Faut-il s'inspirer de l'hygiène des tatoueurs ?

Faut-il s’inspirer de l’hygiène des tatoueurs ?
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Faut-il s’inspirer de l’hygiène des tatoueurs ? - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Avec l’enclenchement de la phase 2 du déconfinement, plusieurs lieux comme les salons de coiffure et d’esthétique pourront rouvrir leurs portes à leurs clientèles mais avec une inquiétude primordiale : se protéger soi-même et ses clients. Autrement dit : éviter la transmission croisée, les tatoueurs, qui eux aussi peuvent rouvrir, savent pertinemment comment l’éviter.

Leur profession est soumise à des conditions d’hygiène drastiques et très strictes. Si bien que la réouverture les inquiète moins que d’autres. Quelques adaptations seront cependant nécessaires.

Une réouverture providentielle

Depuis le 18 mars, jour du confinement, le salon de tatouage liégeois : " Coup de Foudre Tattoo " est totalement fermé. Ses trois tatoueuses : Lunie Chan, Nuala et Gorska n’ont plus vu la tête d’un seul client depuis. Tous leurs rendez-vous ont été reportés à des dates indéterminées et on s’attend déjà à devoir faire preuve d’efficacité sur la réouverture, car la liste d’attente est longue et continue de s’allonger.

Lunie Chan l’affirme : " J’espère personnellement rouvrir au plus vite, même si nous n’avons plus de grosses commandes de matériel à payer pour le moment, les factures d’abonnement ou loyer tombent toujours. " Elle bénéficie bien du droit passerelle, mais attend toujours une réponse sur l’aide Wallonne de 5000€ qui se fait attendre.

Ces artistes trépignent d’impatience à l’idée de rouvrir. Eux qui tournent en rond sans une charge concrète de travail à effectuer comme le partage Nuala sur sa situation en confinement : " J’en ai profité pour réaliser de nouveaux flashs (des tatouages préfaits par l’artiste que chacun peut acheter [NDLR]) qui seront disponibles à la réouverture et également pour réfléchir à des idées de print et de t-shirt. Au final le métier ne me quitte jamais vraiment il fait partie de moi. "

Leur salon a le droit de rouvrir dès ce lundi 18 mai. Lunie Chan rassure : " Contrairement à d’habitude les clients ne pourront plus entrer à leur guise pour avoir des renseignements. Seuls ceux qui ont rendez-vous pourront accéder au shop, selon certaines conditions (déjà précisées en partie dans mes précédentes réponses). De mon côté je vais reprendre les RDV mais ça ne sera probablement pas au même rythme qu’avant. "

Le shop fonctionnera en shop privé.

Du côté du Conseil National de Sécurité, on a précisé aujourd’hui que :

  • le port du masque sera obligatoire pour les clients, comme pour les professionnels,
  • la distanciation sociale sera de mise entre les clients
  • les rendez-vous sont obligatoires.

Pour que les consignes soient claires, nos tatoueuses ont publié ce communiqué ci-dessous sur leur page Facebook.

Nettoyer, balayer, astiquer… Désinfecter !

Un salon de tatouage, c’est un endroit où on peut rester longtemps et avoir quelques sueurs froides sous la douleur que provoque une aiguille. Pour éviter que l’endroit ne soit un lieu de contamination, même sans coronavirus dans l’air, il doit respecter une liste de conditions d’hygiène que liste le SPF Santé Publique.

Le professionnel :

  • accueille le client dans un local propre, non-fumeur, interdit aux animaux, séparé de la salle d’attente et spécialement aménagé.
  • se lave les mains avant chaque client.
  • utilise obligatoirement du matériel à usage unique et respecte les techniques de stérilisation. Le matériel stérile sous emballage est ouvert devant vous ; Le professionnel stérilise les bijoux à l’aide d’un autoclave de classe B. C’est un appareil conçu pour stériliser à la vapeur d’eau sous pression des objets pleins ou creux ou poreux, emballés ou non.
  • porte des gants à usage unique pour en pas risquer de contaminer ou d’être contaminé par des infections virales ou bactériennes.
  • s’assure que le client n’a pas consommé d’alcool, de drogues ou de médicaments qui pourraient influencer sa capacité de décision.

