Faut-il interdire les casques audio et les oreillettes à vélo ?

Mardi soir, un cycliste de 25 ans a perdu la vie à Wielsbeke, en Flandre occidentale. Selon le Parquet de Courtrai, le cycliste victime de l’accident " portait des écouteurs et n’a pas vu la voiture arriver. Il n’a pas pu s’arrêter et a été percuté ". Cet accident relance le débat : faut-il légiférer pour interdire aux cyclistes le port de casques audio et d’oreillettes ? Dans la presse flamande, le gouverneur de la Province d’Anvers se dit favorable à une interdiction. En Belgique, aucune statistique ne permet d’établir un lien entre port du casque audio et accidents chez les cyclistes.

52% des 18-34 ans écoutent de la musique à vélo

C’est une tendance qui s’est installée depuis quelques années, de plus en plus d’usagers de la route utilisent des écouteurs ou des casques audio lorsqu’ils se déplacent. Selon la dernière enquête nationale de sécurité routière, réalisée en 2020 par Vias, l’institut de sensibilisation à la sécurité routière, 26% des cyclistes reconnaissent utiliser un casque audio ou des écouteurs en circulant. Chez les 18-34 ans, cette proportion grimpe à 52%.

L’an dernier, 72 cyclistes ont perdu la vie en Belgique. Aucune statistique ne permet de savoir combien parmi eux écoutaient de la musique au moment de l’accident qui a causé leur décès. Le formulaire d’enregistrement des accidents ne prend pas en compte cette possibilité. Par ailleurs, aucune réglementation belge n’interdit de porter un tel casque et d’écouter, par exemple, de la musique en roulant à vélo. Toutefois, les cyclistes devraient réfléchir à l’opportunité d’utiliser un casque audio. Vias, l’institut de sécurité routière le déconseille. " A vélo, je ne le conseillerais jamais, parce que, à vélo, vous avez besoin d’entendre tout ce qui se passe, que ce soit derrière vous ou à côté de vous, certainement dans un environnement urbain. A vélo, même en tant que piéton, il y a plusieurs études qui ont montré qu’être coupé des bruits de la circulation, ce n’est jamais une bonne idée. Ce sont des informations dont vous avez besoin en tant qu’usager faible. Donc, on le déconseille fortement ", explique Benoît Godart, porte-parole de Vias. Pour les cyclistes qui seraient incapables de se passer de leur casque audio, Vias conseille de régler le volume à un niveau bas, qui permet d’entendre les bruits de moteur, par exemple, ce qui risque d’être parfois compliqué. " Il y a aussi de plus en plus de voitures électriques. Déjà sans oreillettes, on entend juste un petit roulement. SI vous avez des oreillettes, c’est encore plus dangereux ", constate Benoît Godart, de Vias.

Aller vers une interdiction des oreillettes et casques audio à vélo ?

Il n’a jamais été question en Belgique d’interdire l’utilisation de casques audio ou d’oreillettes à vélo. Suite à l’accident dont un cycliste a été victime à Wielsbeke, le gouverneur de la Province d’Anvers, Cathy Berx, par ailleurs présidente du Forum flamand de sécurité routière, a été interrogée par nos confrères du Nieuwsblad. Dans le passé, elle avait déjà lancé un appel à l’interdiction des oreillettes à vélo. Consciente de la difficulté de contrôler une telle interdiction, elle appelle à la prudence : " J’espère que chacun mettra spontanément de côté ses oreillettes, particulièrement les ados qui ont repris le chemin de l’école à vélo ", a déclaré Cathy Berx.

Dans d’autres pays, la législation sur le port du casque audio ou des oreillettes est plus stricte. En France, porter un tel casque est interdit aux cyclistes, tout comme aux automobilistes. C’est la même chose en Espagne. En Allemagne, ce n’est pas interdit mais l’utilisateur doit s’assurer que le volume d’écoute n’empêche pas d’entendre les bruits ambiants. En cas d’accident, le cycliste porteur d’un casque court le risque de voir son assurance responsabilité civile limiter son action ou de se voir reprocher une part de responsabilité par la partie adverse. D’autres pays comme l’Autriche ou la Suisse ont des règles similaires. Enfin, certains pays n’autorisent l’utilisation que d’une oreillette, laissant une oreille " libre " pour capter les bruits ambiants.
 

Tous les usagers faibles devraient se méfier des casques audio et des oreillettes.

Si les cyclistes sont plus vulnérables lorsqu’ils s’isolent des bruits de la circulation pour écouter de la musique, les autres usagers faibles le sont tout autant. " Si vous interrogez les conducteurs de bus à Bruxelles, ils vous diront que le comportement des piétons est devenu plus risqué, plus dangereux ces dernières années parce que certains traversent oreillettes sur les oreilles, un peu n’importe comment ", explique Benoît Godard.

En Belgique, aucune statistique ne permet d’établir un lien entre usagers faibles accidentés et utilisation de casques audio ou d’oreillettes. Cependant, le bon sens recommanderait qu’on s’abstienne de se couper des bruits ambiants, qu’on soit cycliste, piéton, à trottinette, en roller, sur un gyropode, un hoverboard ou tout autre engin de mobilité, en particulier là où la circulation est dense, comme en milieu urbain.

 

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