Foire musulmane: "Venez donc voir pour juger par vous-mêmes"

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La première foire musulmane de Bruxelles sera organisée du 28 septembre au 1er octobre. L'évènement a déjà suscité des réactions crispées tant chez certains responsables politiques que dans les médias. Les organisateurs appellent, eux, à la sérénité et invitent tout un chacun à s'y rendre pour juger sur pièce de la nature de l'évènement.

La Foire musulmane qui sera organisée à Bruxelles, sur le site de Tour&Taxis, le dernier week-end de septembre, a déjà fait couler beaucoup d'encre. Ce principalement pour deux raisons.

Tout d’abord, parce que les organisateurs sont décrits comme émargeant au rang de la mouvance des Frères musulmans et que les débats liés à la partie "forum" de l’évènement (lire ci dessous) ont été pointés par certains médias comme ayant une forte connotation islamiste.

Des allégations suite auxquelles le député libéral Denis Ducarme a demandé une vigilance accrue à la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet.

Deuxièmement, en raison de ce qui est présenté comme un "boycott" de l'évènement par l’Exécutif des musulmans de Belgique, prétendument en raison du caractère trop radical des intervenants (version des faits démentie tant par les organisateurs que par l'exécutif lui-même, lire ci-dessous).

Les organisateurs de l’évènement tiennent, eux, à apaiser les craintes. Ils réfutent l’étiquette de "Frères musulmans" et parlent d’un évènement "festif" et "ouvert", rappelant que tout le monde, musulman comme non-musulman, y est bienvenu.

L’UOIF: "Non, nous ne sommes pas les Frères musulmans de France"

Alors qu’en est-il ? Pour comprendre de quoi on parle, il faut préciser que la foire comporte d’abord une partie purement commerciale. Pour cette partie, c’est la société Gedis, chapeautée par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui est en charge.

L’UOIF a été présentée dans les médias belges comme étant une émanation directe de la mouvance des Frères musulmans.

Cependant, l’organisation elle-même réfute cette étiquette. "Non, nous ne sommes pas la branche des Frères musulmans en France", nous affirme clairement une chargée de communication de l’organisation. "Nous sommes une fédération regroupant plus de 200 associations musulmanes, dans des domaines très divers, il n’y a donc pas une seule ligne idéologique mais plusieurs qui cohabitent", poursuit-elle.

"Donner cette image de nous est simplement un mensonge"

La deuxième partie de cette foire est un grand espace de débats et de conférences appelé le Forum. Là, c’est la Ligue des Musulmans de Belgique (LMB) qui est en charge de l’organisation.

Ici aussi, on refuse d’être assimilé à la mouvance des Frères. "Si on fait passer cette image de nous, c’est simplement un mensonge", tient à rectifier Karim Azzouzi, le vice-président de la LMB. "Nous n’avons aucun problème avec les Frères musulmans mais nous n’avons pas à assumer cette étiquette qui ne nous correspond pas", insiste-t-il.

"Le fait est que nous ne sommes pas liés organisationnellement à cette mouvance", renchérit Karim Chemlal, le porte-parole de la Ligue. "La LMB est une organisation musulmane pluraliste, qui prône un Islam ouvert et une participation citoyenne active et positive", explique-t-il.

Lorsqu’on pointe le fait que des intervenants appelés à venir s’exprimer sont qualifiés d’islamistes par certains observateurs, Karim Azzouzi conteste d'une part cette appellation et explique en outre que la présence d'un orateur "ne veut pas dire que les organisateurs sont d’accord avec son discours".

On nous rappelle également que le forum est censé être un espace de débat. "Surtout, nous vous invitons à venir les écouter et vous pourrez juger par vous-mêmes", indique pour sa part Karim Chemlal.

Une remarque que le porte-parole étend à l'évènement dans son entièreté. "La foire est ouverte à tous, musulmans comme non-musulmans, et nous espérons que le plus de monde possible y participera. On se rendra alors compte que toutes ces polémiques étaient vaines et qu'il s'agit d'une manifestation éminemment positive", prédit Karim Chemlal. En l'état actuel des choses, 20 000 à 30 000 personnes sont attendues.

Frères musulmans, au-delà des clichés

Pourtant Brigitte Maréchal, spécialiste de la question des Frères musulmans, n’en démord pas : "L’UOIF et la LMB sont des organisations qui peuvent être qualifiées comme étant dans la filiation intellectuelle des Frères musulmans mais qui sont indépendantes de l’organisationnel de cette mouvance".

Une mouvance à propos de laquelle la professeure de l’UCL tient à rectifier certains stéréotypes. "Cette étiquette Frères musulmans regroupe désormais plusieurs sensibilités différentes, l’héritage de cette mouvance est composé par des apports très variés, même très différenciés, voire opposés". Il y a donc au sein des Frères musulmans, aussi bien "des courants conservateurs, proches du salafisme, et des courants qui les contestent".

Un des socles communs de cette mouvance est la volonté de développer "une interprétation des textes islamiques qui soit en adéquation avec les contextes dans lesquels ils doivent être appliqués et de développer une citoyenneté participative", précise cette experte.

Il y a aussi "un projet de revitalisation de l’Islam, l’idée de développer un mode de vie qui soit compatible avec la pratique de sa foi qui concerne, selon eux, tous les aspects de la vie".

Brigitte Maréchal insiste sur le fait que l’approche de cette mouvance a beaucoup évolué en Europe ces trente dernières années. Une de ces évolutions se concrétise notamment par une approche "légaliste", à savoir que le fidèle doit se conformer aux lois et ne peut se prévaloir de sa foi pour ne pas les respecter. "Par exemple, en France, concernant la loi interdisant le voile, les Frères musulmans ont estimé qu’il s’agissait d’une loi injuste mais que c’était la loi et que donc il fallait s’y conformer".

On retrouve aussi dans la base idéologique de cette mouvance, version européenne, le respect de la pluralité religieuse qui cohabite avec le souci de promouvoir l'unité islamique.

L’amalgame avec l’islamisme est donc un raccourci simpliste qui donne une fausse idée de la réalité de ce qu’est devenue la mouvance des Frères musulmans aujourd’hui, estime cette experte.

Exécutif des musulmans de Belgique : des dents grincent mais pas de boycott

L’autre polémique liée à l’organisation de cette foire est un boycott supposé de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Renseignement pris auprès du président de l’Exécutif, Semsettin Ugurlu, ce dernier nous confirme qu’il ne participera pas au débat auquel il a été invité dans le cadre du forum.

Le débat devait porter sur les instances chargées du temporel du culte islamique en Belgique. Or l’EMB, seule reconnue comme organe chargé de cette mission par les autorités belges, estime qu’elle n’a pas à en débattre avec des interlocuteurs qui contestent sa légitimité.

Ce refus de participation au débat tient donc à une lutte intestine pour l’organisation du temporel du culte et pour la légitimité de la représentation des musulmans en Belgique.

Pour autant, Semsettin Ugurlu n’exclut pas de se rendre à la foire. "Si mon agenda me le permet", précise-t-il toutefois. Et tant les organisateurs de l’évènement que les représentants de l’EMB nous disent entretenir "de très bons rapports".

S’il apparaît en effet que l’organisation de cette foire par une autre organisation ne plaît clairement pas à l’EMB, il n’y a donc par contre pas de boycott au sens propre de l’évènement par l’exécutif.

Julien Vlassenbroek

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