Féminicide : pourquoi certaines femmes battues restent avec leur compagnon ?

Un nouveau féminicide a eu lieu en Belgique cette semaine à Assesse. L’autopsie a révélé que la femme était décédée à la suite des coups portés contre elle par son compagnon. Dans cette affaire, "le compagnon de la victime présente de nombreux antécédents judiciaires, notamment pour des faits de violence sur la victime", précise le parquet. Mais alors pourquoi la victime est-elle restée avec cet homme violent malgré les coups ? Pour mieux comprendre ce phénomène, nous avons rencontré une victime qui nous explique qu’il est plus difficile de s’éloigner qu’on ne le croit.

"Aucune porte ne s’ouvre"

Aline a vécu 25 ans avec un homme violent. Elle a échappé à la mort. Se séparer, partir, elle y a pensé de nombreuses fois, mais ce n’était pas si simple : "Pourquoi ça a duré 25 ans ? Parce que quand vous êtes une maman avec 3 enfants derrière vous et que vous êtes sous l’emprise, la peur, la crainte… Que vous demandez de l’aide et qu’aucune porte ne s’ouvre. Alors vous retournez dans votre routine… Il m’est déjà arrivé de prendre mes enfants sous le bras et d’aller dans une maison d’accueil, mais qu’elle soit complète et qu’il n’y ait pas de place pour moi. Mais là… Quand vous rentrez chez vous… C’est une catastrophe…", confie-t-elle.

Comprendre, et aider

Selon le procureur du Roi de Namur, Vincent Macq, il faut dégager des moyens pour encadrer les victimes de violences conjugales : "Comment les aider ?" s’interrogeait-il suite à ce nouveau féminicide à Assesse, "comment empêcher une victime de reprendre contact avec son agresseur ?" C’est une question à laquelle tente de répondre Sandrine Bodson, criminologue. Elle côtoie tous les jours des femmes victimes de violences, et elle donne des formations aux professionnels du secteur. Et elle l’admet volontiers : le cycle de la violence est difficile à comprendre. "Il y a eu un moment donné une rencontre, un couple qui s’est créé, qui a eu des enfants, avec une socialisation qui leur est propre. Et donc quitter quelqu’un c’est compliqué… Cet homme n’est pas qu’un bourreau. On est face à des phases de lune de miel, de tensions, d’accalmies, et donc le quotidien il est fait de va-et-vient constamment", explique Sandrine Bodson.

Sans parler des dépendances économiques, psychologiques et sentimentales… Face à cela, difficile de savoir comment réagir. Selon Vincent Macq, "Ces victimes qui se trouvent dans ce lien de dépendance doivent absolument être aidées, et ce qui existe actuellement, qui sont des lieux d’accueil, qui font un travail formidable, n’est pas suffisant. Il y a des tas de victimes qui ne vont jamais franchir ces portes, qui ne vont jamais décrocher leur téléphone. Il faut pouvoir aller vers elles parfois dans des lieux difficiles, il faut pouvoir leur dire qu’elles peuvent briser ce lien de dépendance, il faut faire un travail long, et intensif sinon il ne mène à rien."

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