Faut-il déboulonner les traces du passé colonial de la Belgique?

L'histoire de la colonisation belge au Congo a laissé de nombreuses traces dans notre espace public. Des monuments, des statues, des noms de rues... Ce sont les vestiges d'un passé, glorieux pour certains, honteux pour d'autres qui voudraient déboulonner des statues ou envoyer dans les caves des musées certains vestiges.

A Namur, à Bruxelles, dans beaucoup de villes belges, Léopold II trône sur les places et les boulevards. Des statues d'un autre siècle pour une figure controversée du passé colonial de la Belgique en Afrique centrale.

Et il n'y a pas que le souverain qui a "donné" le Congo à la Belgique. 

Notre espace public regorge de souvenirs de la colonisation comme des noms donnés à des rues et des places : le boulevard général Jacques à Ixelles, des quartiers entiers qui rendent hommage aux militaires qui ont conquis le Congo comme à Etterbeek près des Casernes... 

Ou encore des monuments, comme à Saint-Gilles, un buste de Charles Tombeur de Tabora.

L'homme est ici célébré pour sa victoire militaire remportée en 1916 en Afrique de l'est sur les Allemands. Une bataille à laquelle des Congolais ont participé, mais ici nulle mention de leur participation à cette guerre.

Expliquer et contextualiser ces traces coloniales, c'est une revendication de militants comme Kalvin Soiresse Njall de Mémoire coloniale ou de Julien Truddaïu, chargé de projet ONG Coopération par l’Éducation et la Culture (CEC) et co-auteur du livre Notre Congo. Ce dernier décrypte pour nous les traces coloniales inscrites dans l'architecture de deux bâtiments bruxellois emblématiques de la colonisation aujourd'hui occupés par une école d'ingénieurs et le Conservatoire : l'ancienne maison Lever qui exploitait la palme au Congo et le Cercle colonial.

Contextualiser les parures coloniales de la Lever House

Un conservatoire parsemé de traces coloniales

Ailleurs dans la ville, d'autres hommages à la colonisation sont parfois imposants comme au parc du Cinquantenaire à Bruxelles, le monument du Congo.

Au square de Meeus, toujours à Ixelles, c'est le buste d'un général qui veille. Emile Storms a participé à la colonisation du Congo à la fin du 19ème siècle. Ses méthodes violentes posent question à Julien Truddaïu.

Léopold II omniprésent

Parmi les réponses données par les militants "décolonisateurs", l'idée d'expliquer, de resituer, de contextualiser ces hommages. Ou alors, l'envoi dans un musée où la contextualisation est plus aisée. Certains sont déjà passés à l’action et vont plus loin. Ils arrosent de peinture rouge-sang, ils déboulonnent, ils "désoclent". Dans un parc à Forest, un buste de Léopold II a été dérobé l'an dernier. Après quelques jours de recherche, il a été retrouvé, caché dans les buissons, mais il n'a pas été réinstallé. Kalvin Soiresse Njall, cofondateur de Mémoire Coloniale et guide de visites "décoloniales" explique.

Kalvin Soiresse Njall: contextualiser les hommages à Léopold II

Envoyer ces statues au musée, ou dans leur caves... Faut-il déboulonner toutes les statues de Léopold II? Pour l'historien de l'UCL Pierre-Luc Plasman, il faut contextualiser. L'historien souligne que tous les protagonistes de la colonisation ne sont pas tous des criminels de guerre.

Déboulonner toutes les statues?

Déboulonner ces traces de notre passé colonial? Les partisans de la décolonisation de l'espace public attendent une réponse.

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