Faut-il laisser les enfants jouer à "Fortnite", le jeu vidéo à la mode?

Le phénomène Fortnite
Le phénomène Fortnite - © Ethan Miller - AFP

Après la folie "Pokémon Go", après la furie "Hand spinner", voici le nouveau phénomène du moment : le jeu vidéo "Fortnite" , en ligne, dont tout le monde parle... En quelques mois, il a réussi à séduire plus de 45 millions de joueurs dans le monde. 
Un jeu gratuit, déconseillé" aux moins de 12 ans, mais beaucoup de jeunes enfants y sont accros. On en parle avec Bruno Humbeeck, psychopédagogue, chercheur au service Sciences de la famille à l'UMons.

Fortnite, c’est bien plus qu’un "simple" jeu vidéo ?

C’est le principe des jeux qui créent un univers total, c’est un peu comme Tolkien, le créateur du Seigneur des anneaux.  L’exploration d’un "monde", c’est particulièrement attractif pour un adolescent, voire un enfant. Un "monde" qu’il va devoir maîtriser et dans lequel il va devoir réaliser une épopée. L’épopée est l’une des manières pour devenir un héros et c’est ce que permet en fait ce type de jeu dans un univers virtuel. 

Et donc, ce n’est pas étonnant que les ados soient friands de vidéos qui montrent d’autres joueurs en action ?

Tout à fait, c’est une communauté. Une communauté qui va s’intéresser à la même chose, une communauté réelle ; et là les parents doivent bien le savoir, on n’est pas seulement dans le virtuel. Ce sont aussi des enfants qui se retrouvent à l’école, qui discutent de leur évolution dans le jeu, etc. 

C’est une communauté réelle qui s’inscrit autour de l’espace virtuel, c’est pour ça que parfois ceux qui sont privés de ce type de jeux se sentent un peu à l’écart des communautés réelles dans les classes.

C’est fréquent ce type d’exclusion ?

Si 80 % d’une classe joue à un jeu et que vous n’y jouez pas, c’est un peu compliqué d’adhérer à cette communauté. Les gens vont  commencer à parler de choses que vous ne comprenez pas et ça aura tendance à, un peu, marginaliser l’enfant. Ça n’est pas dramatique mais il ne faut pas imaginer que c’est une bonne chose de vouloir, à tout prix, préserver l’enfant ; s’il est attiré, laissez le jouer.

Utilisez ce qu’on appelle les 3 A : autorégulation, alternance et accompagnement. L’autorégulation : il faut que des exigences soient fixées clairement, que l’enfant soit en mesure de réguler lui-même son "temps d’écran". L’alternance : évidemment pas que des écrans. L’accompagnement : ça ne signifie pas qu’on doit jouer avec l’enfant et certainement pas à sa place. Mais s’intéresser aux jeux auxquels ils jouent. Exemple en lui demandant : "T’as fait une bonne partie ? Raconte-moi un peu ?" Et bien on favorise une alliance avec l’enfant autour du jeu, ça limite très fort les risques d’addiction, qui en réalité n’existent pas. C’est une appétence très forte, mais pour les enfants et les adolescents, ça n’est pas une addiction par rapport à ces jeux.

Fortnite est déconseillé aux moins de 12 ans, selon le système de classification PEGI. Or il a beaucoup de succès chez les enfants, dès 8-9 ans. Est-ce que les parents doivent se méfier de ce jeu ?

Non, selon moi pas du tout parce que l’enfant sait qu’il est en train de jouer. Celui qui, à mon époque, jouait aux cowboys et aux indiens, il prenait son doigt pour faire une arme. C’est le même mécanisme. Les enfants savent très bien qu’ils ne tuent personne, qu’on est dans un environnement dans lequel on va simplement jouer "à y croire", si vous n’y croyez pas du tout, ça n’a pas d’intérêt parce que vous ne serez pas sous tension. C’est un des mécanismes qui fait que le jeu fonctionne, en créant de l’hypervigilance ; vous êtes très tendus parce qu’il y a des gens qui peuvent vous tirer dessus et que vous devez, vous aussi, atteindre des cibles. Mais l’enfant sait qu’il joue.  Le virtuel, ce n’est pas le réel.

Contrairement à ce qu’on pense souvent, les jeux vidéo sont éducatifs...

Il n’y a pas de jeu vidéo idiot ; ce sont même des niches de développement cognitif très intéressantes. Un enfant qui joue à Fortnite ou à Call of Duty développe son intelligence stratégique, analytique et procédurale qui sont les types d’intelligence dont on a le plus besoin dans le monde de l’entreprise. Si vous mettez sur votre C.V. : " Je dispose d’une intelligence stratégique, analytique et procédurale dont votre entreprise pourrait avoir grandement besoin ", ça sonne mieux que "Je joue à Call of Duty", mais c’est la même chose ! 

Il est temps que les parents s’intéressent un peu plus aux jeux vidéo ?

Ce que les enfants, les ados attendent c’est qu’on s’intéresse à leur univers. La pire des choses qu’on peut faire, c’est leur donner l’impression qu’ils ne font rien quand ils sont dans cet univers-là.

Présentation du jeu

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK