Festival de Saint Malo: des débats belges à la mode malouine

De gauche à droite, In Koli Jean Bofane, David Van Reybrouck, Thierry Michel, Colette Braeckman et Alain Berenboom à la conférence sur le Congo
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De gauche à droite, In Koli Jean Bofane, David Van Reybrouck, Thierry Michel, Colette Braeckman et Alain Berenboom à la conférence sur le Congo - © J. Van Belle - WBI

Le Festival Étonnants voyageurs vient de se terminer. Les rues de Saint Malo ont accueilli 60.000 visiteurs, qui ont pu se balader d'un lieu à l'autre au gré des thèmes proposés. La Belgique, une découverte à plusieurs facettes pour beaucoup d'entre eux.

La salle du théâtre Chateaubriand est comble lorsque le comédien liégeois Jean-Luc Debattice se lance dans la lecture d'un texte de Charles Baudelaire : "Pauvre Belgique" donne le ton de l'après-midi consacrée à notre pays. Le premier débat pose la question de son existence. Le défi n'est pas simple : présenter notre pays avec ses difficultés linguistiques et son originalité. Les invités font appel à la grande te la petite histoire, à des anecdotes et des textes poétiques. Denses, passionnées, parfois drôles, les interventions tournent autour de la complexité de notre environnement politique et culturel.

"La Belgique, c'est comme un couple dans lequel on déciderait tous les jours si on reste ou si on ne reste pas ensemble ; et c'est quelque chose qui est très porteur de vie, d'énergie" ; l'accueil réservé par les festivaliers a enchanté Jacques De Decker, écrivain.

Qualifier la Belgique ? Des mots que nous connaissons bien : imaginaire, autodérision, compromis à la belge : "Je pense que c'est dû au fait que la vision qu'on a de la Belgique depuis quelques années maintenant est en grande partie caricaturale", concède-t-il. Face au conflit, on esquive, on s'arrange, on construit des accommodements. Face à la critique, on l'intègre, on s'y identifie, on tente d'y résister.

La Belgique expliquée (ou pas)

Notre capacité à éviter la dramatisation se trouverait dans ce supposé ADN belge : le surréalisme.

Jean-Pierre Verheggen, est invité à plusieurs reprises à déclamer ses aphorismes décalés. Surréaliste affirmé, il tempère cependant l'habitude de ramener notre image artistique à ce seule qualificatif. "Il y a des surréalistes qui prolongent un mouvement daté... il faut innover, et innover, c'est prendre en compte la réalité quotidienne des Belges".

Mais il faut aussi  simplifier, parfois à l'extrême, pour que les spectateurs comprennent. David Van Reybrouck, historien, auteur et journaliste, est le seul Belge flamand à Saint Malo. Il s'interroge d'abord sur la pertinence de parler de littérature belge, alors que les auteurs invités sont francophones, et se met en porte-à-faux face à une certaine idée de la Belgique qu'il qualifie d'anachronique et de dangereuse. "Ce sont des clichés qui sont très populaires en Belgique et qui contribuent à une aliénation grandissante entre les deux parties du pays. Quand on parle des années 50; et que l'on vit à Bruxelles par exemple, on se rend compte qu'on est en réalité bien au-delà de ces questions. La pauvreté, la misère, augmentent tous les jours dans mon quartier, les gens n'en ont rien à faire des querelles linguistiques, ou des conceptions de l'absurde".

Malgré les différents points de vue, les gens applaudissent : l'entrée en matière est réussie.

"Le monde qui vient", entre la Belgique et le Congo

La Belgique francophone est venue à Saint Malo avec ses 40 auteurs et ses questionnements fondamentaux. Mais pas seulement. Les organisateurs avaient également fait le choix de mettre en lumière la situation d'un pays dont l'avenir a longtemps été lié à notre pays : le Congo.

Le public, essentiellement français, peut donc voir l'histoire d'une autre colonisation, mais dont les enjeux actuels sont universels. "Il s'y passe aujourd'hui un enjeu capital de la mondialisation, une guerre géopolitique, un grand Monopoly pour acquérir les richesses à n'importe quel prix. On est là dans le capitalisme sauvage et brutal, c'est un exemple de la mondialisation dans ses effets les plus pervers ; c'est surtout un miroir grossissant des problèmes de l'Afrique". Thierry Michel est venu présenter son film sur l'assassinat de Floribert Chebeya, militant congolais des Droits de l'Homme. Le débat est court mais les questions des spectateurs montrent leur intérêt.

Le terme central pour les intervenants est la prédation : un Etat faible et des pillages économiques entraînent la mise en place d'un système de privatisation des services et des biens, système existant dans tous les pays déshérités de la planète. "Mais le peuple congolais se sent seul, nous dit In Koli Jean Bofane, comédien et auteur belgo-congolais. Le Congo attend un élan de sympathie, de l'aide qui puisse le sortir de ses problèmes. Car l'avenir est bien sombre".

Cela ne sera certainement pas suffisant, mais c'est l'un des objectifs du Festival de Saint Malo : ouvrir les horizons et permettre de comprendre ceux qui viennent d'ailleurs et ceux qui sont proches. In Koli Bofane explique ainsi sa présence : "Amener, en tant que Belge d'origine congolaise une autre couleur, une autre rythmique, mais c'est la même musique. Il y a peut-être simplement des notes qui n'ont pas encore été entendues".

Wahoub Fayoumi

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