Faut-il dépénaliser l'usage des drogues en Belgique?

La loi belge en matière de drogues a 100 ans ce mercredi. Une politique prohibitive qui n'est plus adaptée à la société actuelle, selon de nombreuses associations. Comme le Portugal, faut-il décriminaliser l'usage de toutes les drogues en Belgique? Pour en parler sur le plateau de CQFD: Sarah Fautré, coordinatrice de Liaison Antiprohibitionniste asbl et Mathieu Bihet, délégué général du MR.

Une loi centenaire

Signée le 24 février 1921, cette loi régit la détention et le trafic de stupéfiants. Une politique prohibitive, puisqu'elle interdit de produire, transporter, vendre, acheter mais aussi posséder des substances illicites, y compris pour consommation personnelle. En vigueur depuis un siècle, cette loi n'a jamais été modifiée. Regroupées au sein du mouvement #STOP1921, une cinquantaine d'associations réclament aujourd'hui une refonte de la politique fédérale sur les drogues.

L'asbl Liaison Antiprohibitionniste en fait partie et porte ce débat depuis plus de 30 ans. Pour sa coordinatrice, "il est inutile de criminaliser les usagers et ne pas poser la question de la santé publique, du droit à disposer de son corps mais aussi de l'économie parallèle". Sarah Fautré demande aujourd'hui un débat parlementaire permettant la décriminalisation de l'usage des drogues, suivi d'une évaluation des différents modèles existants à l'étranger.

Une évaluation à venir au Sénat

"Il faut évaluer cette loi qui a 100 ans, c'est une politique qui doit évoluer", convient Mathieu Bihet qui observe qu'"aujourd'hui, posséder certaines drogues est interdit par la loi mais toléré par la police ou la justice. Cette loi n'est donc même plus appliquée dans les faits", dit-il.

Le délégué général du MR annonce un texte prochainement déposé à l'initiative du PS, "pour évaluer cette législation au sein du Sénat, car il représente les entités fédérées compétentes en matière de prévention. Il faut un débat de fond et une politique de santé publique plus claire, car aujourd'hui on pense que parce qu'on interdit ces comportements, ils n'existent pas, ce qui est d'une hypocrisie sans nom. Mais il ne faut pas préempter des conclusions de ce débat".

Un problème de santé publique réglé devant les tribunaux

En Belgique, un détenu sur deux est incarcéré pour des infractions en matière de stupéfiants ou faits connexes. En 2015, le coût policier et judiciaire de la répression liée à l’interdiction des drogues illégales avoisinait quelques 175 millions d’euros. Un rapport coût-bénéfice jugé largement déséquilibré.

"Il faut considérer les drogues douces et plus dures, mais à cause des drogues, il y a beaucoup de "petits consommateurs" ou de consommateurs plus aguérris se retrouvant face à de la délinquance et mis en prison alors qu'ils n'y ont rien à faire mais où ils vont apprendre les codes de la criminalité et ensuite devenir de vrais criminels", s'inquiète Mathieu Bihet.

Tout l'argent de la politique drogues va dans la répression, ça ne sert à rien

L'exemple du Portugal

Le Portugal a dépénalisé l’usage de toutes les drogues à des fins de consommation personnelle en 2001. Il s'agissait à l'époque de répondre à l'explosion de la consommation d'héroïne dans le pays et des contaminations au VIH. La mesure a été assortie d’un renforcement de la prévention. Résultat: une chute spectaculaire de la mortalité par overdose ou VIH, mais aussi une lutte plus efficace contre le trafic de drogue. Bien qu'elle soit dépénalisée, la consommation de drogue y reste illicite. Elle sera donc saisie mais sans poursuite ni amende pour le consommateur, traité comme un malade plutôt que comme un délinquant.

Une demi mesure, la dépénalisation? "Une mesure quand même, qui aura de l'influence sur la vie de beaucoup de gens et en termes de travail policier", répond Sarah Fautré,"décriminaliser n'est pas suffisant mais c'est un premier pas". "Il s'agit de changer de paradigme", conclut Mathieu Bihet, "si on peut avoir un évaluation de la législation et de premières évolutions législatives, on aura déjà fait un solide pas en avant.

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

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