Foire du Livre : les auteurs de Thierry Bellefroid

Laurent Gaudé, Emmanuel Guibert, Olivier Adam. Ces trois écrivains ont un point commun, la modestie. Une qualité qui se confirme au fil des rencontres.

Cétait en décembre 2004. Sur le plateau de la première émission "Mille-Feuilles", le tout récent Prix Goncourt, chevelure dargent et sourire charmeur. Près de cinq ans plus tard, je retrouve Laurent Gaudé comme si je lavais quitté la veille. Nous nous étions croisé une seule fois entre-temps, à Monaco (je sais, ça fait chic) où il sétait empressé de venir me saluer chaleureusement. La poignée de main ne trompe pas. Le regard non plus. Cet homme-là est généreux et sincère.

Comme ses livres. Demblée, il me tutoie, me demande des nouvelles de lémission. Nous parlons un peu de son livre. La porte des enfers. Une descente au sens strict dans les limbes où les âmes des morts séjournent. Un père qui tente daller rechercher son fils là où aucun mortel na droit de cité. Une plongée dans la mythologie, sous les pavés de Naples ; lItalie, encore et toujours, celle des Scorta qui ont fait sa renommée, et celle dEldorado, son précédent roman. Très vite, cest larroseur arrosé. Avec un intérêt non feint, Laurent me questionne sur la télévision, les contraintes du journalisme, les pratiques en vigueur en Belgique. Diable, cet homme est plus que charmant ! Quand dautres pensent à leur promo, voire à leur égo, celui-ci est sur un autre tempo : le duo.

La veille, un autre généreux avec un cur pour abriter le monde entier, Olivier Adam, mavait également surpris en me confiant son admiration pour le travail dEmmanuel Guibert, auteur de bande dessinée qui a publié, entre autres, "Le Photographe" et "La Guerre dAlan". Plus timide que Gaudé, Adam, cest lécrivain papier buvard. Dans ses livres, il redonne tout ce quil a aspiré du monde, et restitue aux plus faibles, aux fragiles, aux amputés du cur ou de la vie la parole quon leur confisque trop souvent. Au risque de rater son train, il viendra écouter le lendemain Emmanuel Guibert parler de son travail dartiste en résidence à Kyoto.

Trois mois durant lesquels cet auteur au talent immense et à la modestie plus grande encore, aura recyclé tout le matériel quil trouvait autour de lui pour dessiner : table de bois promise aux ordures, cahiers décoliers japonais, rouleaux de prières Conteur hors pair, Guibert raconte la magie du dessin, lémotion que procure le détournement dun objet à des fins artistiques, la puissance de certains paysages de Kyoto. Et dinviter le public à venir voir de près lun des rouleaux peints quil a amené dans sa besace. Tous les spectateurs se pressent, ravis, et découvrent religieusement cette sorte de relique. Tous, sauf un, qui préfère discrètement rester assis au fond de lassemblée. Olivier Adam, que le succès ne poussera jamais à se mettre dans la lumière. Décidément, cétait le concours de la modestie ce jour-là ! Quel plaisir quand les lauréats sont daussi excellents auteurs.

(T. Bellefroid)

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