Fin du changement d'heure: quelles conséquences pour notre santé?

Fin du changement d'heure: quelles conséquences pour notre santé?
Fin du changement d'heure: quelles conséquences pour notre santé? - © pixabay.com - Free Photos - CC0 Creative Commons

La nuit du 27 au 28 octobre sera marquée par le passage à l'heure d'hiver. A 3 heures du matin, il faudra reculer l'horloge d'une heure.  Mais pour ceux qui sont perturbés par ces changements d'heure, ils se féliciteront que ce passage à l'heure d'hiver pourrait être l'un des derniers.

Précision importante : le gouvernement belge n'a encore pris aucune décision concernant la fin éventuelle du changement d'heure. C'est ce qu'a affirmé un porte-parole du Premier ministre ce vendredi. Selon plusieurs sources, la Belgique se serait ralliée à la demande autrichienne visant un report de la décision.

Mais serait-ce une bonne chose d'abolir le changement d'heure ? Gilles Vandewalle, docteur à l'Université de Liège, était l'invité de Jour Première pour en parler. Ce chercheur qualifié au FNRS travaille sur l'influence que peut avoir la lumière sur notre cerveau. Il a répondu aux questions de François Heureux.

Vous avez récemment participé à une discussion entre experts sur cette question du changement d'heure et sur la question de savoir quelle heure choisir définitivement. Est-ce une sage décision d'arrêter ce changement d'heure ?

"Je pense que oui. Il y a effectivement beaucoup de données qui montrent que changer d'heure, en tout cas quand on passe de l'heure d'hiver à l'heure d'été, ou ce qu'on appelle l'heure d'hiver à l'heure d'été, est associé à pas mal de complications au niveau santé, d'accidents et d'erreurs. Donc, d'un point de vue scientifique, il me semble que c'est une bonne idée. Je pense que l'objectif premier qui a été suivi, qui était de faire des économies, d'après ce que j'en sais n'est pas atteint, et donc c'est tout à fait inutile à mon sens."

Si on arrête de changer d'heure, sur quelle heure se base-t-on du début à la fin de l'année ? Est-ce qu'on prend l'heure d'hiver ou est-ce qu'on prend l'heure d'été ?

"Déjà, il y a un biais dans la manière dont on pose la question. (...) Est-ce que vous voulez conserver d'abord l'heure d'été ou l'heure d'hiver ? Quand on vous demande ça, vous avez envie de faire durer l'été, et donc de conserver l'heure d'été. (...) Vous n'allez évidemment pas garder des longues soirées d'été quelle que soit l'heure que vous allez choisir. Le soleil va se coucher plus tôt en hiver et se lever plus tard.

Donc la question est de savoir si on veut rester à une heure qui est proche de l'heure standard, c'est-à-dire de l'heure solaire que nous avions avant qu'on instaure ce changement d'heure, ou si on veut rester à l'heure qui est dite en anglais 'l'heure d'économie de la lumière' — qui est déjà un nom moins attrayant que 'heure d'été' — et qui a été instaurée dans les années 70 pour faire des économies.

Est-ce qu'on veut finalement que le soleil en hiver se lève à environ 8h30 ou 9h30. Donc est-ce qu'on veut aller travailler et ne voir le soleil que quand on est déjà au travail depuis une heure ou deux, ou est-ce qu'on veut au contraire avoir un peu plus de lumière le soir, mais le soleil va quand même se coucher à 5h30-6 h aux journées les plus courtes, même si on garde l'heure d'été ?"

Concrètement, si on garde l'heure d'été en hiver, le soleil ne se lèvera pas avant 9h30, presque 10 h parfois dans certaines régions, alors que ce serait plutôt 8h30 si on conserve l'heure d'hiver ?

"Chez nous en tout cas, ce serait plutôt ce cas de figure là. Il faut imaginer nos enfants ou nous quand on va travailler, on arrive à l'école ou au travail vers 8h-8h30 et on ne voit pas vraiment la lumière du jour avant au moins une heure plus tard, alors qu'à l'heure actuelle c'est déjà assez sombre quand on arrive au travail vers 8h-8h30. Il y a donc toute une série de données qui indiquent en fait que cette lumière du matin est importante et qu'il faudrait en tout cas vraiment bien la prendre en considération."

C'est la raison scientifique qui vous pousse à prôner plutôt l'heure d'hiver comme choix d'heure du début à la fin de l'année ?

"L'heure du matin va avoir comme impact de mieux recaler notre horloge biologique. On est tous un peu en décalage par rapport aux 24 heures de la journée. On a une horloge biologique qui fait un peu plus que 24 heures en moyenne — 24 heures et 12 minutes — sur la population en général et on a besoin de cette lumière du matin pour réavancer l'horloge un peu tous les jours. Et donc, plus l'heure est tôt dans la journée au moment où on reçoit cette lumière et mieux ce sera.

Si on décale d'une heure, on aura moins de lumière au moment où elle a le plus d'impact sur cette horloge biologique et elle risque d'exacerber des décalages entre l'horloge biologique interne et l'horloge de l'alternance jour/nuit. Or, plus il y a un décalage important entre notre horloge biologique et l'environnement, plus au niveau épidémiologique on détecte des augmentations de problèmes de santé.

De l'autre côté, il y a l'impact de la lumière du matin sur l'humeur aussi. On constate que la lumière est importante le matin pour l'humeur chez les gens qui développent des dépressions saisonnières, et donc si on retarde l'arrivée de cette lumière, on pourrait augmenter la prévalence de ce genre de problèmes."

(...)

Vous parlez aussi de l'influence de la lumière sur notre santé ou sur notre humeur, est-ce que cela dépend aussi de chacun finalement ? Est-ce que tout le monde n'est pas influencé de la même manière ?

"Il est possible qu'il y ait des variations interindividuelles. Il y a des gens qui souffrent de dépression saisonnière. Ça veut dire que les diminutions d'illumination qu'on voit avec les saisons sont néfastes pour certaines personnes et pas pour d'autres. Il y a des gens qui n'ont pas du tout ce problème. C'est un réel problème de santé avec des gens qui souffrent de réelle dépression, qui s'élimine naturellement quand la lumière revient. Donc, il y a effectivement la variabilité.

Le principe de précaution voudrait qu'on privilégie l'heure d'hiver parce qu'elle devrait amener des effets bénéfiques

Ce qui est clair aussi, c'est qu'on n'a pas assez de données pour faire un bon choix. Ce qu'il semble, c'est que sur base de ce qu'on sait maintenant et puisqu'on nous impose de choisir maintenant, le principe de précaution, selon nous, voudrait qu'on privilégie l'heure d'hiver parce qu'elle devrait amener des effets bénéfiques, alors que l'heure d'été, ou l'heure artificielle introduite il y a une quarantaine d'années, devrait plutôt induire des effets négatifs, au niveau biomédical en tout cas."

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