Féminisme: les femmes se font-elles la guerre?

"Mener le combat féministe", "armer les femmes avec la parole", "se défendre contre la domination masculine"… Le champ lexical de la guerre est aujourd’hui omniprésent dans la lutte contre le sexisme. "Lutter", encore un justement. Mais à chaque vague d’indignation, nouvelle publication sur le sujet, à chaque nouvelle sortie ou carte blanche, les différents mouvements féministes semblent se tirer dans les pattes plutôt que travailler ensemble dans un même but. Alors le combat pour les droits des femmes est-il devenu un combat entre les femmes ? C’était la question - volontairement un rien provocatrice - posée par Thomas Gadisseux dans Débats Première 100 % Bruxelles ce vendredi.

À question cash, réponse cash : non, les femmes ne se font pas la guerre entre elles, malgré les différentes visions du féminisme. C’est en tout cas l’opinion des intervenantes du débat : Laurence Rosier (professeure de linguistique à l’ULB), Lisette Lombé (auteure, slammeuse et formatrice), Anne Morelli (professeure d’histoire à l’ULB) et Isabelle Simonis (ministre des Droits des femmes et de l’Egalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles).

Pour Lisette Lombé, tout est dans la notion de priorité. Les mouvements féministes ont des revendications communes. Ils ne sont pas en opposition. Par contre, les différences se révèlent dans la manière dont ils axent leurs actions. Elle-même se qualifie par exemple d’afro-féministe. Elle tente de mettre en avant le racisme et le sexisme dont souffrent les femmes d’origines africaines. "Les sensibilités féministes sont différentes, mais le travail est commun", explique-t-elle. Et ces divergences de visions sont une source de réflexion, de débats qui enrichissent la cause féministe, dit-elle.

Début janvier, la sortie de la tribune "pour défendre le droit d’importuner" signée entre autres par Catherine Deneuve, Anne Morelli et un collectif de femmes, avait pourtant généré une levée de boucliers de féministes. Il était notamment reproché à l’actrice d’avoir des propos de "bourgeoise" bien loin des réalités des autres femmes. Pourtant, selon Isabelle Simonis, le phénomène de domination patriarcale dépasse clairement les classes sociales ou les origines. "Les études sur les violences faites aux femmes appuient ce propos", insiste-t-elle.

Alors pourquoi avons-nous l’impression que les groupes féministes s’opposent ?

Il y a probablement confusion car les féministes ne s’expriment pas de la même façon. Pour Lisette Lombé, c’est comme si deux voix s’opposaient : la parole individuelle et la parole collective. "La parole individuelle est plutôt de l’ordre de la dénonciation, de l’expression de souvenirs, de choses très personnelles ; alors que la parole collective communique plus sur la dénonciation du système patriarcal, et propose une société plus égalitaire, plus juste", explique-t-elle.

Sans juger qu’une parole soit plus "valide" qu’une autre, la slammeuse et formatrice pointe tout de même que "quand la parole individuelle prend plus de place dans le débat, il y a polarisation sur les personnalités, sur les mots utilisés et cela distrait des réels problèmes, des vrais enjeux".

Anne Morelli est plus catégorique : elle reproche notamment au hashtag #MeToo d’être porteur de lamentations, et de ne pas insister sur les revendications. "Or les avancées des droits de femmes se sont faites sur des revendications", estime-t-elle

Dans l’émission Débats Première 100 % Bruxelles, Thomas Gadisseux et ses invitées ont également abordé la polémique concernant le colloque organisé ce 8 mars à l’initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles et des pistes de solution ou de réflexion pour faire avancer la lutte pour les droits des femmes.  

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