Fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim : ce n'est que le début d'un long processus

Ce vendredi soir, à 20h30 très précises, les agents de la centrale nucléaire de Fessenheim accomplissent un geste inhabituel : ils débutent le processus qui mettra à l'arrêt un des deux réacteurs de la centrale. A deux heures samedi matin, ce réacteur sera alors à l'arrêt. Ce n'est qu'une première étape. Le 30 juin prochain, ils en feront de même avec le deuxième réacteur. A cette date-là, la centrale de Fessenheim, la doyenne des centrales françaises, construite dans les années 70, appartiendra bel et bien au passé.

Une fermeture sur fond de polémique

La décision de fermer cette centrale a suscité pas mal de remous. Du côté du gouvernement, elle s'inscrit dans une stratégie qui "vise un rééquilibrage progressif entre les différents types d'énergies, avec une diminution progressive de la part du nucléaire". La France ne s'arrêtera pas là : après la fermeture de ces deux réacteurs, elle en fermera 12 autres d'ici 2035 sur les 59 réacteurs nucléaires qu'elle compte. Du coup, elle réduit de 20% la part du nucléaire dans sa production d'électricité. Elisabeth Borne, ministre française de la Transition écologique, défend à fond cette décision : "On ne peut pas dépendre d'une seule et unique technologie. En même temps, nous développons massivement des énergies renouvelables avec une multiplication par deux de l'éolien et par 5 du photovoltaïque d'ici 10 ans".

Mais certains craignent que pour compenser cette diminution de production, la France ne booste pas seulement les énergies renouvelables mais qu'elle se tourne aussi vers les énergies fossiles. Bruno Comby, président-fondateur de l'Association des Ecologistes pour le Nucléaire, l'AEPN, explique son point de vue : "La réalité, c'est qu'en même temps qu'on arrête cette centrale, le gouvernement a décidé de prolonger une centrale au charbon pour compenser cette perte. Est-ce un progrès, quand on désigne le réchauffement climatique comme l'ennemi public numéro un, de prolonger, de construire ou d'utiliser massivement des centrales au charbon?"

Dans la petite ville de moins de 2500 habitants, on craint surtout pour l'emploi. L'éclairage public sera d'ailleurs éteint cette nuit. Pour symboliser, selon les termes du maire de la ville, " un territoire qui n'a pas beaucoup de lueurs d'espoir".

Quelles conséquences pour la Belgique?

La fermeture de ces centrales risque bien d'avoir des conséquences chez nous. Julien Blondeau, expert en énergie et professeur à la VUB, estime que ce n'est pas une bonne nouvelle pour la Belgique, "en termes d'importation vers la Belgique, si la Belgique, un jour ou l'autre, en a besoin".

Et elle en aura besoin puisque notre pays prévoit d'arrêter toutes ses centrales nucléaires en 2025 et de les remplacer partiellement par des centrales au gaz : "Si tous les pays commencent à compter sur l'approvisionnement de l'étranger, il risque d'y avoir un problème sur le marché en termes d’interconnexion et de coût pour l'énergie".

En d'autres mots, la facture d'électricité des consommateurs risque d'être plus salée.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK