Foire du livre : les rencontres de Thierry Bellefroid

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De la sérénité d'Enki Bilal à la grosse colère d'Eduardo Manet, les interviews se suivent et ne se ressemblent pas : retour sur une journée qui se termine par un débat haut en couleur sur le régime de Castro.

Cest un drôle danimalz, cet Enki Bilal. Nous nous connaissons depuis longtemps. Nous nous apprécions mutuellement. Cest une chance. Pour moi, pas pour lui. Je sais quil peut être cassant avec certains journalistes, je nai jamais eu à vivre cette expérience. Au contraire, nous prenons plaisir lun et lautre à nous revoir. Cette fois, le plaisir est plus grand encore. "AnimalZ", son nouveau livre, est une fameuse surprise.

Un an à peine après la fin dune tétralogie quil aura mis plus de douze ans à boucler, lauteur revient, change radicalement de style, retourne au dessin pur, à la mine de plomb, à la narration dans ce quelle a de plus fort. Et il le fait dans un mélange époustouflant dinventivité graphique et de puissance littéraire. Rarement, texte et image auront su trouver une union aussi intrigante, savante, virevoltante même. Bilal est léger. Il a réglé les comptes avec son passé. Tourné la page de léclatement de lex-Yougoslavie, son pays dorigine. Il est toujours aussi passionnant à écouter. Mais il dégage désormais un je ne sais quoi supplémentaire qui le rend irrésistible.

A voir, dans Mille-Feuilles, le 17 mars, sur La Deux.

Un plateau littéraire explosif

Tiens, puisquon parle de Mille-Feuilles, dont nous avons enregistré deux numéros sur le site de Tour et Taxis (diffusion du premier, ce vendredi soir), revenons sur Jean Ziegler.

Je lécrivais hier, son livre « La haine de lOccident » est une démonstration brillante, un appel à la réconciliation avec le Sud. Mais lenthousiasme de cet ancien élu socialiste suisse pour les gouvernements de gauche dAmérique latine perd parfois un peu de nuance à loral. Face à Eduardo Manet, sur le plateau de lémission, le voilà qui se lance dans une démonstration des points positifs du régime Castro. Cuba, dit-il, a tout de même réalisé des avancées sociales.

Sait-il vraiment à qui il parle ? Manet est un ancien de la nomenklatura. Il a dirigé le Théâtre national de Cuba jusquau milieu des années soixante. Connu les frères Castro sur les bancs de luniversité. Epousé leur cause jusquà vanter les mérites du régime dans tous les pays du Pacte de Varsovie.

En 1968, lors dun voyage à Paris, il pose ses valises. La liberté dexpression lui manque trop. Le régime castriste, il la vécu de lintérieur, il en fait le tour. Trop de dérives, plus assez didéal. Manet jette léponge. Il ne retournera jamais dans son pays. Pendant la démonstration de Ziegler, je lobserve du coin de lil. Je sens quil nest pas daccord. Mais je ne mattends pas à ce qui va suivre. Un cyclone, un tsunami verbal de la part de cet homme fin, affable, dune exquise politesse.

Sans perdre aucune de ces trois qualités, Eduardo Manet part au combat au quart de tour. Moment de télévision inattendu. Sur ce plateau littéraire, voilà le débat qui senvenime. Manet assène sa haine du régime castriste à sen faire péter le micro. Ziegler se tasse un peu dans son fauteuil. Cest sûr, à partir de là, je sais quon ne parlera plus beaucoup de « La maîtresse du commandant », le magnifique roman de Manet. Plus tard dans la soirée, je le retrouve sur le stand de son éditeur. Le regard est amical, lhomme a retrouvé tout son calme. Charmeur, il mavoue sêtre un peu emporté. Mais me pardonne davoir mis son livre entre parenthèses. Pour lui, la liberté dexpression valait bien ça   

(Th. Bellefroid)

Ce soir, les invités de Thierry Bellefroid dans "Mille-Feuilles" seront Jean Ziegler et Eduardo Manet, Pierre Mertens et José-Alain Fralon, Gordon Zola, Bob Garcia et Nadine Monfils, ainsi que le Prix Première, Nicolas Marchal. La Deux, 22h50.

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