Faut-il censurer les discours "anti-vaccin"?

Ce weekend, Facebook a décidé de réduire la portée des groupe et pages qui diffusent des fausses informations au sujet des vaccins. Une réaction à la méfiance de plus en plus importante de la population vis-à-vis des vaccins (et aux fausses informations qui circulent). Mais d'où vient cette perte de confiance envers la médecine préventive ? Et est-ce bien pertinent que ce soit les réseaux sociaux qui se chargent de gérer le débat sur ce genre de questions ? Pour en débattre, Arnaud Ruyssen reçoit, dans Soir Première, Pierre Smeesters, chef du service de pédiatrie de l'HUDERF (Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola) et chercheur en infectiologie pédiatrique de l'Université Libre de Bruxelles, et Michel Dupuis, philosophe, professeur à l'UCL et ancien président du comité consultatif de bioéthique de Belgique.

De plus en plus de questionnements à gérer

Pierre Smeesters, en tant que praticien, confirme que les patients sont de plus en plus méfiants envers les vaccins, notamment de la rougeole. "Il y a 15 fois plus de cas de rougeole aujourd'hui qu'en 2016. Et on sait que c'est une augmentation liée à la couverture vaccinale, les enfants qui ont reçu leur deuxième dose de vaccin sont de moins en moins nombreux." Ceci dit, le philosophe Michel Dupuis tempère : la méfiance se porterait, de manière plus globale, au niveau de la médecine préventive, et de la science en général. "Il y a une perte de confiance en la science, qui s'associe à un "trop de confiance" qui consiste à penser que des maladies telles que la rougeole ou la tuberculose n'existent plus, ce qui est une erreur. Et puis, d'un autre côté, on va surestimer les risques liés aux vaccins. Et ce qui est intéressant, c'est que cette méfiance vient du fait qu'il ne s'agit pas d'une médecine qui soigne, c'est une médecine préventive. Alors que c'est bien de ce côté-là que le plus gros travail de fond se fait."

Facebook : police de la pensée ?

Facebook, en se positionnant ainsi contre les groupes et pages qui critiquent les vaccins, pourrait être accusé de censure. Un extrême dans lequel il ne faut pas tomber, selon Pierre Smeesters. "Qu'on lutte contre les Fake News, je m'en réjouis. Mais, d'un autre côté, je connais sur Facebook des groupes de discussion où les débats sur les vaccins sont très bien gérés. On y prend les doutes et les hésitations des gens et on y répond convenablement. Le tout est de garder des espaces de discussions qui soient bien encadrés. Alors censurer les anti-vaccins : non ! Mais censurer les Fake News sur le sujet : oui !"

Une question de démocratie sanitaire

La prévention et la vaccination sont, selon Pierre Smeesters, les investissements les plus rentables qu'un État puisse faire au niveau de la santé publique.  Ce que rejoint largement Michel Dupuis. "On est bien dans la question de la démocratie sanitaire, ça signifie qu'il s'agit de citoyenneté. Ça nous remet en perspective que, la vaccination, c'est une question de bien commun, de solidarité, et pas simplement d'avantages ou de risques individuels ! Et cette dimension-là me parait en souffrance aujourd'hui. Qu'on ne se vaccine pas uniquement pour soi-même, mais aussi pour protéger les autres." Une question citoyenne qui est d'ailleurs souvent abordée par les médecins, qui donnent du temps d'écoute et de dialogue aux patients. Ce qui devrait d'ailleurs est mieux valorisé, souligne Paul Smeesters. "On est dans une médecine où les actes techniques sont bien mieux remboursés que l’écoute et le conseil, et c’est dommage. Il faut que les pouvoirs publics financent cela aussi."

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