Faut-il euthanasier ce chat ? Comment la Flandre s'est passionnée pour le destin de "katje Lee"

Il s’appelle Lee, il vient du Pérou et sa vie est en sursis. Le félin au pelage tigré est en Belgique depuis quelques semaines seulement. C’est Selena Ali, 23 ans, qui l’a ramené d’Amérique du Sud où elle était partie faire un stage dans le cadre de ses études en psychologie.

Problème : celle qui est aussi candidate à l’élection de Miss Belgique n’a pas fait vacciner son chat contre la rage dans les temps. En principe, Lee aurait dû rester au Pérou pendant trois mois suivant la date de vaccination. Mais le départ de Selena s’est fait un peu en catastrophe, à l’heure où les frontières se fermaient peu à peu face à l’épidémie de coronavirus.

Les coussinets de Lee venaient à peine d’effleurer le sol belge… et voilà que l’AFSCA s’en mêle. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire estime que le chaton n’a pas montré patte blanche à son arrivée. Ordre est donné d’euthanasier au plus vite cet animal qui pourrait être porteur de la rage.

Il existe un réel danger que cet animal développe la rage

Un agent de l’AFSCA s’est même rendu chez Selena, à Stabroek (province d'Anvers), accompagné de la police pour saisir Lee en début de semaine. Mais, comme le rapporte la VRT, la jeune fille avait pris soin de cacher son petit protégé.

Bien décidée à ne pas jouer au chat et à la souris, l’Agence passe à la manière forte. Elle intente une action en justice et exige une astreinte de 5000 euros par heure tant que Lee n’aura pas refait surface.

Pour l’AFSCA, c’est avant tout une question de santé publique. Philippe Houdart, responsable de la prévention et de la sensibilisation et vétérinaire, explique dans un communiqué : "Nous sommes ici absolument convaincus qu’il existe un réel danger que cet animal développe la rage et qu’il pourrait y avoir des victimes. Dans les circonstances actuelles, l’euthanasie est la seule option pour nous, même si nous le regrettons."

"Aussi difficile que cela puisse être, l’AFSCA doit appliquer les règles, qui sont les mêmes pour tous. La Belgique est exempte de la rage depuis 2001 et cela doit le rester", déclare pour sa part Steven Van Gucht, responsable du Laboratoire National Belge de Référence pour la Rage.

Car la rage est une maladie mortelle et "il n’existe aucun test qui puisse montrer si l’animal est porteur du virus ou non".

Par ailleurs, poursuit Steven Van Gucht, "une vaccination ne protège pas contre la maladie si l’animal a déjà été exposé avant celle-ci. La maladie peut parfois se développer plusieurs mois après, c’est pourquoi nous devons toujours supposer qu’un tel animal est peut-être infecté, même s’il possède des anticorps et semble être en bonne santé".

Une mise en quarantaine ?

Entre-temps, l’affaire a pris de l’ampleur. Ben Weyts (N-VA), le ministre flamand en charge du Bien-Être animal, et l’association de défense des animaux Gaia s’en mêlent. Leur avis est le même : Lee ne doit pas être euthanasié. Ben Weyts propose ainsi que le petit chat soit mis en quarantaine en Belgique. Mais, note le ministre cité par la VRT : "L’AFSCA dit toujours non. Je trouve cela totalement incompréhensible."

Pour l’Agence, une mise en quarantaine sur le sol belge est inenvisageable à l’heure actuelle. "Cela doit être fait dans une installation séparée, avec toutes les mesures de protection et de sécurité nécessaires en place. Actuellement, il n’y en a pas dans notre pays", rétorque Philippe Houdart.

La justice, qui visiblement n’avait pas d’autres chats à fouetter, a été saisie. Une audience s’est tenue ce vendredi au tribunal d’Anvers pour trancher le litige opposant l'AFSCA et Selena. La jeune fille a d’ailleurs été accueillie sous les applaudissements de quelques amis des animaux venus la soutenir. L’affaire a été renvoyée au 29 mai prochain.

"Team Lee" vs. "Team FAVV"

En attendant, "Katje Lee" est devenu un sujet de conversation à part entière au nord du pays. L’animal a droit à ses reportages dans les journaux télévisés et ses articles de presse. Comme une sorte d’échappatoire à l’heure où l’actualité ne parle que de coronavirus, de port du masque et de déconfinement.

L’opinion est divisée en deux camps, la "team Lee" d’une part et la "team FAVV" (pour "Federaal Agentschap voor de veiligheid van de voedselketen") d’autre part.

"En moins d’une semaine, cette histoire a pris des proportions sans précédent", écrit Het Laatste Nieuws ce vendredi soir.

Laat Lee Leven

Sur les réseaux sociaux, le mot-clé "KatjeLee" faisait partie des plus utilisés ces dernières heures. Surfant sur la vague, une marque de prêt-à-porter a même fait imprimer des t-shirts avec ce slogan "Blijf van mij poesje" ("Ne touche pas à mon chat").

Plusieurs personnalités ont aussi apporté leur soutien au petit chat et à Selena. Le tout au son de "Laat Lee leven" ("Laissez Lee vivre"), comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous.

Et Lee dans tout ça, qu’en pense-t-il ? Il se tait dans toutes les langues (au chat), mais ronronne dans les bras de sa maîtresse. Celle-ci en est persuadée : Lee n’a pas la rage… et il a le droit de vivre.

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