Faut-il autoriser le vaccin AstraZeneca? "La réponse immunitaire a été étudiée, et elle est très bonne" selon Muriel Moser

C’est aujourd’hui que l’Agence européenne du médicament doit donner son avis sur le vaccin du laboratoire pharmaceutique britannique AstraZeneca avant sa mise sur le marché. La Belgique mise beaucoup sur ce vaccin, plus de 7 millions et demi de doses commandées. C’est la plus grosse commande de notre pays.

À première vue, le vaccin d’AstraZeneca présente beaucoup d’avantages. Il coûte moins de 2 euros la dose, contre 12 euros pour celui de Pfizer/BioNTech. Il peut être conservé dans un frigo classique (entre -80 °C – 60 °C pour le vaccin de Pfizer/BioNTech : ndlr) et ses effets secondaires seraient mineurs.


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Pourtant, ce vaccin conçu en collaboration avec l’Université d’Oxford n’a pas l’air de satisfaire tout le monde, à commencer par l’Allemagne où la commission de vaccination du pays a indiqué qu’elle ne recommanderait pas le vaccin pour les personnes âgées de plus de 65 ans. La raison ? Un manque de données sur son efficacité chez cette tranche d’âge. Les études cliniques effectuées par le laboratoire comprenaient trop peu d’individus au-delà de 65 ans. Des incertitudes qui posent beaucoup de questions pour la suite. Faut-il modifier leur politique de vaccination ? Faut-il administrer le vaccin AstraZeneca aux plus jeunes et le vaccin Pfizer aux plus âgés ? Ce qui reviendrait aussi à réexaminer tout le calendrier de vaccination. Les plus jeunes n’auraient peut-être pas à attendre jusqu’en juillet pour se faire vacciner.


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Efficacité du vaccin AstraZeneca chez les plus de 65 ans ?

Est-ce que ce vaccin est oui ou non efficace chez les plus de 65 ans ? A-t-on des réponses ? Muriel Moser, spécialiste de l’immunobiologie à l’ULB, expliquait dans la Matinale de la Première que AstraZeneca a publié trois articles dans The Lancet : "une excellente revue". Un article en particulier s’est intéressé aux résultats obtenus chez des personnes de plus de 65 ans.

Et concernant la réponse immunitaire : "la réponse immunitaire était très bonne, ce qui, bien entendu, est très encourageant. Mais dans leurs articles de départ, lorsqu’ils ont analysé la protection, c’est vrai que le nombre de personnes de plus de 65 ans était sans doute trop faible. Mais connaissant la réponse immunitaire qu’ils ont publiée, je pense qu’on peut être tout à fait positif". Une réponse de la spécialiste en attendant, peut-être, de nouveaux résultats, précise-t-elle.

Quant à savoir s’il faut réserver ce vaccin aux personnes de moins de 65 ans, Muriel Moser reste prudente et attend la réponse de l’Agence européenne du médicament qui devrait se prononcer cet après-midi.

Concernant les risques ou d’éventuels effets secondaires chez les personnes de plus de 65 ans, l’immunologue rappelle qu’: "ils ont même montré qu’il y avait moins d’effets secondaires indésirables chez les plus de 65 ans".

Les variants ?

Le vaccin AstraZeneca est-il efficace contre les différents variants et notamment le variant Britannique, dont on nous dit qu’il sera la principale souche du virus d’ici un mois ? A ce stade "On ne sait pas encore", répond Muriel Moser. Elle rappelle qu’il est certain que le variant B 1.1.7 est plus contagieux et on sait pourquoi : "parce que la protéine S a été mutée et peut reconnaître plus facilement nos cellules. Donc la clé rentre plus facilement dans la serrure de nos cellules".

A présent, de nouveaux tests doivent être réalisés afin de donner des résultats sur l’effet du vaccin sur le variant dans les deux semaines. Il y a deux façons de procéder pour obtenir des réponses. Tout d’abord, il faut des personnes qui ont reçu le vaccin, c’est le cas en Angleterre avec 5,8 millions de personnes vaccinées. "Donc, ils peuvent voir quel est l’effet sur la circulation du variant". Autre possibilité, nous explique Muriel Moser, réaliser des tests in vitro, comme c’est le cas pour d’autres firmes : "et montré qu’il y avait une neutralisation normale de durée du virus mutant, du variant Britannique. Donc, tout ça est assez encourageant".

Une réponse de l’Agence européenne des médicaments qui arrive trop tôt ?

On peut constater beaucoup de conditionnels dans les réponses de cette spécialiste. Dès lors, doit-on comprendre qu’il est un peu tôt pour que l’Agence européenne du médicament donne une recommandation positive et permettre au vaccin AstraZeneca de se retrouver sur le marché ? Muriel Moser : "Étant donné que la réponse immunitaire chez les volontaires a été très bien étudiée, a même été publiée, et qu’on sait quelle est la réponse immunitaire protectrice. Moi, il me semble que s’il donne un avis positif, je pense que je donnerai un avis positif".

Et l’immunologue souhaite aussi insister sur le fait que : "le vaccin marche très bien quand on regarde la situation en Israël. Israël a déjà vacciné une grande proportion de sa population entre 25 et 50%, et on sait qu’on voit une protection extrêmement forte. Je pense que tout ceci est plutôt positif. C’est la même protéine S qui est donnée sous une forme différente chez AstraZeneca. C’est un ADN dans un adénovirus de chimpanzé, alors que dans les deux autres vaccins, c’est un ARN messager. Mais on parle ici de la même cible de vaccin et donc je pense qu’on peut être tout à fait positif".

Israël utilise le vaccin Pfizer/BioNTech. 2,6 millions de personnes ont reçu une dose. Par ailleurs, 128.000 personnes, vaccinées avec deux doses, sont suivies. Résultat : 0,01% d’infection (sur les personnes vaccinées : ndlr) : "donc c’est très, très faible. Normalement, c’est de l’ordre de plus de 1%. Donc, les résultats sont extrêmement bons et extrêmement encourageants", analyse Muriel Moser.

Quant aux résultats à long terme : "il faut voir à plus long terme, mais de nouveau, des résultats scientifiques montrent que la mémoire à long terme existe contre cette protéine S". Elle rappelle néanmoins que pour obtenir une immunité collective pour le Covid-19, il faut un pourcentage de 70% de la population qui doit être vaccinée "et donc là, ils n’y sont pas encore. Mais quand on voit les personnes vaccinées, les résultats sont absolument remarquables et encourageants ", précise l’immunologue à l’ULB.

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