Mais les tatoueurs en ajoutent une série, comme le précise Lunie Chan : " Nous faisons très attention aux normes d’hygiène, c’est évidemment très important dans notre métier de faire attention à tout risque de transmission de maladies par le sang. Entre la désinfection du matériel et des surfaces entre chaque client, l’hygiène des mains régulière, les gants changés de manière tout aussi régulière, le matériel à usage unique comme les buses, les aiguilles ou les consommables (papier essuie tout, gobelet, rasoirs etc.), le ménage du shop est aussi quotidien.

Nous sommes déjà habitués à prendre nos précautions et comprenons parfaitement les risques de transmission croisée.

On est très proche d’une hygiène médicale. " précise même Nuala. Et pour s’en rendre compte, nous posons la question du côté de l’IFAPME de Liège où s’organise une formation intitulée : " Prévention et hygiène pour les activités de tatouage, piercing et de maquillage semi-permanent et permanent ". Sa formatrice (qui souhaite rester anonyme), rejoint l’avis de Nuala, de fait, elle est infirmière relais en soins de plaies.

Dans la formation qu’elle donne, elle rappelle que chaque jour, le salon doit être nettoyé " un peu comme à la maison " mais qu’une fois par semaine minimum, il doit être désinfecté dans tous les recoins. L’utilisation d’un matériel jetable est obligatoire (sauf dans de rares exceptions) et l’encre doit être stérile, tout comme les gants. La table sur laquelle repose le client doit être systématiquement désinfectée après chaque passage à l’aide d’un produit qu’on utilise également dans les hôpitaux, puis cette même table doit être recouverte de cellophane.

Quand il faut travailler sur une zone recouverte de pilosité, on impose de tondre (et non de raser) pour éviter même les microcoupures et les lames de tondeuses peuvent être à usage uniques.

Quelques conseils de sécurités pour les coiffeurs

Pour les coiffeurs, l'infirmière de l'IFAPME de liège suggère plusieurs points d’attention :

  • Désinfection des outils et du siège entre chaque client
  • Utilisation de tondeuses avec lames à usage unique
  • Port de gants pour le coiffeur à changer entre chaque client
  • Interdiction de procéder à des rituels de rasage à une lame pour les hommes

Reste à voir si les coiffeurs ont la possibilité de se fournir en matériel (les lames de tondeuses à usage unique sont chères et rares, faut-il encore avoir la tondeuse adaptée) et s’ils seraient prêts à se plier à des règles si drastiques.

Toujours plus blanc que blanc ?

On ne va pas parler de chambre stérile pour un salon de tatouage, mais dans le cadre d’une pandémie, notre formatrice se veut volontairement maniaque. Elle insiste sur l’importance de la répétition systématique d’une procédure de nettoyage intense.

Selon elle, on peut proposer à un tatoueur d’utiliser des gants et des masques (ça c’est forcément obligatoire) mais d’en plus ajouter un tablier à usage unique, jetable et à longues manches. On peut aussi ajouter des lunettes de protection. Bref, d’appliquer aux tatoueurs pratiquement les mêmes conditions de vie qu’une infirmière en hôpital.

Bien choisir son tatoueur

Du côté des tatoueurs on insiste sur le fait que si ces conditions d’hygiènes ne sont pas évidentes pour vous, il faut prendre le temps de poser les bonnes questions en prenant contact avec un salon. Soyez attentif au tatoueur à qui vous confiez votre projet. Un tatouage a effectivement un coût, c’est non seulement lié au matériel, aux diverses taxes, au temps de travail, mais aussi à l’expérience et au savoir-faire de l’artiste. " rappelle Nuala.

Il y a énormément de pseudo-tatoueurs et de tatoueurs au noir qui profitent de l’ignorance des gens

Ce savoir-faire s’acquiert tant sur la qualité de votre dessin que sur comment il saura vous accueillir dans son salon. Gorska ajoute : " Être tatoueur demande des années d’expérience, de persévérance. Le tatouage est en perpétuelle évolution. […] Respectons les tatoueurs pour leur professionnalisme et leur art. Vous pouvez les soutenir en partageant leur page internet, si leur travail vous plaît, prendre rendez-vous pour un tattoo ou acheter leurs créations. Mais n’oubliez pas de toujours bien prendre vos informations avant de vous faire tatouer. "

Vous pourrez retrouver ces informations, notamment, sur le site du SPF Santé Publique pour éviter les mauvaises surprises.

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