Fermeture de l’Horeca ? Télétravail obligatoire ? Couvre-feu ? "On arrive à ça par manque de responsabilité collective de certains"

Quelles mesures va-t-on prendre en Belgique pour freiner la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus ? Ce vendredi le comité de concertation qui réunit le fédéral et les entités fédérées se réunira à 14 heures au Palais d’Egmont. "Des mesures supplémentaires sont nécessaires", a affirmé jeudi à la Chambre le Premier ministre Alexander De CrooLes hôpitaux sont à un moment charnière. Ils se posent la question du report de certains soins réguliers. Les projections sont très claires. Nous allons avoir exactement la même situation dans d’autres provinces qu’à Bruxelles."

De son côté, le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke a précisé que les mesures qui pourraient être prises respecteraient certains objectifs : "maintenir les écoles ouvertes, faire en sorte que les entreprises puissent continuer leur activité, veiller à ce que les soins de santé ne chavirent pas, permettre aux personnes qui souffrent d’un cancer d’être soignées et à une personne qui doit subir une opération grave d’être admise."

Le baromètre ? Déjà trop tard !

A quoi s’attendre dès lors ? Selon Thomas Gadisseux, responsable politique de l’info à la RTBF, deux grandes questions doivent être tranchées : celle du télétravail, obligatoire ou fortement recommandé, et la question d’un couvre-feu, national, couplé ou pas à la fermeture de l’Horeca : "Il y a des choix qui devront être faits, on n’est plus dans la gestion du risque, mais bien dans la gestion de crise. Ce seront les premiers gros choix du gouvernement".

Quant au fameux baromètre, qu’on annonce depuis des semaines, il arrive sans doute déjà trop tard : "Il se basait sur 4 phases mais le nouveau commissaire Covid Pedro Falcon estime qu’on est déjà dans la phase la plus aiguë, la phase 4 : il servira ans doute plus tard, quand on pourra desserrer la vis, en fonction de l’amélioration la situation selon les régions".

Pourquoi ce durcissement soudain est-il nécessaire ? C’est que tous les indicateurs sont au rouge vif, rappelle l’épidémiologiste de l’ULB Marius Gilbert : "On a fait face à une croissance très rapide des cas, suivie d’une croissance rapide des hospitalisations, qui a entraîné une augmentation rapide des occupations de lits en soins intensifs, et qui devrait malheureusement être suivie d’une croissance des décès, qui a d’ailleurs déjà commencé. De plus, on va arriver à des niveaux de malades très difficilement gérables au niveau hospitalier, il est absolument urgent d’intervenir".

La faute à qui ?

Et pourtant, plusieurs experts ont mis en garde depuis plusieurs semaines contre cette évolution de la pandémie en Belgique, sans que cela provoque de réaction suffisante que pour inverser la tendance : "Malheureusement, on va arriver à des mesures coercitives parce qu’on n’a pas réussi à stabiliser la situation par des mesures volontaires. Ça fait des semaines qu’on essaie de sensibiliser au fait que le problème, ce n’est pas le niveau de l’épidémie, le problème qu’elle soit en croissance, qu’elle ne soit pas sous contrôle. Ce discours a eu beaucoup de mal à passer, et on a cette augmentation qui a fait tache d’huile au départ de Bruxelles et s’est propagée aux autres provinces".

La faute à ceux qui ne respectent pas les gestes barrières ? Ou aux discours de déni ?

"Il faut distinguer deux choses, estime Marius Gilbert. Il y a des gens qui ne respectent pas les gestes barrières parce que c’est compliqué pour eux, à cause de leurs conditions de vie, et qui s’exposent. Et puis il y en a d’autres qui ne les ont pas pratiqués, parce qu’elles ont préféré croire une vidéo d’un prof sur Facebook qui disait que l’épidémie était finie, ou qu’il fallait aller vers l’immunité collective, ou qui mettaient simplement leur manque de responsabilité sur le compte des cafouillages de communication - qui sont réels ! – mais ça a eu bon dos ! Et c’est aussi parfois par facilité ou manque de responsabilité collective qu’ils ne l’ont pas fait et ça amène malheureusement à la situation où on est aujourd’hui…"