Féminicides: 93 femmes tuées depuis 2017 par un (ex) mari, un frère ou un (ex) compagnon

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Illustration - © LOIC VENANCE - AFP

En Belgique, 93 femmes sont mortes des suites de violences depuis début 2017. Pour Céline Caudron, présidente de la plateforme contre les violences faites aux femmes, ces décès doivent être qualifiés de féminicide. "Ce sont des meurtres avec ou sans préméditation qui sont commis sur des femmes parce que ce sont des femmes, par des hommes qui veulent les dominer, les faire taire."

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En France, le président Emmanuel Macron et son gouvernement ont décrété une mobilisation générale contre les violences à l’encontre des femmes. Les autorités ont chiffré à 329 le nombre de femmes décédées dans l’hexagone à la suite de violences sexistes. Coté belge, rien de semblable en termes de mobilisation, même sur le plan symbolique.

La Belgique s’est pourtant elle aussi engagée à respecter les recommandations de la Convention d’Istanbul, un texte du Conseil de l’Europe en application depuis 2016. Les constatations des associations actives sur le terrain sont sans appel, concrètement peu d’éléments ont été pris en compte.

La Belgique en retard pour l’application des recommandations du Conseil de l’Europe

Dans le rapport d’évaluation alternatif publié dans le cadre de la plateforme contre les violences faites aux femmes, il ressort qu’à peine 20% des articles repris dans la Convention d’Istanbul ont été mis en œuvre, le reste soit n’a pas été appliqué ou a été mal appliqué.

Pour Céline Caudron, présidente de la plateforme soutenue par une soixantaine d’associations, il faut agir rapidement en agissant sur trois axes complémentaires : " A la fois la prévention des violences, pour qu’elles n’arrivent pas, c’est quand même le principal. Puis il y a tout ce qui est protection et accompagnement des victimes lorsque les violences sont là. Et puis il y a tout ce qui concerne les poursuites et la responsabilisation des auteurs. Et le tout doit se faire dans le cadre de politiques coordonnées entre les différents niveaux de pouvoir. Tout cela est marqué dans la Convention d’Istanbul (Conseil de l’Europe) et on en est encore très loin en Belgique ".

Les violences conjugales à l’origine de 80% des féminicides

Sur le terrain, les femmes en danger peuvent obtenir de l’aide dans le cadre de centres agréés et subsidiés par les pouvoirs publics. Les adresses de ces refuges restent confidentielles pour des raisons de sécurité.

Frederic Benne dirige l’un des centres situés en région bruxelloise. Son institution permet d’accueillir en formule d’hébergement 58 personnes, des femmes mais aussi des enfants. Car les femmes en danger ne quittent généralement pas leur domicile sans leurs enfants.

Pour Frédéric Benne, les violences conjugales sont la cause la plus fréquente de féminicides. Dans près de 80% des cas, c’est un partenaire ou un ex-partenaire qui passe à l’acte. Il faut dans ce cadre distinguer les violences conjugales d’un simple conflit dans le couple : "dans tout couple il y a parfois un conflit conjugal, on se dispute pour l’une ou l’autre chose mais les violences conjugales c’est un processus qui s’inscrit dans la durée avec la volonté d’un des partenaires d’avoir le contrôle sur l’autre et de le conserver. Cela se traduit par des violences multiples de nature physique mais aussi psychologique allant jusqu’à l’imposition de privations, de retenues financières ou d’interdiction de se déplacer, de travailler etc…"

Aider aussi les auteurs à se responsabiliser

Aujourd’hui tous les acteurs de terrain s’accordent pour dire qu’il faut agir sur plusieurs éléments pour arriver à des résultats. L’association "Praxis" s’occupe en particulier des auteurs de violences. Ils viennent parler de leur situation et apprennent à mettre des mots sur leurs ressentis, une première étape importante pour prendre conscience de leur comportement et de ses conséquences.

D’ici quelques semaines, des experts du Conseil de l’Europe seront en Belgique pour évaluer l’application de la Convention d’Istanbul. Et en novembre, les associations manifesteront à Bruxelles à la veille de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes.

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