Faut-il protéger le patrimoine des campagnes en Wallonie ?

Faut-il protéger le patrimoine des campagnes en Wallonie ?
Faut-il protéger le patrimoine des campagnes en Wallonie ? - © Tous droits réservés

L’Assemblée nationale française vient de voter, ce 30 janvier, une proposition de loi introduisant la notion de "patrimoine sensoriel des campagnes" dans le droit français. Pour protéger les "bruits et les effluves" des zones rurales.

En Wallonie, la Fugea, Fédération unie des groupements d’éleveurs, voudrait que l’on en fasse autant.

Le coq Maurice

Si nos voisins français ont voté cette loi, c’est que les litiges se multiplient dans les campagnes. Le plus emblématique est celui qui a opposé le Coq Maurice et sa propriétaire à ses voisins.

C’est en 2017 que tout a commencé. Comme tous ses congénères, Maurice chante au petit matin. Normal. On est à la campagne, dans le petit village de Saint-Pierre d’Oléron, en Charente-Maritime. Cela fait des siècles que c’est comme ça, et tous les habitants s’en sont accommodés. Tous ? Pas les voisins de Maurice et de sa propriétaire, qui ont intenté une action en Hustice pour nuisances sonores.

C’est un couple de retraités. Leur maison est leur résidence secondaire, ils sont rarement là, mais quand ils y sont, le chant du coq les dérange, en bons néoruraux, urbains de souche, pas du tout habitués à ce bruit si doux de nos campagnes. L’honnêteté nous oblige à dire cependant que le coq se trouve à moins de 3 mètres de leur chambre et qu’ils habitent dans un lotissement, à l’entrée du village.

Dans sa décision, en septembre 2019, le tribunal de Rochefort a débouté les plaignants. Maurice peut continuer à chanter.

Le plus célèbre coq de France est devenu le symbole d’une ruralité en danger. Sa propriétaire a reçu un large soutien, y compris de la part du maire du village, qui avait pris un arrêté pour préserver "les modes de vie liés à la campagne, notamment pour ce qui concerne la présence des animaux de la ferme".

Le patrimoine sensoriel des campagnes est donc désormais protégé en France. De même que les agriculteurs, des actions en Justice entamées par les néoruraux. Désormais, ceux-ci devront supporter les chants du coq, des cigales, cloches des églises, odeur de fumier et autres, puisqu’ils ont choisi de s’installer à la campagne.

Et en Wallonie ?

L’affaire de l’agriculteur de Maransart (Lasne) a fait grand bruit en novembre 2019. Alors qu’il était sur son tracteur un dimanche, profitant d’une accalmie de la météo, son voisin s’est plaint des nuisances sonores que cela entraînait, lui demandant de faire un effort. Georges Focke l’agriculteur en question, a publié avec humour réaction sur Facebook : "C’est le première fois en trente ans que l’on me dit que mon tracteur faisait trop de bruit […] J’ai donc pris l’initiative de faire des panneaux que j’ai placé dans ma rue pour expliquer les contraintes de la campagne".

Selon Georges Focke, cet épisode n’est qu’un tout petit exemple de ce que vivent aujourd’hui les agriculteurs au quotidien.

Un décret wallon pour le patrimoine rural ?

Va-t-on pour autant légiférer ? C’est ce que souhaite la FUGEA, la Fédération unie des groupements d’éleveurs. Hugues Falys, son porte-parole : "Les nouveaux arrivants dans les villages sont parfois un peu exigeants. Ils ont quitté la ville pour le calme de la campagne et n’acceptent pas le moindre désagrément. Nous voulons communiquer positivement et surtout vers le politique pour qu’ils reprennent la balle au bond par rapport à ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale française, d’inscrire dans textes de loi que le patrimoine sensoriel a sa place dans le monde rural. Le politique s’engage couramment pour défendre l’agriculture familiale. Si on veut protéger les quelques agriculteurs qui restent, il faut s’engager dans cette voie-là".

Willy Borsus, le ministre wallon de l’Agriculture ne l’envisage pas à ce stade. "Je suis favorable à la réalisation de chartes dans les communes pour que chacun soit bien conscient qu’il faut respecter le travail et la vie des autres. A la campagne, effectivement il y a le tracteur qui passe, il y a les vaches dans les champs et cela fait partie de notre ruralité".

Willy Borsus n’exclut pas cependant de légiférer si cela s’avérait utile : "On pourrait imaginer un décret, mais commençons par une charte et si nécessaire, je suis favorable à un texte qui viendrait rappeler ce qu’implique la vie agricole, les animaux, tout ce qu’on observe depuis des siècles et qu’on doit accepter si on vient vivre à la campagne, même s’il ne faut pas d’excès non plus".

Certaines communes ont déjà adopté ces chartes de bon voisinage. C’est le cas à Assesse. Dany Weverbergh, son bourgmestre : "Une charte est distribuée aux nouveaux habitants pour leur indiquer quelles sont les 'nuisances' qu’ils doivent accepter et demander aux agriculteurs de faire en sorte que les nuisances ne soient pas trop importantes".

Le paysage rural wallon a changé. Vu la densité de la population en Belgique, les prix à la hausse en ville et les envies de calme, de plus en plus citadins viennent s’y installer. Depuis 1980, le nombre d’exploitations agricoles a chuté de 70%. Mais ceux qui restent en activité n’ont pas envie d’être mis en difficulté par les néo-ruraux.

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