquette somme de 14 milliards d’euros, générant au fil des temps des intérêts importants. Et c’est ici qu’est intervenu un tour de passe-passe dont les contours restent aujourd’hui encore obscurs.

La législation anti-blanchiment négligée par le Trésor public

La CETIF, l’autorité chargée de lutter contre le blanchiment en Belgique, et son président, Jean-Claude Delepière, , s’inquiètent dans un courrier adressé le 28 mai 2015 à l’administrateur général du SPF Finances Marc Monbaliu, gérant le Trésor public, du "gel effectif" des avoirs libyens en Belgique, en raison des dispositions anti-blanchiment.

Une préoccupation destinée à éviter que cet argent ne tombe dans de mauvaises mains en Libye où règne une guerre civile. Et le haut fonctionnaire du département de répondre le 17 juin 2015 à Jean-Claude Delepière (CETIF), qu’aucune autorisation de "dégel" n’a été accordée concernant ces fonds mais sans évoquer le sort différent réservé aux intérêts générés par ces fonds, une somme déjà rondelette à l’époque, elle atteignait plus d’un milliard d’euros pour doubler par la suite.

De plantureux intérêts dont personne ne semble savoir ce qu’ils sont devenus

Le patron de la CETIF découvrira par la suite, médusé, que cette partie de l’argent (les intérêts) a été débloquée par le Trésor public et… Restituée aux Libyens à raison de plusieurs versements de 400 millions d’euros, tel que l’expliquait Jean-Claude Delepière, le 11 avril 2019, dans une interview accordée à Frédéric Loore pour Paris match. Du moins, c’est la version officielle car des représentants libyens convoqués par la suite devant le parlement belge diront… Ne pas savoir ce qu’est devenu cet argent. Depuis lors, il semble bien que personne ne soit en mesure de dire, avec certitude ce qu’il est devenu. On parle quand même de plus de deux milliards d’euros…

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