Femme et conductrice de poids lourds: "Quand j'arrive sur un chantier, les hommes se demandent ce que je fais là"

C'est un métier encore perçu comme typiquement masculin : chauffeur poids lourds. Comme d'autres métiers, il tend petit à petit à se féminiser.

Néanmoins, au Forem, le nombre de femmes qui suivent cette formation reste faible : il n'atteint que 5%. Alors, verra-t-on bientôt de plus en plus de femmes au volant de camions?

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Des femmes conductrices de poids lourds : "Quand j'arrive sur un chantier, les hommes se demandent ce que je fais là" © Tous droits réservés

Marie, 21 ans, l'espère bien. Assistante en pharmacie, elle a laissé tomber son job pour réaliser son rêve : suivre la formation de chauffeur poids lourds. 

J'avais quelques peurs et réticences. Mais ce métier, c'est la liberté d'être dans mon camion et de faire mon travail comme je l'entends. 

Marie suit sa formation au centre Forem d'Houdeng-Goegnies. Fait inhabituel : le duo élève-professeur est 100% féminin.

La jeune femme est formée par Céline Renaux, l'une des deux seules formatrices féminines en chauffeur poids lourds en Wallonie. 

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Femme et conductrice de poids lourds: "Quand j'arrive sur un chantier, les hommes se demandent ce que je fais là" © Tous droits réservés

"Il faut savoir se faire respecter"

A 30 ans, Céline Renaux a déjà 10 ans de carrière derrière elle. Née dans une famille de transporteurs routiers, elle a passé son permis à 20 ans. "Quand j'étais toute petite, j'accompagnais déjà mon père dans son camion. C'est une vraie passion. C'est un virus en fait ! A mon avis, il est arrivé en moi quand je suis née (rires)". 

Quand je vois mon camion, j'ai des étincelles dans les yeux. Je vis camion, je dors camion, je pense camion !

Pourtant, faire sa place dans ce milieu très masculin n'a pas été facile. "Il faut savoir se faire respecter. Il faut de l'humour mais pas trop non plus. Ce n'est pas facile à gérer mais ça s'est fait naturellement". 

"J'ai toujours dû prouver que je savais conduire comme un homme!"

Céline n'a pas spécialement été confrontée à des remarques sexistes, mais les regards en disent long : "Quand les hommes me voyaient arriver sur le chantier avec mon camion blanc et rose, ils se demandaient ce que je faisais là". 

Étonnement de la part de l'entourage aussi : "Quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds 'chauffeur poids lourds', on me dit 'ah mais d'habitude ce sont des femmes plus castardes!' Je réponds : 'non pas spécialement'... J'ai essayé de rester femme en faisant mon métier comme un homme". 

Céline affirme avoir subi de la discrimination en passant son permis. 

"Là où un homme avait deux chances pour faire sa manœuvre, moi je n'en avais qu'une. Ils m'attendaient au tournant".    

Malgré ces obstacles, le Forem veut casser les stéréotypes et inciter davantage de femmes à franchir le pas de la formation chauffeur poids lourds. "Si on veut lutter contre les pénuries, il faut d'abord lutter contre les préjugés" soutient Thierry Ney, porte-parole du Forem.  

"La technologie fait que ce sont des véhicules de plus en plus performants et agréables à conduire. Ce métier est donc à portée de toute personne compétente, homme ou femme" ajoute Thierry Ney. 

Le métier de chauffeur poids lourds est en pénurie. Pour Marie, c'est quasiment l'assurance d'avoir un emploi à la clé au terme de sa formation.  

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